L’Automate – Ralph Schropp 3


L’Automate

De Ralph Schropp

Publie.net collection Archeosf – 38 pages

Je continue mon explorations des vieilleries exhumées par la Philippe Ethuin dans sa collection Archeosf. Ici j’ai envie de commencer par parer de la couverture que je trouve splendide dans son collage d’images surannées (et pas forcément de la bonne époque mais qu’importe tant le résultat rend bien). Et de poursuivre par ce qui va finir par se révéler une habitude : le paratexte concocté par Philippe Ethuin qui se révèle tout à fait à la hauteur des attentes.

Les automates sont une source de fascination pour moi (comme pour beaucoup de monde d’ailleurs) (y compris les automates programmables industriels – ceux qui ont dansé avec les robots issus de l’industrie automobile au futuroscope comprendront pourquoi). Les automates anciens sont encore plus fascinants parce qu’il allient beauté et fragilité. Si vous avez un jour l’occasion de visiter le musée des Arts et Métiers, précipitez-vous dans le théâtre des automates qui accueille une collection impressionnantes de pièces des XVIIIe, XIXe et XXe siècles.

Automate musical (détail)


Arts et Métiers – Théâtre des automatesdiaporamas
Photos de C.Schlonsok tous droits réservés

Parlons de cet Automate dont j’attendais beaucoup à cause de la fascination pour les automates évoquée ci-dessus. Las mes attentes n’ont pas été comblées en totalité. L’histoire en quelques mots. Ralph Schropp affirme avoir trouvé un palimpseste qu’il traduit et fait publier en 1880. Ce palimpseste relate la création et la vie de l’automate d’Albert-le-Grand, automate que Saint-Thomas d’Aquin détruisit parce qu’il y voyait l’inspiration du démon.

Le traitement du thème se révèle intéressant. L’automate n’est pas vraiment un automate au sens habituel du terme : c’est plus un succédané d’humain incapable du moindre sentiment ou d’empathie.  Il tient à la fois du singe savant car il reproduit des comportements et d’une intelligence artificielle puisqu’il est capable d’avoir envie de s’émanciper et de quitter son créateur. Mieux il a la capacité de s’accoupler et de procréer. L’auteur reste mystérieux sur sa création, son fonctionnement. La seule chose qui le différencie d’un être humain est d’avoir été fabriqué (et d’avoir un bouton qui permet de l’éteindre) et de ne pas éprouver de sentiments. Là je mets un bémol tout personnel : l’humanité regorge d’hommes et de femmes qui ne ressentent « nulle pitié, nul amour, nul regret, nulle affection, nul intérêt pour les autres » et si « c’est bien le cœur qui est tout » alors l’humanité n’est plus rien. Vous l’avez compris, l’automate n’existe pas en tant que personnage central d’une histoire et n’a, en lui-même, aucun intérêt. En réalité il n’est qu’un vecteur de critique sociale puisque ses qualités inhumaines lui font gravir l’échelle sociale sans scrupules ni difficultés. Bien sûr la critique fait mouche mais j’attendais autre chose de ce texte (comme quoi les malentendus …). Après tout pourquoi choisir un automate ? C’est bien cette question, présente tout au long de ma lecture, qui m’a posé problème. J’ai aussi trouvé la fin, abrupte, inutilement moralisatrice même si la fidélité à la légende originelle y est pour beaucoup : créature, ton attitude n’est pas chrétienne, donc sois puni et que ton créateur le soit aussi (le pauvre, sa déconfiture est poignante et encore plus lorsque l’on sait qu’il suffisait d’appuyer sur un bouton pour éteindre l’automate…).

Sans compter que l’auteur n’est pas à une contradiction près. Il dit de son Homunculus ceci : « Celui qui, vivant par l’âme comme par le corps, se serait mis en rapport direct avec l’automate n’aurait pas tardé, en présence de ses traits impassibles, de son regard sans mouvement, à sentir le froid pénétrer autour de son cœur. Albert-le-Grand éprouvait souvent lui-même du malaise à ses côtés, et la vue de cet être vivant et pourtant artificiel, qui était son ouvrage, le plongeait parfois dans une sorte de gêne et de terreur indéfinissables. ». Cependant, quelques pages plus loin, ce même automate qui met mal-à-l’aise, séduit (par sa distance et en vertu de l’adage populaire Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis) toutes les femmes qu’il rencontre.

L’Automate de Ralph Schropp ne se lit donc pas comme un texte de proto-SF mais doit être vu comme la critique sociale d’une époque et d’une humanité peu reluisante (critique toujours d’actualité d’ailleurs)

Une citation et un extrait pour terminer :

 « Il n’est point d’habitude enracinée qui ne puisse être surprise par la négligence. »

 « Deux mois après sa fuite du couvent Homunculus brillait dans les premiers salons de la ville. Chacun admirait sa rare distinction, son tact exquis, et, par-dessus tout, son imperturbable assurance. Quelques envieux se permirent seuls d’exercer la critique à son égard.
Ils prétendirent avoir surpris parfois en lui des manières de parvenu, des habitudes contractées dans un autre monde que celui où l’on venait de l’introduire. Ils avançaient qu’il ne faisait que peu ou point de cas de ceux qui n’avaient pas une position éclatante ou qui n’étaient que ses égaux. Ils assuraient qu’il rabaissait à dessein tout ce qu’on louait devant lui, et que, dans sa conversation, il avait sans cesse ce ton suffisant qui ne permet pas la réplique ; ils le regardaient comme un de ces hommes qui se plaisent volontiers à exposer leurs opinions, mais qui ne permettent pas aux autres d’exprimer les leurs. Ils lui reprochaient enfin, ce qui était beaucoup plus grave, de se montrer bas et rampant avec les personnes influentes et supérieures à son rang, et surtout avec celles dont il pouvait espérer quelque avantage, ne fût-ce que d’en recevoir des invitations à dîner ou d’obtenir, par leur entremise, une de ces faciles décorations non gagnées sur le champ de bataille, mais accordées seulement comme un témoignage de faveur. »


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