Experon – Hélène Cruciani


Experon

De Hélène Cruciani

Griffe d’Encre – 258 pages

Andy Sollow est un éminent scientifique qui se consacre trop à ses recherches et plus assez à son épouse Annabel, dont le désir d’enfant croît de jour en jour. A 38 ans son horloge biologique lui rappelle que le temps presse. Et, comme si cela ne suffisait pas nous sommes en 2050. La maternité est, en France, réglementée : ne peuvent élever des enfants que les femmes ou les hommes (un peu de parité et d’égalité des sexes dans un monde plutôt compliqué) qui obtiennent le diplôme d’Aptitude Auprès des Enfants (AAE). Annabel n’arrive pas à décrocher ce diplôme : le parcours est long et difficile. Alors quand Andy Sollow recueille dans  son centre médical un petit garçon étrange qui ne sait ni lire ni parler et qui l’accapare et lui permet de réactiver le programme Experon c’est l’implosion.

Avec ce résumé on est assez loin de la présentation de l’éditeur (que je reproduis ici)

Ange est un petit garçon étrange. À dix ans, il ne sait ni lire, ni parler. Comme si l’aridité des mots l’avait poussé à se réfugier dans les bras grands ouverts de l’image.
Son arrivée en neurologie pour une ultime consultation emplit le docteur Sollow d’espoir. Et si Ange était l’atout qu’il attendait pour relancer EXPÉRON, cet ambitieux projet de recherche qui lui tient tant à cœur ?
Très vite le garçonnet l’accapare, l’obsède.
À tel point que Sollow en oublie l’autre, l’enfant que sa femme, Annabel, désire plus que tout au monde. Elle a pourtant trente-huit ans, l’âge où le temps presse. Que se passera-t-il si elle n’obtient pas le diplôme l’autorisant à procréer ?
À cette question-là, le brillant chercheur donne une bien mauvaise réponse…

Tout  au long du livre l’accent est mis sur la maternité, les enfants, l’organisation mise en place par la société autour de l’enfant, de l’éducation. C’est très intéressant et fort bien décrit mais cela génère une frustration : là où l’on s’attend à suivre l’évolution d’un petit garçon et d’un programme scientifique révolutionnaire (transplanter des expériences de vie en quelques secondes grâce à une séquences imagée) on se retrouve attaché aux pas d’un personnage important, certes, mais a priori secondaire. Sans compter qu’on passe d’une anticipation sociale, où l’on dissèque les processus aberrant et ubuesque de réglementation des naissances et de l’éducation des enfants qui nie la place de l’être humain et le rôle parent, à une histoire de psychologie de couple en crise autour d’une maternité contrariée. Là réside ma double déception sur ce livre. La première s’est basée sur un malentendu vite levé : je n’avais pas pris suffisamment en compte la dimension « sociale » de ce roman d’anticipation sociale (oui c’est bête…). La seconde a été en grande partie compensée par le questionnement initié par le roman : dans notre société présent et future quelle place donner à l’enfant ? la procréation est-elle la norme sociale pour définir la plénitude féminine ? Jusqu’où peut-on aller dans la recherche génétique, scientifique ?

Les dialogues sont fluides, les scène de disputes parfaitement rendues et réalistes. Les personnages attachants et leur évolution psychologique, bien que prévisible parfois, reste cohérente. L’écriture coule toute seule, la lecture aussi. Hélène Cruciani décrit un futur proche plutôt glaçant (surtout pour une femme dans la trentaine sans enfants !) avec une profusion de détails qui renforce sa vraisemblance.

Au final j’ai beaucoup aimé cette anticipation sociale pour, justement, sa dimension sociale.

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