La vieille anglaise et le continent – Jeanne-A Debats 3


La Vieille Anglaise et le continent

De Jeanne-A Debats

Griffe d’Encre – 80 pages

Quel rapport entre un cachalot échoué en état de mort cérébrale et une vieille scientifique acariâtre au seuil de la mort ? Aucun a priori. Sauf si, par une opération appelée « mnèse », d’autres scientifiques implante l’esprit de l’un dans le corps de l’autre. Et voilà Ann Kelvin (toute ressemblance avec la Susan Calvin  d’Isaac Asimov n’est pas fortuite mais parfaitement assumée), brillante biologiste, militante écologiste dévouée à la cause des cétacés et lady de son état qui se retrouve à nager au fond des océans pour traquer les mouvements des baleiniers et à réaliser un plan plus vaste destiné à mettre définitivement les cétacés à l’abri de l’homme.

La Vieille Anglaise et le continent a reçu plusieurs prix : le Grand Prix de la SF 2008 (appelé aussi Prix du lundi), le Grand Prix de l’Imaginaire 2009 et le Julia Verlanger 2008. Je pourrais m’arrêter là et vous dire de lire, d’acheter, de faire acheter La Vieille Anglaise et le continent. Mais ce serait un peu court si je ne vous disais pas pourquoi il faut lire cette novella… D’abord parce que c’est de la bonne science-fiction, de celle qui utilise bien la science (sans nous endormir ou nous abrutir avec des termes techniques ou savants) et la fiction (solide, crédible, vraisemblable et à laquelle on croit) pour nous faire réfléchir un peu plus loin que le bout de notre nez. Bon d’accord sur 80 pages la réflexion n’est pas aussi poussée que dans un traité pondu par un professeur émérite mais elle a la vertu de nous ramener sur des chemins que nous oublions : la protection de la nature par le prisme de celle des cétacés (qui ne l’oublions pas sont réellement en voie d’extinction). Le propos est donc écolo mais non dénué d’une poésie portée par une ambiance marine particulière et qui n’est pas sans rappeler celle du Grand Bleu. A la lecture de La Vieille Anglaise et le continent j’ai parfois cru entendre en écho le chant des baleines… C’est tout un monde qui s’ouvre à nous.

La structure de la narration, qui alterne des points de vue (celui de Ann puis celui de Marc), parfois avec des décalages temporels, donne un rythme alerte au récit et permet des ellipses qu’une linéarité n’aurait pas toléré. Le livre se lit vite et va crescendo : impossible de le lâcher en route. Du côté des personnages, difficile de ne pas s’attacher à Ann, de ne pas savourer son humour grinçant, sa personnalité forte et pourtant fragile surtout dans un corps de cachalot qu’elle ne maîtrise pas très bien. Si les personnages sont plutôt désabusés, La Vieille Anglaise et le continent ne sombre pas dans un pessimisme noir. Grâce à l’action de Ann et de Marc l’espoir reste permis et donnerait presque envie d’un passage à l’acte rapide…


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