Grandville – Bryan Talbot 10


Grandville

De Bryan Talbot

Milady Graphics – 128 pages

Il y a deux cents ans, l’Angleterre perdit la guerre contre Napoléon. Comme le reste de l’Europe, elle fut envahie par la France, et la famille royale fut guillotinée. L’Angleterre fut alors intégrée à l’Empire français. Il y a vingt-trois ans, celui-ci lui accorda à contrecoeur l’indépendance, après une longue campagne de désobéissance civile et d’attentats anarchistes.
Elle se nomme désormais République Socialiste de Grande-Bretagne, un petit pays sans importance relié par le pont ferroviaire de la Manche à l’empire de France.

Voila pour le contexte historique de cette BD uchronique (et le point de divergence). On peut donc dire que les relations entre les deux nations sont tendues et quand l’inspecteur LeBrock, de Scotland Yard, doit se rendre à Grandville (entendez Paris) pour enquêter sur le meurtre d’un diplomate, il n’imagine pas tomber dans un imbroglio politique de premier ordre. Menée tambour battant, l’aventure de LeBrock et de son fidèle Ratzi, dignes successeurs de Holmes et Watson, emmène le lecteur dans les coulisses d’une histoire alternative où la nature humaine ne change guère. Machinations, manipulations et meurtres sont autant de moyens utilisés par les puissants, toujours avides d’un peu plus de pouvoir, pour atteindre les plus hautes sphères de l’Etat ou imposer leur idéologie douteuse. Malgré cette noirceur, la BD n’est pas déprimante. Bien au contraire. Truffée de références, de clins d’oeil jouissifs (du plus simple comme Bécassine au plus élaboré comme Bernard Manet…) et d’humour, elle procure remarquable plaisir de lecture.

Graphiquement cette BD est absolument terrible, de la couverture aux dernières pages, même s’il faut un temps d’adaptation pour accepter que les personnages ont des têtes d’animaux. Bien vite le procédé s’oublie, pour mieux se rappeler ensuite à l’attention du lecteur dans certaines scènes. Il a aussi l’avantage de mettre à distance et d’atténuer la violence bien présente tout au long des bagarres, fusillades et explosions qui jalonnent l’album BD. Le « coup de boule » à une crapule à tête d’éléphant prête ainsi à sourire. Les premières planches, presque sans « paroles », sont terribles et posent tout de suite l’ambiance, steampunk à souhait. Pour vous donner une idée (et parce qu’en matière de BD, une image vaut toujours mieux un long discours) voici la page 3 (piquée sur le site de l’auteur) :

(Clic)

L’éditeur, Milady Graphics, a bien fait les choses puisque l’édition française est enrichie d’une postface inédite de Bryan Talbot (24 pages tout de même) où ce dernier explique sa démarche, ses références et nous offre des illustrations inédites.

Terminons sur une autre planche où LeBrock est accueilli par un sympathique comité :

(Clic)


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