Bilbo le hobbit – J.R.R. Tolkien 9


Bilbo le Hobbit

De J.R.R. Tolkien

Le Livre de Poche – 382 pages

Sauf à vivre en ermite au fin fond d’une grotte en Inde, vous n’avez pas pu rater l’info de la sortie du Hobbit de Peter Jackson, adaptation cinématographique du roman de J.R.R. Tolkien, Bilbo le hobbit. J’aime bien, avant d’aller voir un film, avoir lu le roman ou la nouvelle dont il est tiré. J’aime bien aussi que cette lecture remonte à plusieurs années pour éviter qu’elle me parasite trop la vision du film (et pour éviter de penser « ah mais non dans le roman c’est comme ceci pas comme cela, quelle âne ce réalisateur ! » ou encore « les scénaristes sont des idiots pour avoir transformé ce personnage en femmelette »). Ici c’est raté. Je n’ai pas encore vu le film (j’attends que la cohue soit passée) et, surtout, je n’avais pas lu le livre. Je suis entrée dans la Terre du Milieu par la grande porte : celle du Seigneur des Anneaux. Ma lecture des trois tomes date un peu (presque une quinzaine d’années) mais j’ai souvenir qu’elle fut parfois laborieuse, avec un belle période d’ennui profond (la communauté marche, bivouaque, dort, marche, bivouaque, dort, marche, bivouaque, dort, marche — oh, attention ! Un Nazgûl…). Après avoir vu les films de Peter Jackson, je m’étais rangée dans le camp de ceux qui trouvaient l’adaptation réussie et fidèle à l’esprit de l’oeuvre, l’ennui en moins.

On conseille souvent de commencer par Bilbo puis d’enchaîner avec le Seigneur des Anneaux pour deux raisons : la chronologie d’abord puisque les évènements qui y sont relatés sont antérieurs à ceux du Seigneur des Anneaux, la facilité ensuite car Bilbo est considéré comme une oeuvre jeunesse. Il est vrai que sa lecture est bien plus facile que celle du Seigneur des Anneaux. Le nombre de pages de chacune des oeuvres — 382 pour Bilbo contre 1538 pour les trois tomes du Seigneur des Anneaux — n’explique pas à lui seul cette facilité. Ce qui rend aisée la lecture de Bilbo, c’est le parti pris de l’auteur de se transformer en papy raconteur d’histoire pour le lecteur. Un peu comme si nous étions ses petits enfants (après tout le roman a été écrit pour eux) tranquillement installés à côté de la cheminée à l’écouter nous conter l’histoire de ce hobbit parti pour une aventure improbable mêlant magie, dragon et trésor. Le style est direct, le ton léger — chants et poèmes parsèment le récit, et l’auteur se permet des commentaires et des interpellations (toujours polies puisque l’auteur — ou le traducteur — a pris soin de vouvoyer le lecteur). Les périls sont grands mais toujours traités avec humour. Comme dans toute quête initiatique, le personnage principal en sort grandi. La naïveté et la candeur de Bilbo n’agacent jamais. Les personnages se révèlent attachants malgré leurs défauts ou les petites bassesses dont ils sont parfois l’auteurs. L’histoire, linéaire, se suit facilement : par le truchement du magicien Gandalf, Bilbo se fait embaucher (à corps défendant) par une troupe de treize nains en route pour la Montage Solitaire et bien décidés à récupérer le trésor de leurs ancêtres, trésor enfoui et gardé par le dragon Smaug. Au final, Bilbo le hobbit s’adresse à tous et plus particulièrement à ceux qui n’ont pas perdu leur âme d’enfant (et les grincheux ne savent pas ce qu’ils perdent…).

« Dans un trou vivait un hobbit. Ce n’était pas un trou déplaisant, sale et humide, rempli de bouts de vers et d’une atmosphère suintante, non plus qu’un trou sec, nu, sablonneux, sans rien pour s’asseoir ni sur quoi manger : c’était un trou de hobbit, ce qui implique le confort. Il avait une porte tout à fait ronde comme un hublot, peinte en vert, avec un bouton de cuivre jaune bien brillant, exactement au centre. Cette porte ouvrait sur un vestibule en forme de tube, comme un tunnel : un tunnel très confortable, sans fumée, aux murs lambrissés, au sol dallé et garni de tapis ; il était meublé de chaises cirées et de quantité de patères pour les chapeaux et les manteaux — le hobbit aimait les visites. Le tunnel s’enfonçait assez loin, mais pas tout à fait en droite ligne, dans le flanc de la colline — la Colline, comme tout le monde l’appelait à des lieues alentour — et l’on y voyait maintes petites portes rondes, d’abord d’un côté, puis sur un autre. Le hobbit n’avait pas d’étages à grimper : chambres, salles de bains, caves, réserves (celles-ci nombreuses), penderies (il avait des pièces entières consacrées aux vêtements), cuisines, salles à manger, tout était de plain-pied, et, en fait, dans le même couloir. Les meilleures chambres se trouvaient toutes sur la gauche (en entrant), car elles étaient les seules à avoir des fenêtres, des fenêtres circulaires et profondes, donnant sur le jardin et les prairies qui descendaient au-delà jusqu’à la rivière.
Ce hobbit était un hobbit très cossu, et il s’appelait Baggins. Les Baggins habitaient le voisinage de la Colline depuis des temps immémoriaux et ils étaient très considérés, non pas seulement parce que la plupart d’entre eux étaient riches, mais aussi parce qu’ils n’avaient jamais d’aventures et ne faisaient rien d’inattendu : on savait ce qu’un Baggins allait dire sur n’importe quel sujet sans avoir la peine de le lui demander. Ceci est le récit de la façon dont un Baggins eut une aventure et se trouva dire et faire les choses les plus inattendues. Il se peut qu’il y ait perdu le respect de ses voisins, mais il y gagna… eh bien, vous verrez s’il y gagna quelque chose en fin de compte. »

