Lughnasadh – Pat Mc Murphy 4


Lughnasadh

De Pat Mc Murphy

Éditions Manannan – 645  pages en format epub (en réalité il y en a moins que ça)

Lughnasadh est un premier roman que l’on peut qualifier d’ambitieux et auquel on pardonnera volontiers ses (nombreux) défauts.

Parlons de la forme. Le roman s’articule autour des quatre éléments : Terre, Air, Feu, Eau. Une cinquième partie raconte la légende d’Aenghus Cork – nous y reviendrons. Un prologue, un épilogue et une série de magnifiques crayonnés de Jean Mathias Xavier (illustrateur entre autre des romans de Jean-Luc Marcastel) viennent compléter le tableau. L’epub en lui-même est de qualité artisanale. Avec ma vieille liseuse, j’ai rencontré quelques problèmes de mise en page (et un certain nombre de pages blanches qui surgissaient là où leur présence n’était pas requise d’où le 645 pages affichées) avec de larges marges, un interligne simple qui tassait trop le texte, des sauts de lignes bizarrement placés et perturbants. La lecture n’était guère confortable et, qui plus est, le fichier contenait beaucoup de coquilles, beaucoup trop pour qu’elles soient acceptables : des homophones : « palet » pour « palais », des fautes de grammaire « Un de mes hommes va vous amenez dans vos nouveaux locaux », « […] il se crût entraîner par quelque force tellurique », « Cela veut dire qu’il a accomplir sa quête ». Arrivé à ce point du billet, le blogueur est censé caser sa traditonnelle petite – mais néanmoins cruelle – phrase « Mes yeux saignent » pour appuyer son propos. Et bien non. Mes yeux n’ont pas saigné. Je n’ai pas pu lâcher le roman malgré l’agacement provoqué par ces défauts de forme.

Lughnasadh nous emmène sur les terres d’Irlande à l’époque de la grande famine qui décima le pays de 1842 à 1845. Touchée par le mildiou, la culture de la pomme de terre plongea, avec l’aide de la politique anglaise (si toutefois il convient d’appeler « politique » l’infâmie d’un gouvernement qui laisse crever de faim un peuple pour protéger les intérêts d’une minorité, minorité dans laquelle il eût fallu couper quelques têtes bien mal faites…) le pays dans la révolte et le chaos. Près de deux millions d’Irlandais sont morts de faim, d’épuisement ou déportés dans des bagnes australiens, le plus souvent pour une broutille et parfois pour avoir usé de tous les moyens possibles et imaginables pour ne pas mourir de faim (vol, détournement de victuailles anglaises…) ou, comme pour Aenghus Cork, avoir participé à l’embryon de révolte qui secoue son comté. Aenghus Cork est un être particulier. Orphelin de mère, né sans père (vous comprendrez), élevé par un druide, veillé par une une fée possessive et dangereuse, il n’est jamais tout à fait à sa place dans notre monde mais sa présence est pourtant nécessaire. Promis à un destin qui le dépasse et qui le submerge, jouet de la fatalité et pourtant acteur de sa vie, sa vie devient une épopée puis une légende. Une légende qui hante l’esprit de Pat Mc Murphy. L’auteur devient alors conteur et nous offre ce récit initiatique à la puissance d’évocation frappante. Le parcours d’Aenghus l’amène à faire un certain nombre de choix dont le plus important : décider de croire encore en l’humanité malgré la violence du monde et la cruauté des hommes. Le travail sur les personnages impressionne même si l’auteur, parfois, expose un peu trop en détail les pensées d’Aenghus. Autre point fort : Deirdre la fée. Tout au long du roman, elle nous restera étrangère, fée dont les motivations nous paraissent insaisissables ou incompréhensibles. Normal puisque  son monde et le nôtre se juxtaposent sans se recouper, sa vision englobe des siècles passés et à venir quand la nôtre se résume à la durée d’une courte vie humaine.

Lughnasadh est un premier roman ambitieux, puissant, ample, plongeant ses racines dans une Irlande sauvage et farouche et auquel j’ai pardonné, sans la moindre hésitation, tous ses défauts de fond et de forme.

Un extrait
« Toujours prostré à genoux, le visage légèrement baissé, Aenghus percevait la vie invisible de la Terre. Son esprit avait pénétré le manteau d’herbe recouvrant le sol et se laissait dériver vers le puits sacré. Au contact de ses pierres profondes, il se crut entraîner par quelque force tellurique ; mais ce n’était que les racines de l’Arbre-Monde, se mélangeant aux fondations du puits. Peu à peu, elles pénétrèrent ses propres membres, qui se firent branches à leur tour en s’élevant très haut vers le Ciel. Inconsciemment, Aenghus leva les bras en l’air. Il était devenu le lien entre les profondeurs chtonienne et ouranienne ; il était devenu l’Arbre sacré ! Son corps se remplit alors d’une chaleur bienfaisante qui ramena sa conscience à la surface de la Terre, là où crépitait le Feu. Son foyer lui montrait la vie dans ses états d’offrande et de purification et il comprit comment le Feu sacrificiel peut nourrir les Dieux ou rendre sacré l’animal qui honore sa flamme. Aenghus était non seulement en train de devenir le centre primordial de l’espace sacré, mais de l’univers tout entier. Ses pensées flottaient entre le Bien et le Mal, entre la Passion et la Raison, sans que son esprit ne ressente une émotion plus intense pour l’un ou pour l’autre. Cogan comprit que son disciple venait d’atteindre un état de sérénité totale. Il était temps d’aborder l’étape la plus délicate de sa cérémonie ; il était temps d’ouvrir les portes entre les deux mondes. Il baissa les yeux vers le sol et écarta les bras en signe d’imploration.
— A Manannan Mc Lyrr, a thiarna na geatai duinn, ta muid ag siul ar do bealach. Ô Manannan, Seigneur des Portes, Seigneur de Sagesse ! Ouvre-nous la voie des chemins sacrés et de ta magie afin que nous marchions vers toi en toute sécurité. Ô Manannan Mc Lyrr, accepte notre sacrifice et fais que les portes s’ouvrent ! »


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4 commentaires sur “Lughnasadh – Pat Mc Murphy