Les Neiges de l’éternel – Claire Krust 21


les neiges de l'éternelLes Neiges de l’éternel

De Claire Krust

ActuSF – 344 pages

Certaines rencontres ne se font pas. C’est le cas avec ces Neiges de l’éternel, fix-up de nouvelles qui s’entrecroisent subtilement. Cinq textes, cinq personnages liés les uns aux autres, cinq histoire de mort, de maladie, de chute de familles puissantes dans un Japon féodal fantasmé. Yuki, la fille d’un Daimyo (un seigneur) regarde les guérisseurs échouer à sauver son frère malade. Elle part à la recherche d’un puissant guérisseur. Le chemin est long. Yuki n’est encore qu’une enfant et n’est guère bien armée pour affronter le monde. Akira est un fantôme qui hante la demeure de sa famille depuis sa mort. L’ennui le ronge, le rend cynique. Il a noué une relation perverse avec Shota, petit garçon malade, seul être capable de le voir et dont il attend la mort. Sayuri est courtisane dans une auberge de village. Elle pleure ses rêves perdus. Takeshi est un jeune voleur qui s’introduit dans une vaste demeure vide que l’on dit hantée. Le père de Seimei vient de mourir. Il était le plus grand guérisseur du pays et Seimei reste persuadé de ne pas avoir hérité du don paternel. Le successeur de son père aurait dû être son frère ainé, mort prématurément.

Cinq personnages, cinq histoires qui n’en forment qu’une, dans une construction non linéaire, non chronologique, à la manière de matriochkas habillées de kimonos. Toujours pendant des hivers enneigés, glacés, rudes, mais superbes. Tout est blancheur immaculée, air cristallin, pureté du geste (dans l’art précis et délicat de la calligraphie que maîtrise le frère de Yuki, par exemple), beauté des intentions (désir de sauver ceux qu’on aime) jusqu’à la souillure apportée par une humanité dépourvue de sentiments, par la mort et son caractère inéluctable. Claire Krust sait décrire un paysage, poser une ambiance et imposer des images fortes. Les éléments de fantasy ou de fantastique restent légers, le ton se veut contemplatif, poétique, onirique. Et c’est bien là que je me suis perdue. Une fois le lire refermé, les personnages se sont effacés, perdant leur texture et le souvenir de leur histoire s’est évaporé comme les premières neiges après une journée de douceur. Ne subsistait plus que le décor enneigé.

Il s’agit d’un premier roman et, comme tous les premiers romans ou presque, le texte comporte des défauts : des coquilles, des fautes de grammaire non corrigées, des tournures maladroites et/ou des répétitions, un manque de vocabulaire (il existe des synonyme à « étalon » par exemple) ou des erreurs (un cheval n’a pas de « pattes » à « dégourdir », des jambes par contre…) (oui, pour tout ce qui touche au cheval, je suis intraitable) et des dialogues parfois artificiels. Rien de rédhibitoire cependant, surtout au regard de la jeunesse de l’auteur, mais ces défauts m’ont quand même fortement agacée en cours de lecture. Notez, à décharge de l’auteur et de l’éditeur, que je sortais de la lecture des Nefs de Pangée de Christian Chavassieux, ce qui n’aide pas…

Pour conclure, Les Neiges de l’éternel, premier roman empreint de poésie de Claire Krust, nous permet de découvrir une jeune auteure à ne pas perdre de vue.

Le fantôme se tourna vers la vallée avant de s’assoir sur le bord, les jambes dans le vide sans craindre la hauteur. Son promontoire lui offrait une vue imprenable sur la ville et les alentours. Face à lui s’étendaient des centaines de maisons d’un ou deux étages et des dizaines de rues étroites. Il pouvait parfois distinguer les silhouettes sombres et minuscules des hommes et femmes qui grouillaient dans les rues ou sur les places. La hauteur l’enivrait et lui conférait une impression de pouvoir infini et de domination totale, ainsi que la sensation de se détacher de ce monde terrestre et trompeur. Il avait d’abord envié chacun de ces humains foulant le sol de cette ville, parlant, se touchant. Il avait envié leur vie et leur matérialité, broyant du noir durant des heures. Puis, il avait compris que le processus était irréversible. Il les avait alors haïs avant de ne plus voir d’en haut qu’une masse d’insectes à l’existence incertaine et éphémère. Mieux valait l’indifférence méprisante à la jalousie qui le consumait.
Enfant, il rêvait de voyager autant que son père. Il rêvait de gagner la ville de l’empereur, de poursuivre jusqu’aux frontières nord et même jusqu’aux pays voisins. Il voulait voir les hautes montagnes du sud, le fleuve de l’Infini, le plus large et long du monde selon la légende. Il aurait étudié avec les plus grands calligraphes et se serait consacré à sa passion. Il aurait rencontré l’empereur en personne et aurait peut-être épousé une de ses nièces, puisque deux d’entre elles étaient en âge de se marier.
La ville incarnait désormais les limites de ses rêves. Il ne pouvait pas voir plus loin que cet horizon de toits et de plaines, il ne pouvait observer d’autres vies que celles des paysans, les allées et venues des marchands, des voyageurs et des nobles de passage.

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