Opération Sabines, Monts et Merveilles T1 – Nicolas Texier

Opération Sabines
Monts et Merveilles T1

De Nicolas Texier

Les Moutons électriques – 370 pages

Londres, 1937. Dès les premières pages, le ton est donné. Place à Julius Khool, soldat maure ayant servi dans les légions de la République, retraité de mille batailles à la langue bien pendue. Volubile et quelque peu effronté, il entre, par une succession de hasards que l’on nomme parfois destin, au service de Carroll Mac Maël Muad, un jeune enchanteur irlandais, dilettante et plus porté sur les femmes que sur les études. De prime abord, la vie de domestique pourrait lui paraître fade, mais c’est sans compter l’irruption des services secrets britanniques qui les enrôlent pour une opération risquée : l’enlèvement de Valère di Maggio, chercheur en physique dont les récentes découvertes, convoitées par les puissances du monde, pourraient mener à la création d’une arme d’une puissance cataclysmique.

Dans un monde alternatif où l’empire romain a survécu (enfin une forme d’empire romain) et où les frontières entre les mondes se révèlent poreuses, magie et physique des particules coexistent. Roman d’aventure mâtiné d’espionnage, Opération Sabines plonge le lecteur dans un tourbillon d’événements dans une Europe en mutation, hésitante entre science et magie.

Il faut accrocher à la narration, un peu désuète et souvent digressive, de Julius Khool. Autant le dire tout de suite, si vous n’accrochez pas à son style ou à sa personnalité, votre lecture risque de vous agacer. C’est lui qui donne son tempo au roman : il évoque facilement ses aventures passées, ses souvenirs et ses impressions, ce qui ralentit parfois le rythme du récit. Sa faconde va jusqu’à éclipser un peu les autres personnages. L’auteur s’amuse avec l’histoire et glisse de multiples références littéraires. C’est un plaisir de se prêter au jeu.

Et, de fait, le fauteuil parut suivre comme une pente jusqu’à deux pas des nôtres. Dona Becca avait une voix à la fois grave et légère, où semblait passer comme le souffle des limbes. Elle s’exprimait dans notre langue en sertissant chaque mot, comme de vieilles choses précieuses qu’elle possédait depuis toujours mais n’utilisait presque jamais, les gardant sous vitrine, et l’impression en était de comprendre une langue étrangère. À son entrée, le salon avait paru s’éclaircir, et à l’évocation d’une collation que l’on aurait pu nous servir, je réalisai soudain que j’aurais été incapable de déterminer l’heure du jour. Un coup d’œil inquiet vers la fenêtre ne fit rien pour apaiser mon trouble : voilés d’une taie cotonneuse ponctuée de mouches emballées dans les toiles d’araignée comme des momies sous les bandages, les fenêtres laissaient difficilement discerner quelques marches, un pan de mur, un endroit comme perdu quelque part dans le temps, le Palazzo Di Maggio paraissant lui-même voguer sur la lagune comme au gré des siècles.

Quelle sagesse :

Un vieux soldat sait quand faire parler le silence.

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