Prendre son temps – Acte 21 : La Science-Fiction

Vous vous demandez ce que le titre de ce billet recouvre ? Prendre son temps est un programme régional (ici la région est le Nord Pas de Calais) d’éducation et de formation artistiques tout au long de la vie. Il faut comprendre, sous cet intitulé un peu pompeux, des journées de rencontres avec des professionnels autour d’une thématique. Cet acte 21 consacré à la science-fiction était ouvert à tous même si l’assemblée était constituée essentiellement de prescripteurs et de médiateurs du livre (traduisez : bibliothécaires) : La Science-Fiction, permanences et nouveautés d’un « mauvais genre » littéraire.

La rencontre se tenait sur deux jours : vendredi 21 et le samedi 22 septembre 2012. Le programme prévoyait une alternance de conférences et de lectures de textes. Voici quelques images et souvenirs de ces journées.

Le vendredi, nous avons assisté à la fin de la conférence donnée par Roger Muznik, chargé de collection des éditions françaises de SF à la BnF. Il présentait les maisons d’éditions et collections de SF françaises pour suivre l’évolution éditoriale du genre. La plongée était vertigineuse mais le sujet bien trop vaste pour être couvert sur 1h30. Vous pouvez écouter ou visionner cette conférence en cliquant ici.

La parole a ensuite été donnée aux éditeurs et libraires spécialisés : Mireille Rivalland, éditrice à L’Atalante, Xavier Mauméjean- directeur de la collection Pandore / éditions du Pré aux Clercs, Jérôme Vincent des éditions ActuSf et Christophe Coquelet – libraire spécialisé SF et polar aux « Quatre chemins », Lille pour presque deux heures d’une conférence intéressante (qui s’écoute ). Xavier Mauméjean qui est à la fois auteur et directeur de collection nous a fait entrevoir les coulisses d’une maison d’édition et du métier d’éditeur. Mireille Rivalland nous a fait prendre du recul sur les étiquettes (au départ des collections, il n’y avait pas de segmentation en sous-genres mais les libraires pour classer et prescrire, ont demandé un découpage ; c’est assez drôle et maintenant on revient dans un mouvement de balancier tout doucement à une étiquette un peu plus globale – l’imaginaire – voire pour certains libraires à plus d’étiquettes du tout…). Tout le monde s’est accordé sur deux points : la surproduction (qui conduit droit dans le mur) et la pérennité du genre (moribond pour certains, déjà morts pour d’autres). Comme le dit Christophe Coquelet : « la SF est une littérature d’idées ». Et une littérature d’idées c’est assez difficile à tuer, non ? Ah ! J’allais oublier le plus important : on a parlé de Twilight et du talent de Stephenie Meyer.

Timides, nous n’avons pas osé faire de photos des intervenants de ce premier jour mais voici quelques photos du décor (comment ça je meuble avec du vide ?) dans lequel nous avons pris place.

Le samedi matin se sont enchaînées deux lectures : Rêves de cristal de Jérôme Leroy et « Tertiaire » de Eric Holstein par Jean Maximilien Sobocinski et Violaine Pillot. A l’issue de la première lecture (1h30), Jérôme Leroy a pris le temps de discuter avec le public présent.

Rêves de cristal (éditions Mille et une Nuits) est une anticipation sur le devenir de la cristallerie d’Arques et de la région Nord Pas de Calais en 2064. L’expérience de lecture jouée s’est révélée extra-ordinaire. Le texte s’y prêtait bien : nous avons pu feuilleter le livre utilisé par Violaine Pillot et nous avons constaté que très peu de passages ont été supprimés. Les acteurs ont bien incarnés les personnages et les dialogues, nombreux et bien sentis, n’en ont que plus vécu. Rêves de cristal est une novella post-cataclysmique (en 2064 nous vivons une période de glaciation intense), poétique et émouvante, qui s’appuie sur une réalité : la désindustrialisation de ma région (qui n’est que le reflet de celle du pays) contextualisée ici avec la quasi disparition de la cristallerie d’Arques. Le texte en lui même met l’accent sur le destin de Yukiko, japonaise des classes aisées, et Frédéric, réfugié climatique, qui ont en commun une fascination pour les pièces en cristal issues d’un lointain passé.

« Tertiaire » de Eric Holstein (paru dans l’anthologiqe Retour vers l’horizon, éditions Denoël) est un mini-thriller financier écrit au printemps 2008, c’est-à-dire six mois avant le déclenchement de « la plus grande crise depuis 1929 ». Le cadre ? Paris dans un futur proche où tout se loue au forfait : de la déco de la maison à l’identité en passant par les amis d’un soir. Rien ne s’achète, ni ne se possède vraiment. Emerson Mighty est un trader joueur qui mijote ce qu’il espère être le plus gros coup de sa carrière. Dents qui rayent le parquet, pétri de l’arrogance d’un financier dont l’échelle des valeurs se résument aux montants de ses comptes bancaires et qui ne respecte rien ni personne – à commencer par lui-même, Mighty mérite une claque. Claque qu’il reçoit d’ailleurs puisque dans cette jungle, seuls les plus cyniques survivent. Lu à haute voix et joué, ce texte n’en est que plus effrayant.

Voici quelques photos des lectures :

L’après-midi du samedi était consacré à une Rencontre avec des auteurs et essayistes : Etienne Barillier, Jérôme Leroy, Xavier Mauméjean, Paul Renard, Gilles Warembourg. On y a parlé de leurs oeuvres, de leurs intentions et influences en tant qu’auteurs, d’uchronie, de steampunk et de Philip K. Dick aussi. Le public était invité à participer à la discussion (et il y a eu du sport). Quelques photos en attendant le rattrapage de la conférence sur le site d’ActuSF (edit : le rattrapage se fait sur cette page) .

Photos de C.Schlonsok tous droits réservés

Ces deux journées ont été très enrichissantes pour nous. Et l’ambiance, malgré un programme sérieux, ne manquait pas de chaleur et de bonne humeur. Violaine Pillot, grande ordonnatrice de l’évènement, a été extraordinaire. Des journées comme celles-là j’en redemande.

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