Chroniques des années noires – Kim Stanley Robinson 12


Chroniques des années noires

de Kim Stanley Robinson

Pocket – 1014 pages

Dans notre histoire, au Moyen-Âge, la peste a ravagé l’Europe et a décimé entre 30 % et 50% de la population. Dans l’uchronie construite par Kim Stanley Robinson, presque toute la population en est morte. La civilisation européenne ne connait pas d’essor. L’Europe est recolonisée au sud par l’Islam et à l’est par la Chine, qui vont, de fait, devenir deux grandes puissances concurrentes, allant même jusqu’à s’affronter au cours des ans. Et l’auteur de réécrire plus de 700 ans d’histoire, en plusieurs livres qui sont autant d’épisodes historiques importants comme la découverte de l’Amérique, une guerre mondiale et même la révolution de l’atome. Mais pour éviter que la fresque repose sur un trop grand nombre de protagonistes qu’il serait assez difficile de suivre, il utilise un procédé narratif ingénieux, procédé qui s’inscrit dans la tradition bouddhique : la réincarnation des principaux personnages. Matérialisés par une initiale, K, B et I font partie d’une même jati, un groupe d’âmes liées entre elles dans le cycle des réincarnations et sont projetés à différents moments de l’histoire réécrite par Kim Stanley Robinson. Ces héros n’en sont pas car ils ne font pas l’Histoire. Ils ne sont pas généraux, politiciens ou penseurs. Ils ne sont que des êtres humains tentant de concilier leur destin et leur karma avec le flux de l’histoire.

Chroniques des années noires est un livre dense, riche, et j’oserai même écrire « multi-couches ». Toute la culture humaine y est scrutée : arts, religions, sciences, philosophies, techniques, médecine… Tout est revu sous l’angle uchronique mais de manière très réaliste (avec une mention spéciale à la guerre des tranchées, insoutenable à lire). C’est une oeuvre monumentale, source de réflexion, et qui donne envie d’approfondir certains points ou certaines théories. Ici les grands évènements historiques ont eu lieu malgré le point de divergence. Même si c’est la Chine par exemple qui découvre l’Amérique, l’histoire a suivi son cours et est, en quelque sorte, immuable. Le roman donne aussi envie de confronter la fiction à la réalité. Personnellement dans toutes les thématiques c’est celle du bouddhisme qui m’attire le plus. Bien entendu sur plus de 1 000 pages le lecteur n’échappe pas à quelques longueurs ou à quelques passages moins intéressants ou moins rythmés mais ce livre est un incontournable à lire absolument.

Coup de griffe à l’éditeur français : honte à lui pour le titre ! En VO, The Years of Rice and Salt, il est bien plus représentatif de l’esprit du roman. Et le titre français n’est guère engageant : les années décrites par Kim Stanley Robinson ne sont pas sombres, bien au contraire.

Prix Locus en 2003.

   

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