Si c’était à refaire – Marc Levy

Si c’était à refaire

De Marc Levy

Robert Laffont – 421 pages

De Marc Levy j’ai déjà lu (si, si) Et si c’était vrai il y a quelques années. Lu en deux heures. Oublié dans les 15 minutes qui ont suivi. Si vous demandiez de le résumer, je vous avouerais que j’en suis maintenant totalement incapable. Tout ce que je peux vous dire c’est que ce roman m’avait laissé un goût de … rien du tout en fait, puisque je ne suis pas très sensible aux bluettes dégoulinantes de bons sentiments sur deux cent pages. Je me souviens juste qu’à la fin, je m’étais dit  » Tout ça pour ça ? Bon, bon, bon…  » et que j’en avais déduis que Marc Levy ce n’était pas pour moi. Sauf que voila, certaines circonstances ont mis Si c’était à refaire entre mes mains. Quelles circonstances me demanderez-vous ? Avec le pitch de l’éditeur et le titre, nous (sous-entendez « le jury du prix ActuSF de l’Uchronie » – dont la réputation après ce billet sera irrémédiablement et définitivement perdue) avons cru qu’il s’agissait d’une uchronie (catégorie uchronie personnelle). Et donc, ne renonçant devant aucun sacrifice pour préserver le sérieux et l’intégrité de notre vénérable institution, nous avons tous lu Si c’était à refaire (j’ai des mails qui pourront servir de preuve attention, les autres membres du jury, par conséquent, ne peuvent pas nier l’avoir lu). Et comme j’ai passé un contrat moral avec le RSFBlog (à savoir chroniquer tout ce que je lis – quand je ne suis pas trop en retard s’entend), voici donc un billet consacré au dernier opus en date de Marc Levy. Vous pourriez me rétorquer que ça ne sert à rien de parler d’un bouquin sur un blog, d’un best-seller (enfin je suppose) de surcroît, quand les dés sont pipés dès le début (puisqu’il est attendu que je n’ai pas aimé ce roman), surtout si c’est pour en dire du mal. Qu’on se rassure. Si l’oeuvre de Marc Levy n’est pas pour moi, je ne vais guère en dire du mal. Pourquoi ? Parce que, comme je n’en attendais rien (si ce n’est quelques heures de souffrance mais je suis mauvaise langue), je ne courais pas le risque d’être déçue (et c’est reposant quand il n’y a aucun enjeu personnel à la lecture d’un bouquin). Mais aussi, chose étonnante en elle-même, parce que je suis plutôt agréablement surprise par ce roman (vous me direz que quand on s’attend au pire…). Et qu’il faut donc que je vous dise pourquoi et en quoi.

Pour commencer nous pitchons (oui pour ce roman on pitchera) grâce au texte de quatrième de couverture :
Andrew Stilman, grand reporter au New York Times, vient de se marier. Le 9 juillet 2012 au matin, il court le long de l’Hudson River quand il est soudainement agressé. Une douleur fulgurante lui transperce le dos, il s’effondre dans une mare de sang. Andrew reprend connaissance le 9 mai 2012… Deux mois plus tôt, deux mois avant son mariage. À compter de cette minute, il a soixante jours pour découvrir son assassin, soixante jours pour déjouer le destin. De New York à Buenos Aires, il est précipité dans un engrenage vertigineux. Une course contre la montre, entre suspense et passion, jusqu’au dénouement… à couper le souffle.

Si vous avez bien lu le pitch (sinon relisez, allez un petit effort), vous vous êtes peut-être demandé ce que Buenos Aires venait faire dans cette affaire ? En fait, Andrew Stilman travaille à un article sur la « guerre sale » d’Argentine et sur les Mères de la Place de Mai. Il enquête donc à la fois sur la mort de milliers de résistants à la junte militaire (et sur la disparition de leurs enfants, adoptés par les sympathisants du régime dans l’optique des les sauver de la corruption parentale) et sur sa propre mort. Voila ce qui m’a agréablement surpris : dans Et si c’était vrai nous avions droit à une bluette dans un décor digne de Grey’s Anatomy (ou plutôt d’Urgences qui était la série hospitalière à la mode à l’époque – et, avant que vous ne critiquiez, sachez que j’ai visionné les 15 saisons dans leur intégralité), ici nous avons un décor plus consistant, porté par un minimum de documentation et qui permet de dépasser le seul enjeu sentimental. Et ce contexte, qui prend pas mal de place, a suffi à accrocher mon intérêt jusque la fin (ce qui en soit est déjà beaucoup). La construction, certes linéaire, est aussi plus ambitieuse que dans Et si c’était vrai puisque l’auteur utilise certains codes du thriller, cachant au lecteur certains éléments, pour faire monter la tension. C’est donc une bonne surprise de ce côté-là puisque les atermoiements d’Andrew – aime-t-il Valérie, son amour d’enfance retrouvé par hasard ? Doit-il l’épouser ? Notez au passage que dans sa première histoire il a un coup de foudre pour une belle étrangère et que ça fiche un peu en l’air le mariage (alors qu’il ne s’est encore rien passé) alors que dans la réécriture de son histoire, Andrew n’a qu’une simple histoire de cul à l’arrière d’une voiture, mais ça ne compte pas puisque ce n’est que du sexe sans amour… * toussote * – m’ont laissée, au mieux, indifférente, au pire agacée. Clin d’oeil à Si c’était vrai, on retrouve, dans les personnages secondaires chargés d’aider Stilman, l’inspecteur Pilguez même si, cette fois, il est à la retraite. Voila qui devrait plaire aux fans de la première heure. De mon côté, les chapitres très courts (vous pouvez d’ailleurs lire le premier ici), les phrases sèches, le style presque journalistique parfois, ne m’ont pas séduite (je suis incurable, j’aime les auteurs plus littéraires, auteurs que certains qualifient même parfois de bavards). La fin, que l’on voit arriver de très loin, permet au moins de trancher un point : Si c’était à refaire n’est pas une uchronie. Je ne peux pas vous la dévoiler, cette fin, ça ne se fait pas, mais sachez simplement que le point de divergence est fictif (un artifice narratif éculé même) et que l’histoire personnelle de Stilman n’est pas réécrite ailleurs que dans son esprit. Et pour terminer ce billet, je peux continuer à affirmer que Marc Levy ce n’est toujours pas pour moi : sa cuisine n’est pas assez nourrissante à mon goût, manque du sel et des épices dont je raffole en littérature.

Un extrait :
« Son tailleur lui avait dit un jour que la vie n’était pas comme l’un de ces appareils où il suffisait d’appuyer sur une touche pour rejouer le morceau choisi, qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible. Apparemment, M. Zanetti s’était trompé. Quelqu’un, quelque part, avait dû appuyer sur un étrange bouton, car la vie d’Andrew Stilman venait de se rembobiner soixante-deux jours en arrière. »

Ceci est ma participation au Challenge Et si c’était bien de Gromovar. D’autres avis sur Babelio.

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