Les falsificateurs – Antoine Bello 5


Les falsificateurs

d’Antoine Bello

Gallimard – 501 pages

A ma gauche le CFR pour Consortium de Falsification du Réel, une organisation secrète mondialement implantée qui altère l’information.
A ma droite, Sliv Dartunghuver, jeune islandais fraîchement sorti de ses études et qui recherche son premier emploi.
Au milieu, une belle mécanique littéraire où l’information est manipulée et où le réel n’est pas la réalité (ou l’inverse).
Au final un roman prenant avec un faux air de Philip K Dick (la folie en moins).

On s’attache donc aux premiers pas de Sliv au sein du CFR, une institution qui gardera son mystère jusqu’à la fin du roman (c’est d’ailleurs une source de frustration même s’il paraît que les questions trouvent leurs réponses dans le 2eme volet, Les éclaireurs). Pour falsifier le réel, rien de plus simple : écrire un scénario crédible puis inventer ou falsifier des sources de référence qui appuieront l’histoire.  C’est comme ça qu’on envoie une chienne dans l’espace pour accélérer la conquête spatiale ou qu’on se rend compte que les Vikings ont  découvert l’Amérique bien avant Christophe Colomb. Il est sympa Sliv mais aussi très naïf (vous vous imaginez falsifier le réel sans une pointe de peur des conséquences vous ? moi non…). Il aime les histoires et excelle dans l’écriture des scénarios. Il n’a aucune conscience politique de ses actes ni de leurs conséquences. C’est un joueur. Il joue avec le réel alors même qu’il ne connaît pas les motivations ni les objectifs de son employeur (même si on se rend compte très vite que sauver une peuplade africaine est loin d’être la manifestation d’un empire du mal). C’est un joueur et un drogué. La falsification agit comme une drogue dure : une fois qu’on y a goûté impossible de s’en passer. La vie normale semble beaucoup trop fade, le quotidien trop étriqué. Malgré tout on accompagne Sliv avec plaisir dans son parcours initiatique, on se plonge avec délectation dans les falsifications qui émaillent le récit. Elles sont rondement menées, bien étayées, comme le roman en son entier. La plume, efficace et précise, sans effets de style superflus porte le récit de manière fluide et rythmée. Mon seul reproche : il n’y a pas, comme chez Philip K Dick, une réflexion politique qui accompagne la manipulation des faits et de l’histoire et qui apporte de la  profondeur au propos. Ici Sliv vit dans un monde de bisounours où les méchants ne sont pas si méchants au bout du compte, où un employeur comme le CFR sait séparer dans ses rangs le bon grain de l’ivraie et, où, finalement, il y a peu de risque de faire du mal. C’est une mécanique un peu creuse mais une belle mécanique tout de même.

 


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