Bifrost n°120

Le 120e numéro de Bifrost se penche sur le concept de Multiversalisme.

Le Multiversalisme est un ensemble d’opérations destinées à penser d’autres mondes pour penser le monde autrement, des transpositions de la science à la fiction, et réciproquement. Ces opérations visent à ce que les motifs de l’une et l’autre rétroagissent sur nos connexions avec le réel, enrichissent les futurs potentiels et restaurent notre puissance d’agir… ».

Moi qui pensais qu’une bonne partie de la SF faisait déjà « penser d’autres mondes pour penser le monde autrement »…

Les nouvelles

« Résonances » de Mina Jacobson

Dans un futur post-technologique, la majorité de l’humanité a quitté la Terre lors d’une migration massive. Calliopée, une jeune passionnée de vol libre, survit à un accident de deltaplane grâce à un implant médical hérité d’époques révolues. À son réveil, elle découvre une voix intérieure, Anouk, qui devient sa narratrice principale. Le texte, poétique et légèrement mélancolique, explore leur lien étrange et intime. Très bien écrit, mais il m’a laissée plutôt froide.

« Libération » de Tade Thompson

Dans un Nigéria uchronique, un programme spatial national tente d’envoyer ses premiers astronautes en orbite avec une station bricolée. Dès le départ, on comprend que la mission a mal tourné — tout le suspense vient alors de la manière dont Thompson reconstitue la chaîne des événements. La narration, fragmentée, alterne entre plusieurs points de vue et retours en arrière, reflétant à la fois l’échec technique et les tensions politiques et humaines au sein de l’équipe. Un texte dur, teinté d’une forme de mélancolie lucide. Très intéressant.

« La femme inachevée » de Claude Ecken

Rokiyatou, restauratrice de sculptures traditionnelles yoruba, lutte pour sa survie au milieu des de survivre aux guerres tandis que son mari part tenter sa chance en Europe. Pour subsister, elle devient le « Modèle » d’un avatar virtuel, à partir duquel des Personae sont créées pour être utilisées dans des jeux et des mondes virtuels. La nouvelle explore l’exploitation numérique à l’ère de l’IA et la reconstruction personnelle d’une femme dont l’identité se voit bousculée par la numérisation de sa personnalité. La nouvelle, plutôt longue, se teinte de réflexions sur la création et l’art à l’heure de l’IA et la spiritualité yoruba.
Le texte explore l’exploitation numérique à l’ère de l’IA et le parcours de reconstruction personnelle d’une femme dont l’identité se voit bouleversée par la numérisation de sa personnalité. Longue et riche, la nouvelle mêle réflexions sur la création artistique à l’heure de l’IA, sur la spiritualité yoruba et sur la manière dont la technologie peut éroder, transformer ou même réinventer l’être humain.

Rubriques et entretiens

Le cahier critique est bien fourni. Anthos à gogo, la rubrique de Philippe Boulier, passe en revue les anthologies récentes. Dans Paroles de philosophe, Vincent Bontems présente le multiversalisme et clarifie la démarche et ses intentions. Dans Scientifiction, Roland Lehoucq s’intéresse aux « mondes multiples » et nous plonge dans la mécanique quantique : fentes de Young, indétermination, interprétations concurrentes (Everett, Copenhagen…), autant de notions qui, pour le lecteur non scientifique, peuvent paraître ardues mais que la pédagogie et l’humour de Roland Lehoucq rendent intelligible.

Dossier Multiversalisme

Dans son introduction, Vincent Bontems présente le Multiversalisme moins comme une théorie que comme une méthode de pensée : utiliser l’imagination pour créer des mondes alternatifs servant de miroir critique au réel.   La SF devient un laboratoire de pensée, un outil pour déplacer les évidences et renouveler les perspectives. Bon… là, je me dis que tout un pan de la SF faisait déjà ça, sans étiquette. Mais comme l’ambition du Multiversalisme est de poser un cadre transdisciplinaire articulant littérature, sciences, anthropologie et philosophie, ça m’a vaguement donnée l’impression d’une annexion / récupération de la SF par les universitaires sans que je comprenne dans quel but…

Le dossier rassemble diverses contributions : un entretien avec Hirotaka Osawa et son Manifeste pour l’étude de l’imagination, un article sur la SF japonaise, une analyse sur la fiction panier d’Ursula K. Le Guin, un article philosophique – Comment la science-fiction sauvera (peut-être) la philosophie par Dominique Lestel. On évoque aussi le prototypage de la SF, les IA, les multivers avec des approches conceptuelles. À ce niveau d’abstraction, je me suis un peu perdue…

En conclusion de ce Bifrost n°120 ? Bof. Le dossier reste hermétique – je n’ai pas compris, ni retenu grand chose du Multiversalisme. Reste toutefois le plaisir des nouvelles (dont deux peuvent être étiquetées « afro-futurisme »), c’est déjà ça.

Pour aller plus loin

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