La Cinquième Saison, Les livres de la terre fracturée T.1 – N.K. Jemisin

La Cinquième Saison,
Les livres de la terre fracturée T.1

De N.K. Jemisin

J’ai lu collection Nouveaux Millénaires, 480 pages, epub. Traduction de Michelle Charrier.

Premier roman d’une trilogie dont chaque volume a reçu un prix Hugo, La Cinquième Saison projette le lecteur sur une Terre en colère. L’unique continent n’a de Fixe que le nom. Lors de la cinquième saison, l’activité sismique provoque de nombreux tremblements de terre et des éruptions volcaniques qui ne cessent de le redessiner, entraînant leur lot de désolation et de morts humaines. Les Orogènes ont le pouvoir de modeler l’activité géologique. Ils peuvent déclencher des tremblements de terre, mais aussi en atténuer les effets ou rediriger le flux. Cette capacité effraie tout autant qu’elle fascine. A l’état brut, sans maîtrise ou quand l’Orogène est trop jeune pour se contrôler, elle peut s’avérer dangereuse et destructrice. Les Orogènes les plus chanceux sont donc envoyés, élevés (voire conçus à partir des lignées des Orogènes les plus puissants) au Fulcrum, tout à la fois lieu de savoir et de secrets. Le Gardien attaché à leurs pas a droit de vie et de mort sur eux. Le moins chanceux finissent souvent lynchés par la population. Les règles sont strictes et gravées sur des tablettes (même si ces dernières ne sont pas à l’abri d’une disparition ou d’un escamotage en règle). Dans un monde survivaliste, elles peuvent paraître nécessaires, mais leur iniquité pèse lourdement sur les épaules de certains.

La narration épouse le point de vue de trois femmes, Essun, Damaya et Syénite. Trois fils narratifs pour trois tranches de vie sur les destins d’Orogène dans une saison qui s’annonce cataclysmique. Trois vies qui ne sont qu’une succession d’épreuves, de lutte, de désespoir, de vengeance et d’émancipation dans une société figée et d’une violence crue envers ses enfants hors-norme. Le worldbuilding, la cohérence interne au monde (et à la magie quasi scientifique des Orogènes) ainsi que la construction du roman impressionnent, même s’il faut se laisser porter par le rythme parfois indolent et une narration parfois déroutante d’Essun (à la deuxième personne). N. K. Jemisin traite avec finesse des thèmes comme le féminisme, la différence et les discriminations systémiques et institutionnalisées, la construction de soi et l’identité, la place que l’on vous laisse ou qu’on prend dans la société ou encore l’écologie et la survie. Fort, puissant, magnifique, le roman prend aux tripes et stimule les méninges. Ce premier tome, s’il en appelle d’autres, a le bon goût de ne pas laisser le lecteur frustré par un cliffangher final. Au contraire, il fournit certaines réponses, notamment sur les enjeux qu’il a posé, et promet d’autres mystères à découvrir et éclaircir par la suite. Une réussite, donc.

— Tu as la bougeotte en permanence. Qu’est-ce que tu cherches ?
— Je ne sais pas », répond-elle en secouant la tête.
Mais elle pense, quasi subconsciemment, quoique pas tout à fait : Un moyen de changer les choses. Parce que ce n’est pas juste.
Albâtre est doué pour lire dans ses pensées.
« Tu ne peux pas arranger les choses, affirme-t-il avec force. Le monde est tel qu’il est. On ne peut le transformer qu’en le détruisant et en recommençant tout depuis le début. » Il soupire puis se frotte le visage contre la poitrine de Syénite. « Prends ce que tu peux en tirer. Aime ton fils. Vis la vie de pirate si ça te rend heureuse. Mais arrête de chercher mieux. »
Elle s’humecte les lèvres.
« Corindon devrait avoir mieux.
— Oui, il devrait. »
Albâtre a beau s’en tenir à ça, le non-dit n’en est pas moins palpable : Mais il ne l’aura pas.
Ce n’est pas juste.

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