Le voleur de Maigret – Georges Simenon 3


Le voleur de Maigret

de Georges Simenon

Presses Pocket – 182 pages pages

Il y a quelques temps  Ferocias lançait un défi Maigret. Principe : lire et chroniquer un ou plusieurs romans du célèbre commissaire. N’ayant jamais eu l’occasion de lire un romand de Simenon j’ai décidé d’en profiter et de sortir un peu du territoire de la SFFF.

Le voleur de Maigret commence dans un Paris un peu désuet. Maigret emprunte l’un des derniers autobus à plateforme en circulation. La plateforme lui permet de fumer sa pipe et d’éviter le confinement des autobus modernes. Dans ce Paris-là, la ville s’agrandit tout doucement (la banlieue existe à peine et la grande banlieue n’a pas encore été inventée) et l’île St Louis abrite encore des hôtels bas de gamme. La police de Maigret est une police à l’ancienne, les examens médico-légaux se bornent à une autopsie et un relevé d’empreintes digitales (Les Experts sont bien loin) et prennent deux jours. L’enquête suit son cours à un rythme que le lecteur contemporain habitué aux thrillers haletant qualifierait d’indolent. Maigret déjeune (et fait bonne chère : entrée, plat et dessert, vin ou bière et digestif), dort chez lui (et pas en planque ou dans un canapé au commissariat) et rentre aussi souvent que possible déjeuner avec son épouse (dont il n’a pas divorcé tout en restant amoureux). Il a même la décence de la prévenir lorsqu’il est empêché. Bref Maigret est un personnage équilibré qui aurait pu verser dans la caricature du fonctionnaire de police à papa. Ce n’est pas le cas. Maigret est un personnage charismatique. Silencieux la majorité du temps, un peu bourru, avec une pointe d’humour et de philosophie il inspire tout de suite sympathie, respect et confiance (et un peu de crainte,  il faut bien l’avouer, car il a le regard perçant et sait sonder les âmes).
Revenons en à l’enquête. Maigret emprunte donc un autobus à plateforme et se fait piquer son portefeuille par un jeune homme. Le lendemain le jeune homme lui fait restituer son portefeuille intact et le contacte pour lui fixer un rendez-vous dans un café car il vient de découvrir sa femme assassinée dans leur appartement. Commence alors pour Maigret une enquête touchant un milieu qu’il ne connaît pas : celui du cinéma. Le voleur, François dit Francis Ricain rêve de percer comme réalisateur ou scénariste et Maigret va observer un microcosme intrigant et inconnu, un monde de faux-semblant où l’amitié n’a pas sa place. L’enquête patine un peu et la résolution n’arrive que dans les toutes dernières lignes. Peu d’éléments sont donnés au lecteur pour qu’il se fasse une opinion ou devine le coupable. Le principal intérêt du roman réside dans la peinture de ce monde bizarre, et très éloigné du quotidien, d’acteurs en devenir, de scénaristes besogneux, d’artistes plus ou moins ratés et de producteurs prodigues.
Simenon pose rapidement ses personnages et ses ambiances. Les descriptions sont peu nombreuses. Les personnages et les lieux sont brossés à « gros » traits de pinceau impressionnistes (souvent à l’aide de phrases sans verbes) avec des éléments significatifs sans pour autant verser dans le stéréotype ou la caricature. Il laisse au lecteur le soin de faire une partie du travail ce qui est loin d’être désagréable. Les dialogues font avancer l’histoire et nous permet de mieux examiner la nature humaine… Quant au commissaire, l’extrait ci-dessous vous permettra de mieux cerner sa manière de fonctionner et d’enquêter.

Un extrait
« C’était un mauvais moment à passer. Dans presque toutes ses enquêtes, Maigret connaissait cette période plus ou moins longue de flottement pendant laquelle, comme disaient tout bas ses collaborateurs, il avait l’air de ruminer.Durant la première étape, c’est-à-dire quand il se trouvait soudain face à face avec un milieu  nouveau, avec des gens dont il ne savait rien, on aurait dit qu’il aspirait machinalement la vie qui l’entourait et s’en gonflait comme une éponge.
Il l’avait fait la veille au Vieux-Pressoir, sa mémoire enregistrant à son insu les moindres détails de l’atmosphère, les gestes, les jeux de physionomie de chacun.
S’il ne s’était senti aussi las, il serait allé ensuite au Club Zéro que fréquentaient certains des membres de la petite bande.
A présent, il avait absorbé une quantité d’impressions, tout un fouillis d’images, de phrases prononcées, de mots plus ou moins importants, de regards surpris, mais il ignorait encore ce uq’il en ferait.
Ses familiers savaient qu’il valait mieux ne pas lui poser de questions, ni le regarder d’un œil interrogateur, car il deviendrait volontiers bougon. »


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