Le roman n’est pas très long et je me suis demandée pourquoi et comment Peter Jackson allait en tirer trois films de plus de deux heures chacun. Une partie de la réponse tient au fait que le troisième film utilisera aussi 125 pages issues des appendices du Seigneur des Anneaux. Mais je crois que Peter Jackson peut jouer sur un autre élément qui tient au style de J.R.R. Tolkien. Ce dernier affirme parfois plus qu’il ne décrit ou ne raconte une partie du voyage ou certaines scènes. Il se concentre sur certains moments clés comme l’arrivée des nains, la rencontre avec Gollum ou la bataille des Cinq Armées. Ce qui laisse de la marge pour décrire et filmer ces scènes expédiées et pour broder.

Un extrait où Smaug découvre que Bilbo lui a fauché un objet de son trésor :
« Au voleur ! Au feu ! Au meurtre ! Pareille chose ne s’était jamais produite depuis sa venue même à la Montagne ! Sa rage passe toute description — c’était le genre de rage des gens riches qui, possédant bien plus que ce dont ils peuvent jouir, perdent soudain ce qu’ils avaient depuis longtemps sans jamais s’en servir ou sans en avoir jamais eu besoin. Il vomit son feu, la salle fuma, il secoua le coeur de la Montagne. Il appliqua en vain sa tête au petit trou, puis développant toute sa longueur, rugissant comme le tonnerre sous la terre, il sortit vivement de son antre, passa dans les énormes couloirs du palais de la Montagne et monta vers la Grande Porte.
Son unique pensée était de parcourir toute la Montagne jusqu’à ce qu’il eût attrapé le voleur pour le déchirer et le piétiner. Il sortit de la Porte, les eaux s’élevèrent en furieuses et sifflantes vapeurs, et il prit son vol, flamboyant, pour se poser sur le sommet de la Montagne dans un jaillissement de flammes vertes et écarlates. Les nains entendirent l’affreuse rumeur de son vol ; ils se blottirent contre les parois de la terrasse herbeuse et se tapirent sous les blocs de pierre, espérant échapper d’une façon ou d’une autre aux yeux effrayants du dragon chasseur. »


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9 commentaires sur “Bilbo le hobbit – J.R.R. Tolkien

  • Bertrand

    Coucou Karine,
    Jamais lu il faudra que je me rattrape ;o)
    Perso j’ai adoré le passage (la rage) que tu cites par rapport à Smaug : Avoues, tu l’as fait exprès ! ;o)

  • Lhisbei

    @Bertrand : faut toujours rattraper les classiques (absolument pas fait exprès, je suis aussi innocente que le loup qui vient de naître – oooooooups !)

  • Tigger Lilly

    « Ce qui laisse de la marge pour décrire et filmer ces scènes expédiées et pour broder » Tu ne crois pas si bien dire, il va même inventer des scènes qui n’existent pas

  • Xapur

    Tolkien, c’est le bien !
    Le hobbit est un bon premier pas dans son univers, il serait dommage de s’en priver, même si la pièce maîtresse est le SdA.

  • Lorhkan

    Tolkien, c’est le must absolu (non je ne suis pas objectif).
    « Le Hobbit » est un très bonne entrée ne matière, facile d’accès si on n’est pas réfractaire aux contes. « Le Seigneur des Anneaux » est en effet un peu plus ardu (aussi bien pour l’histoire que pour le style).
    Mais son chef d’oeuvre reste pour moi « Le Silmarillion », un truc d’une ampleur et d’une ambition monstrueuse. Par contre, je l’admets, c’est encore plus difficile à lire.
    « Les Enfants de Hurin » sont très intéressants également (mais très sombre), à mi-chemin entre « Le Seigneur des Anneaux » et « Le Silmarillion ».

  • endea

    « Ce qui rend aisée la lecture de Bilbo, c’est le parti pris de l’auteur de se transformer en papy raconteur d’histoire pour le lecteur. Un peu comme si nous étions ses petits enfants (après tout le roman a été écrit pour eux) tranquillement installés à côté de la cheminée à l’écouter nous conter l’histoire de ce hobbit parti pour une aventure improbable mêlant magie, dragon et trésor. »
    Eh bien c’est exactement et tout à fait ce que j’ai ressenti à la lecture de ce petit roman vraiment très sympathique. Pour la jeunesse certes mais écrit de façon intelligente qui ne prend pas les enfants pour des ânes bâtés qui ne savent que lire du présent et du vocabulaire simple, j’en remercie grandement Tolkien !
    Je ne dirai rien du film, il n’est pas dans mes projets d’aller le voir, un jour peut être un DVD, on verra.

  • Neph

    J’ai vu le film samedi, et ai acheté une jolie édition du livre aujourd’hui ! En lisant ton article, je comprends que j’ai doublement bien fait

  • Nick_Holmes

    « surtout, je n’avais pas lu le livre » Au bûcher. Suite à la lecture du roman, je me inscrit à la SPDD (société protectrice des Dragons) car les méchants nains volent ce pauvre Smaug (pôv’ bête).

  • Vert

    « Après avoir vu les films de Peter Jackson, je m’étais rangée dans le camp de ceux qui trouvaient l’adaptation réussie et fidèle à l’esprit de l’oeuvre, l’ennui en moins.  »
    Au bûcher ! Je comprends parfaitement soit dit en passant, faut pas être pressé avec Tolkien, y’a guère que Bilbo qui a globalement un rythme très rapide ^^