Sans forme, Le Protectorat de l’ombrelle T2 – Gail Carriger

Sans forme
Le Protectorat de l’ombrelle T2

De Gail Carriger

Orbit – 324 pages

Petit message préventif en guise de préambule. Si vous n’avez pas encore lu Sans âme, le premier tome de cette série (mais vu son succès, vous devez être peu nombreux dans ce cas…), ne lisez pas cette chronique qui va, dès les premières lignes, révéler des éléments importants qui vous gâcheraient le plaisir de lecture. Spoilers en vue donc.

Nous retrouvons donc Alexia Tarabotti, devenue Lady Maccon (j’avais prévenu pour les spoilers et ça ne fait que commencer) après avoir épousé (par amour, so chocking dans cette société victorienne) Lord Conall Maccon, loup-garou aussi sexy que rugueux, aussi fougueux que pressé de la trousser à chaque occasion (et bizarrement elles sont nombreuses ces occasions – et il y a au moins une scène de sexe en trop), écossais de surcroît, et grand chef du BUR (Bureau du registre des non-naturels). Se don côté elle a accédé au poste de Mujhah de la Reine Victoria et travaille en étroite collaboration avec un vampire et un loup-garou au sein du cabinet paranormal secret de la reine. Un soir sans crier gare, une malédiction s’abat sur le centre de Londres : les êtres non-naturels redeviennent mortels. Les vampires perdent leurs pouvoirs et la nécessité de boire du sang, les loups-garous ne peuvent plus se métamorphoser et les fantômes sont irrémédiablement dissous. Tous les regards se portent sur Alexia puisque son absence d’âme lui donne cette capacité de réduire à néant les pouvoirs des êtres surnaturels. Bien entendu, elle n’y est pour rien (elle ne peut opérer qu’à petite échelle, en touchant le vampire ou le loup-garou pour annihiler ses pouvoirs), mais elle se saisit de l’enquête. Enquête qui tombe plutôt bien puisque son mari a filé à l’anglaise en direction de l’Ecosse (un vieux compte à régler avec son ancienne meute a priori). Néanmoins, ses investigations vont être ralenties par quelques menus désagréments : sa meilleure amie Miss Ivy Hisselpenny s’entiche du porte-clés de Lord Maccon alors même qu’elle vient de se fiancer et sa peste de demi-soeur, Félicité (jamais personnage n’aura aussi bien mal porté son nom), débarque chez elle après avoir subi un affront familial (la dernière des soeur, plus jeune, a le toupet d’avoir trouvé un prétendant avant elle). Arrivés à ce point, nous n’en sommes qu’au début du roman. Il vous faut encore ajouter un nouveau personnage, une inventrice française lesbienne (triplement so shocking) qui fournit à Alexia une ombrelle absolument James Bondienne que Q n’aurait pas renié, un voyage en dirigeable vers l’Écosse (il faut bien que Alexia et Conall se rejoignent pour finir au lit non ?) et un transmetteur éthérographique pour vous donner une idée des péripéties vécues par Lady Alexia Maccon.

Vous l’avez compris, ça n’arrête pas une minute. J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la pseudo société victorienne avec vampires, loups garous et fantômes ainsi que les personnages principaux et secondaires. J’ai toujours un petit faible pour Lord Akeldama (que j’appelle macadamia parce que le plaisir de le retrouver s’apparente au plaisir de manger cette crême glacée) même s’il est moins présent. Petit plaisir supplémentaire, l’univers se teinte de plus en plus de steampunk : des piquets de tente en cuivre, une machine à télécommunication (le transmetteur éthérographique dont vous saurez tout tant Gail Carriger se plaît à la décrire), le dirigeable et l’ombrelle tout terrain. Gail Carriger décrit en détail et de manière très technique (quasi-scientifique) le fonctionnement de certains appareils et utilise ce procédé pour expliquer aussi le surnaturel (une science très fantaisiste, convenons-en). Cela lui permet de réfuter tout élément fantastique ou toute magie. Je me suis demandée s’il n’y avait pas une forme de message pour ceux qui opposent constamment SF, Fantasy et Fantastique… Les dialogues sont savoureux et l’angle de vue de Gail Carriger toujours aussi mordant et ironique.
Un seul bémol : l’enquête passe souvent au second plan même si sa résolution ne démérite pas et fournit des informations importantes sur na nature d’Alexia et des paranaturels. Le séjour en Écosse permet aussi d’en apprendre un peu plus sur le passé de Lord Maccon. La fin réserve un belle surprise (dont je ne dirais pas un mot, non, non) et un méchant cliffhanger personnel pour Alexia qui me fait regretter de ne pas avoir le tome 3 en ma possession.

