Des fleurs pour Algernon

Pièce adaptée de la nouvelle de Daniel Keyes par Gérald Sibleyras et misee en scène par Anne Kessler.

Avec Grégory Gadebois

Début décembre nous étions à Sèvres pour les 9eme rencontres de l’imaginaire et comme les TGV pour la capitale ont été réduit le week-end, nous avions pris l’option « on arrive la veille ». La veille il fallait bien occuper son temps. Grâce à Vert, qui a attiré mon attention sur cette pièce, la soirée s’est révélée fort riche en émotions.

Si vous connaissez la nouvelle ou le roman de Daniel Keyes, vous connaissez Charlie – Charles – Gordon, simple d’esprit (QI de 78), employé comme homme de ménage. Charlie suit les cours adaptés de Mlle Kinian parce qu’il a soif d’apprendre. Et c’est cette soif d’apprendre doublée d’une belle dose d’inconscience qui va l’amener à devenir un cobaye humain pour une opération du cerveau qui peut rendre intelligent. Algernon, souris blanche, a déjà testé le procédé avec succès. Sur l’incitation des médecins chargés de l’opérer, Charlie, va écrire son histoire, ce qu’il vit, son quotidien dans un carnet. Le lecteur fait donc la connaissance de Charlie au début du processus puis vit avec lui son évolution post-opératoire (un QI, des capacités cognitives, une mémoire décuplés) et sa terrible et inéluctable régression finale (désolée pour le « spoiler »). Il voit sa vie changer, comprend, apprend, ressent et le lecteur est immergé dans ce maelström d’émotions et réflexions. J’ai lu le roman traduit en VF mais la traduction montrait bien l’évolution du personnage : le style, le vocabulaire employé, l’agencement des phrases, la construction et l’organisation du propos suivaient bien la progression de Charlie.

Dans cette adaptation et pour garder cette proximité avec le lecteur, Charlie est seul sur scène et nous raconte. Le parti pris sur la langue est le même que pour le roman : cette dernière suit son évolution. Mais au delà d’un monologue d’1h20, il y a l’acteur et son jeu. Il incarne Charlie dans toutes les dimensions possibles : le phrasé (butant sur les mots au début, délié lorsque les capacités de Charlie sont à leur maximum), l’intonation, la gestuelle (prostré sur sa chaise puis totalement à l’aise dans l’espace), le regard où passent toute une palette d’émotion (peur, tristesse, vague à l’âme, tension, intelligence, ou naïf et vide). Il a une présence sur scène qui piège le spectateur. J’étais captivée, suspendue à ses lèvres, happée, totalement immergée (au point d’en oublier l’inconfort des sièges). Il n’y a aucune fausse note et Grégory Gadebois est parfaitement juste en permanence. Une performance d’acteur impressionnante et une expérience intense pour le spectateur. L’adaptation est-elle fidèle au roman ? Elle prend quelques biais (Vert vous les détaille ici) mais elle est fidèle au personnage de Charlie tel que je l’avais perçu. Et elle esquisse les mêmes pistes de réflexion que le roman. L’esprit du roman et de la nouvelle sont respectés. Et c’est bien là le principal.

A la fin du roman, j’avais pleuré. A la fin de la pièce, je pleurais aussi (et croyez-moi vous vous sentez ridicule et stupide de pleurer en public sur une fiction). Quand je suis sortie du théâtre, j’étais en vrac, chamboulée et la Tour Effel scintillait. Je ne suis pas prête d’oublier cette soirée.

Je laisse les derniers mots à Charlie :