Rosée de feu – Xavier Mauméjean 12


Rosée de feu

De Xavier Mauméjean

Le Bélial’ – 272 pages

Avis de Monsieur Lhisbei

Seconde guerre mondiale et, plus précisément, la guerre du pacifique entre les japonais et les américains. Trois destins. Celui d’un petit garçon, Hideo, en premier lieu. Hideo subit la guerre mais, avec son regard d’enfant, ne rêve que de dragons, de héros. Il admire la bravoure des guerriers japonais et de son frère Tatsuo, pilote de dragon. Second destin qui nous est conté : celui de Tatsuo qui découvre les joies du vol et la fusion entre le dragon et son pilote. Le troisième destin est celui du maître archer Obayashi. Sa vie est un combat dirigé par l’honneur et le sens du devoir. Malgré lui il sera l’inspirateur des kamikazes. L’avancée des forces américaines pousse le Japon dans ses derniers retranchements. La décision est difficile mais irrévocable, le sacrifice des pilotes et des dragons est la seule voie pour sauver la patrie.
Tatsuo est affecté à une escadrille suicide mais, à son grand désarroi, il ne sera pas un kamikaze mais un escorteur chargé d’accompagner, de protéger les pilotes et de rendre compte des résultats des attaques suicides. Les premières missions sont les plus difficiles pour Tatsuo car il voit mourir ses amis. Ensuite ce ne sont plus que de jeunes pilotes à peine formés et anonymes. Les forces américaines continuent d’avancer inexorablement et, malgré des pertes élevées, de se rapprocher du japon. La fin vous la connaissez, tout le monde la connaît…

Rosée de feu est une uchronie qui repose sur un point de divergence digne d’un roman de fantasy (mais nullement traité comme tel) : l’existence des dragons. Les japonais n’ont pas développé une industrie aéronautique classique ; ils ont domestiqué des dragons et en ont fait une arme de guerre redoutable.

Le style narratif de Xavier Mauméjean m’a d’abord déstabilisé. Je ne saurais l’expliquer plus, mais j’étais perplexe. Plusieurs histoires nous sont contées en même temps. Chaque chapitre est placé sous l’égide d’un élément : Terre, Métal, Bois, Feu, Eau. J’ai d’abord pensé que chaque élément correspondait à l’histoire d’un personnage (« Terre » pour Hideo, « Métal » pour Tatsuo, « Bois » pour Obayashi, « Feu » pour des citations, des extraits de rapports, des réflexions …) mais, non, ce n’est pas comme cela que le roman est construit. Tout paraît se mélanger d’où mon désarroi initial. Je me suis ensuite laissé porter par l’histoire, les destins de chaque personnages ; charmé, je suis passé par la Terre, le Feu, le Bois, le Métal (peut être pas dans cette ordre d’ailleurs) jusqu’à l’Eau. La construction prend tout son sens grâce à la postface de Xavier Mauméjean, qui éclaire le lecteur et lui permet d’apprécier encore plus le roman. Merci M. Mauméjean.

L’histoire, racontée du point de vue des Japonais rend les personnages attachant. A chaque mission de Tatsuo j’avais envie de le voir rentrer sain et sauf. Hideo est fasciné par les héros de la guerre. Le lecteur est content que son frère Tatsuo ne soit pas un kamikaze même si le rôle d’escorteur le frustre. Le maître archer force l’admiration par son sens du devoir et de l’honneur. Mais l’auteur contrebalance cet état de sympathie par le truchement d’un personnage secondaire, dont l’intervention remet la guerre en perspective et provoque la réflexion. Sous une apparente simplicité Rosée de feu oblige le lecteur à se poser des questions, les bonnes questions : et si j’étais né japonais en 1930 aurais-je été capable de prendre conscience ?

Un extrait :
« J’ai fini, monsieur.
– Pas moi. Le sac de Nankin a débuté le 13 décembre 1937 et s’est poursuivi durant six semaines. Cela a commencé par le massacre des soldats chinois. Des milliers ont été abattu au fusil ou à la mitrailleuse le long des berges du Yangzi. Dans ses lettres, Minoru disait à son épouse qu’à certains endroits, l’empilement des corps faisait six mètres d’épaisseur pour quinze mètres de haut. Nos officiers ont ordonné de laisser les cadavres sur place, au moins jusqu’à janvier. »

Dans ce roman, Xavier Mauméjean fait preuve d’une très grande connaissance de la culture nipponne et des événements de la seconde guerre mondiale ; c’est instructif, divertissant, parfois dérangeant mais jamais ennuyeux. Une très bonne lecture à conseiller à tous. Laissez-vous bousculer, déstabiliser. J’espère que vous aimerez Rosée de feu comme j’ai pu l’aimer : il fera partie des livres que je n’oublierai pas.

Avis de Monsieur Lhisbei


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