Je ne suis pas fan de bit-lit en général mais le Protectorat de l’Ombrelle échappe à la règle : Gail Carriger parvient à faire exploser les conventions à grands coups d’ombrelle (et malgré les corsets et les froufrous vestimentaires) et j’aime ça.

Quelques extraits :
« Qu’est-ce que tu fabriques, mari ? » s’enquit-elle d’une voix que le soupçon rendait aussi onctueuse que du beurre.
« Toutes mes excuses, ma chère. »
Lady Maccon détestait absolument que son mari l’appelle sa « chère ». Cela signifiait qu’il mijotait quelque chose mais n’allait pas lui en parler.

On ne pouvait néanmoins pas éviter d’entendre, même si l’on ne regardait pas : le bruit spongieux et craquant d’os qui se brisent et se recomposent. Comme l’écho que le démembrement d’un poulet mort destiné à la cocotte produit dans une grande cuisine. Alexia vit Ivy frémir.
La métamorphose des loups-garous n’était jamais agréable. C’etiat l’une des raisons pour lesquelles les membres des meutes en parlaient toujours comme d’une malédiction même si, à l’époque moderne des Lumières et du libre arbitre, les porte-clés choisissaient la métamorphose.Le changement comprenait une grosse quantité de réorganisation biologique. Qui, comme la réorganisation des meubles du salon en vue d’une soirée, impliquait que l’on passe d’un état ordonné à un état très brouillon à très ordonné de nouveau. Et, comme toute redécoration, il y avait un moment au milieu où il semblait impossible que tout retrouve à nouveau un état harmonieux. Pour les loups-garous, ce moment incluait de la fourrure qui cédait la place à des cheveux, des os qui se fracturaient et se ressoudaient dans de nouvelles configurations et de la chair et des muscles qui glissaient tantôt dessus et tantôt dessous. Alexia avait vu son mari se métamorphoser à de nombreuses reprises, et elle trouvait chaque fois l’acte à la fois vulgaire et, d’un point de vue scientifique, fascinant.
Conall Maccon était considéré comme un expert de la métamorphose. Personne, bien entendu, ne pouvait battre le professeur Lyall en matière d’élégance pure, mais au moins le comte était-il rapide et efficace et ne produisait aucun de ces horribles grognements de pugilistes qu’avaient tendance à émettre les louveteaux les plus jeunes.

« Alexia, tu admettras tout de même que ce bâtiment ressemble bien au genre d’endroit qui devrait avoir des fantômes. »
Lady Maccon fit claquer sa langue pour exprimer sa désapprobation. « Oh, Ivy, ne sois pas ridicule, les apparences n’ont rien à voir avec le phénomène, tu le sais bien? Les fantômes n’ont ce genre de lien que dans les romans gothiques et nous savons toutes les deux à quel point la fiction est devenue fantaisiste ces derniers temps. Les romanciers sont incapables de parler correctement du surnaturel. Le dernier que j’ai lu, par exemple, prétendait pour l’essentiel que la métamorphose a un rapport avec la magie, je veux dire, alors que tout le monde sait bien qu’il y a des explications scientifiques et médicales à l’excès d »âme. Rien que l’autre jour, tiens, j’ai lu… »
Miss Hisselpenny l’interrompit en hâte avant qu’elle puisse continuer

Compte pour le MSoL de Vert

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