Le Dernier des Francs – Michel Pagel 1


Le Dernier des Francs

De Michel Pagel

Rivière Blanche – 240 pages

A Alésia, le 2 septembre de l’an 52 avant J.-C., Brennus, un Arverne, parvient à assassiner Jules César. Il y perd la vie mais met fin à la Guerre des Gaules et donne naissance à un empire celte, qui, huit siècles plus tard, continue à défier Rome. Huit sciècles plus tard, justement, nous faisons la connaissance de Lucius Antonius Tubero, romain, bossu de naissance. Promis à un avenir politique au Sénat s’il suit les pas de son oncle Tiberius Antonius Quintus, il compense son infirmité physique par son intelligence et sa capacité d’écoute. Sous couvert de le marier à la belle Lirane, Tiberius Antonius Quintus l’entraîne sur les routes de Gergovie. Ce mariage cache un tout autre objectif : masquer un complot de grande envergure dont la teneur ne sera révélée à Tubero qu’après le massacre de la caravane dans laquelle ils avaient pris place, massacre auxquels seuls échapperont Lirane, Alrik, le dernier des Francs et lui-même.

J’ai déjà évoqué sur ce blog les écrits de Michel Pagel, et toujours en bien que ce soit pour Le roi d’août, L’équilibre des paradoxes ou Les Immortels. Ce billet-ci ne dérogera pas à cette habitude qui a l’air de vouloir s’ériger en règle tacite. Encore une fois Michel Pagel joue avec l’Histoire et offre au lecteur, pour son plus grand plaisir, un très bon roman d’aventure. Sur la forme c’est la simplicité qui domine : la narration est assurée par Tubero lui-même ce qui plonge tout de suite le lecteur dans l’action et le récit, linéaire, est émaillé de multiples rebondissements (parfois rocambolesques). Le roman se dévore rapidement, le lecteur, sous tension, avalant les phrases au kilomètre. Sur le fond, le contexte historique, politique et religieux se révèle fascinant. Pas de longues descriptions, ni de cours démonstratifs mais une utilisation intelligente de la documentation et un amour de l’Histoire qui transparaît ici, à chaque page ou presque. L’Histoire n’est pas décor qu’on utilise pour faire joli, où l’on balade des personnages qui auraient très bien pu vivre les aventures à d’autres temps ; ici l’époque imprègne la psychologie des personnages, les façonne à son image. Le style reste très travaillé mais, sans lourdeurs, il se laisse oublier pour se mettre totalement au service de l’histoire. La voix donnée à Tubero sonne juste. Le personnage est d’ailleurs bien travaillé, sa naïveté jumelée à son inventivité émeut. J’ai déjà écrit que Michel Pagel était un conteur de talent et un magicien des mots et ce n’est pas Le Dernier des Francs qui me fera changer d’avis.

Un extrait :
Au premier coup d’oeil, on se rendait compte que c’étaient là le père et le fils. Même stature, même largeur d’épaules, mêmes muscles longs et déliés, et, surtout, même traits, quoique l’un eût à peine vingt ans et que l’autre fût bien plus âgé – le double, peut-être, pas assez pour lui ôter sa vigueur mais suffisamment pour tracer des rides profondes sur son visage et conférer à son regard la lueur immanquable, le sinistre éclat toujours présent dans les yeux de qui en a top vu. Tous les deux étaient grands comme peuvent l’être les barbares du Nord, ils portaient longs des cheveux blonds qu’une lanière de cuir réunissait en queue-de-cheval, et leur moustache fournie couvrait leur lèvre supérieure avant de longer la bouche pour s’achever en pointes à la base du menton. Dédaignant la cotte de mailles, ils portaient une cuirasse pectorale qui laissait nus bras et jambes. Plutôt qu’une épée, une hache pendait à leur ceinture, tandis qu’un arc et un carquois étaient accrochés dans leur dos.
Pourtant, ce n’étaient pas ces détails superficiels qui les rendaient si remarquables, c’était l’aura de tristesse, la gangue de désespoir quasi palpable qui les enveloppait. Une noirceur terrible pesait sur ces deux hommes, comme s’ils avaient vu trop de gens mourir, même le plus jeune, et n’en étaient venus à n’accorder qu’un prix ridicule à la vie, la leur ou celle des autres. Comme s’ils n’avaient pas particulièrement tenu à la conserver mais avaient en revanche été prêts à la vendre aussi chèrement que possible. D’une certaine manière, ils avaient l’air déjà morts.
De toutes les manières possibles, ils avaient l’air terriblement dangereux.
« Le plus vieux s’appelle Gervald, me déclara mon oncle lorsque je lui demandais qui ils étaient. Son fils Alrik. Ce sont les derniers des Francs. »


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