Magie Brute, Chroniques du Grimnoir T1 – Larry Correia 8


Magie Brute
Chroniques du Grimnoir – T1

De Larry Correia

L’Atalante – 480 pages

Bon sang que c’est bon. Que c’est bon de prendre un tel pied à la lecture d’une telle brique. Et pourtant, j’avais des craintes à la lecture du texte de quatrième de couverture qui évoque rien de moins que des « gangsters, superhéros désinvoltes et désabusés, jolies filles teigneuses, bagarres épiques et armes à feu à tous les étages » dans un roman mélange de fantasy urbaine, de polar, d’uchronie et de steampunk qui n’oublie pas de « loucher » sur « le double héritage des comics et des pulps américains ». Le tout dans « un style très visuel et percutant ». De quoi me faire fuir à toutes jambes. Surtout si on y ajoute des samouraïs modernes, des zombies, des pirates et une arme de destruction massive… Un tel mélange ne pouvait qu’être, au mieux foutraque, et au pire, indigeste. RA-TÉ ! Magie Brute évite les écueils et, s’il n’est pas exempts des clichés hérités de ce mélange détonnant et des pulps, il les utilise à merveille dans une seule optique : le plaisir du lecteur (et je soupçonne aussi que l’auteur a pris aussi son plaisir à écrire certains passage, si pas le bouquin entier). Un plaisir jouissif, jubilatoire même et généreux. Un plaisir de série B mais d’une bonne série B : bourrée d’action certes, mais doté d’une histoire solide qui aurait du mal à tenir sur un ticket de métro et de personnages forts (et pas que physiquement). Nous sommes donc dans des années 30 uchroniques, avec des actifs doués de magie (les super-pouvoirs à la portée de tout le monde n’est-ce pas merveilleux ? Sauf quand ils vous permettent de voler sans être inquiété, de tuer sans effort ou lire dans l’esprit des passifs s’entend). Le Grimnoir et l’Imperium se livrent une guerre souterraine et larvée. L’Imperium a décidé de passer à la vitesse supérieure en ré-assemblant une arme de destruction massive, mise au point par Tesla, dont la puissance fait étrangement penser à celle de la bombe atomique. L’enjeu, pour le Grimnoir, affaibli par des pertes lourdes, va être d’empêcher l’apocalypse. Il recrute un peu malgré eux, Sullivan, vétéran de la Grande Guerre, capable de modifier la gravité, Delilah, une brute active qui s’avère être une ex petite amie de Sullivan et Faye, une paysanne capable de se téléporter. Bons contre méchants. Que la castagne commence ! Que les flingues parlent !

Alors je vous l’accorde, ce n’est pas toujours très fin, ça ne fait pas toujours dans la dentelle. Mais la construction de l’histoire réserve un bonne dose de suspens et quelques surprises bien senties. L’auteur écrit sous influence d’une multiplicité de courants mais a le bon goût de les digérer avant de nous les ressortir à sa sauce. Les clins d’oeil – uchroniques ou pas – foisonnent, disséminés dans le récit ou placés en épigraphe de chaque chapitre. Ils sont plus réjouissant et inventif les uns que les autres (mention au comptable alcoolo que nous découvrons dans les derniers chapitres). Larry Correia a un humour solidement charpenté et ne se réfrène pas. Je ne résiste pas à vous livrer l’épigraphe du chapitre 3 :
« Dès qu’apparut l’idée selon laquelle tous les hommes étaient égaux devant Dieu, le monde était condamné à l’effondrement. Songez aux États-Unis, pays lamentable dont la culture se nourrit de fumier, où la magie est ouvertement employée dans les rues, sans le moindre contrôle, et permise même à ces infâmes juifs.
Adolf Hitler. Munich, ultime discours avant son arrestation et son passage devant le peloton d’exécution, 1929 »

Au final, ce roman ultra-référencé et jouissif se révèle plus riche qu’il n’en a l’air. Et pour une fois je suis heureuse que ce ne soit que le premier tome d’une série.

Un autre extrait sur la philosophie des pirates :
« J’ai des gosses. Des petits-enfants. Vous avez une femme, une famille, Sullivan ?
– Je n’ai rien du tout.
Southunder parlait d’une voix très basse, presque inaudible. « Je ne veux pas que mes petits-enfants grandissent dans un monde dirigé par des fascistes, des socialistes, des progressistes, des anarchistes, des communistes, des eugénistes, n’importe quels istes ou ismes. Quand je tombe sur des types de cette catégorie, qui veulent tout contrôler, décréter ce que les gens doivent faire, j’interviens pour les arrêter. Je me bats pour la liberté. » Il désigna ses hommes d’un geste plein de fierté. Il les aimait comme un père. « Nous sillonnons les airs, nous pillons les mers. Nous sommes les derniers hommes libres, et je mourrai libre ». »


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