L’Épée de laurier-rose
Les Royaumes Ardents T2
De Tasha Suri
Hachette Le Rayon Imaginaire – 688 pages. Traduction de Thibaud Eliroff
Retour de chronique du Bifrost 116
L’Épée de laurier-rose, suite directe du Trône de Jasmin (cf. Bifrost n°113) est le deuxième tome de la série de fantasy épique de Tasha Suri. Le roman poursuit les aventures de Malini, qui revendique le trône du Parijatdvipa, et de Priya, devenue Aînée des enfants du Temple après avoir traversé trois fois les Eaux Immortelles. Tandis que Malini se prépare à affronter son frère Chandra persuadé d’être béni par les Mères de la Flamme — des femmes qui ont accepté de s’immoler par le feu pour sauver leur pays — Priya lutte contre la pourriture magique qui transforme les êtres vivants en végétaux et remodèle sa terre natale pour le retour des Yakshas, les créatures divines vénérées par les Ahiranyis. Malini navigue dans un univers où son autorité est sans cesse remise en question en raison de son genre. Son parcours pour s’imposer en tant qu’impératrice est jalonné de compromis et de luttes incessantes visant à maintenir la fidélité de ses alliés, dont beaucoup doutent de sa légitimité.
Contrairement au premier tome, qui introduisait le monde et les personnages, L’Épée de laurier-rose est davantage axé sur l’action et la guerre. Plus sombre et plus violent, jalonné de morts et de destruction, ce volume est marqué par des batailles épiques, des intrigues politiques complexes et une guerre fratricide entre Malini et Chandra. La romance entre Malini et Priya, bien que discrète pour un livre estampillé romantasy, joue un rôle crucial dans la motivation des personnages. Le récit nous parvient au travers de multiples points de vue, enrichi par les monologues intérieurs des personnages. Ce choix narratif ajoute de la profondeur au récit, mais en ralentit le rythme.
La foi, le pouvoir et le sacrifice constituent les thèmes principaux de ce tome. La foi, omniprésente, est dépeinte comme une arme de pouvoir et de manipulation. Chandra justifie ses actes de cruauté par sa dévotion fanatique aux Mères, tandis que Malini s’appuie sur la prophétie du Dieu Sans-Nom pour légitimer sa revendication du trône. La foi devient ainsi un miroir déformant à travers lequel les personnages rationalisent leurs actions. L’exercice du pouvoir exige des sacrifices personnels volontaires, imposés ou nécessaires, mais toujours lourds de conséquences. Chaque personnage se trouve confronté à des choix déchirants, qui scellent irrémédiablement leur destin et dont les enjeux finissent par les dépasser.
L’Épée de laurier-rose marque la fin des conflits humains pour laisser place à un nouvel affrontement, celui des divinités — l’eau des Yakshas contre le feu des Mères. Tome de transition souffrant de quelques longueurs, il suscite néanmoins la curiosité pour le troisième volume, L’Empire du Lotus, prévu pour 2025. À noter que pour l’instant, seule l’édition collector, avec ses couleurs vives controversées, est disponible — à un prix élevé, donc.
Un extrait
Les corps furent descendus dans les fosses avec précaution et révérence. On les recouvrit de terre. Ganam s’essuya le front de la main, y laissant une traînée de boue. Puis il leva de nouveau les yeux sur Bhumika. Autour de lui, les autres porteurs de masque firent de même.
Il y avait probablement des mots qu’une aînée du temple devait prononcer en pareilles circonstances. Mais elle ne se souvenait pas comment ses propres aînés avaient pleuré ses frères et sœurs qui étaient morts noyés ou empoisonnés par les eaux immortelles. Avaient-ils pleuré ? La mort avait toujours été une fatalité – et une preuve de faiblesse et d’échec. Si un enfant du temple mourait, c’est qu’il n’était pas digne de vivre. Et peut-être pas non plus d’être pleuré.
« Vous pouvez prier aussi, si vous le souhaitez », proposa Bhumika avec douceur.
Ganam échangea un regard avec ses congénères. Un message silencieux passa entre eux.
« Ce n’est pas vraiment notre rôle, dit-il.
— Vous serez bientôt des aînés, répondit Bhumika. Les gens attendront de vous que vous priiez et honoriez les yakshas avec eux. » D’un léger mouvement de tête, elle désigna les sépultures maintenant couvertes de terre fraîche. « Ils seraient heureux. Que vous tous chantiez pour eux. »
Leurs voix tremblantes s’unirent et montèrent dans le soleil levant.
Pour aller plus loin
- De Tasha Suri sur le RSF Blog : Le Trône de Jasmin, Les Royaumes Ardents T1
- Lire l’avis d’Elbakin.

