Miscellanées de nouvelles (5) 3


Nouvelle entrée dans la série de Miscellanées de nouvelles. Le menu du jour sera presque entièrement numérique et se composera d’une entrée, d’un plat, du traditionnel plateau de fromage et et d’un dessert. Les boissons restent à votre charge (et n’oubliez pas le pourboire pour la tenancière)

Ouvrons le bal avec « L’ugraphiste » de Fabien Clavel, courte nouvelle d’uchronie littéraire parue dans un recueil d’essais intitulé Ludicium indoctum. Études sur la réception des œuvres du point de vue de leur appréciation (Éditions Philologicum). Dans ce texte, Jérémie, informaticien, travaille comme translittérateur bien qu’il préfère utiliser le terme d’ugraphiste bâti sur le modèle de l’utopie et de l’uchronie. L’ugraphie consiste donc à écrire ce qui n’existe pas en modifiant les textes classiques disponibles en version numérique. Dans un monde où le livre papier a presque entièrement disparu, le jeu n’est pas sans conséquences. La police de la Toile traque donc les ugraphistes et Jérémie, après s’être fait pincer pour avoir réussi l’exploit de modifier toutes les versions d’un livre numérique en même temps, se retrouve chargé de travailler sur Les Misérables, roman de Victor Hugo qui subit de discrètes mais néanmoins considérables modifications. « L’ugraphiste » prend son temps (les passages réécrits des Misérables valent la lecture) pour nous amener vers une fin surprenante où réalité et fiction s’entremèlent avec brio. Une belle mise en bouche.

Parce que j’ai gardé un excellent souvenir des « Enfants de Mercure » de Stephen Baxter, c’est avec une belle dose d’enthousiasme et en anticipant une lecture plaisante que j’ai commencé « Columbiad » du même auteur. « Columbiad » est à lire en ligne sur le blog de  Bifrost et peut se télécharger gratuitement jusqu’au 30 avril 2013. Hommage aux pères fondateurs de la SF (Jules Verne entre autres), le texte se veut léger, avec un air rétro. Stephen Baxter imagine que les deux romans de Jules Verne, De la Terre à la Lune et Autour de la Lune, ne sont pas des oeuvres de fiction mais des compte-rendus d’exploration et que Impey Barbicane, après son expédition vers la Lune, est reparti vers Mars. Le narrateur — dont l’identité n’est révélée qu’à la toute fin du texte pour épicer un peu plus la nouvelle — n’y croit pas malgré l’insistance et les arguments de Michel Ardan. « Columbiad » se révèle un texte astucieux et léger, un peu moqueur mais il m’a beaucoup moins convaincue que « Les Enfants de Mercure ».  A lire aussi l’avis de Gromovar.

« La plupart de mes amis se composent d’eau aux deux tiers » de Kelly Link est issu du numéro 7 de la revue électronique Angle Mort. Elle peut se lire ici. Que dire mis à part que je n’ai pas accroché ? Le texte est étrange, dickien (et moi et Dick on n’est pas très copains) et volontairement lent. La narratrice est retournée vivre chez son père (au dessus du garage), écrit vaguement, se cherche beaucoup. Son copain (pas au sens petit-ami) Jak vit à New York et croit que toutes blondes qu’ils croisent se ressemblent et sont des extra-terrestres ayant envahi la terre. Bof. Pour autant je n’écarte pas la possibilité de recroiser le chemin de l’un des textes de Kelly Link. Si, sur le fond, « La plupart de mes amis se composent d’eau aux deux tiers » m’a paru nébuleux, il y a quelque chose dans l’écriture qui me parle, une voix tendre et envoûtante qui se révèle entêtante. Reste que le texte résultant d’une traduction, je ne peux pas être sûre que cette voix appartienne en totalité à l’auteur.

Terminons par le texte qui m’a le plus déçue de cette nouvelle tournée « Les Maîtres de maison » de Jack Vance. Cette nouvelle, parue originellement dans le recueil Sjambak était gratuitement à la lecture et au téléchargement du 1er au 31 mars. La Société d’Astrographie se consacre dédiée à la recherche et à l’exploration extraterrestre. Elle s’est dotée d’une flotte de vaisseaux spatiaux qui parcourt les galaxies. Lors de la réunion mensuelle de cette société, le président du conseil, Théodore Caffridge, présente le rapport troublant d’un de ses chefs d’équipe, Richard Emerson. Emerson était à bord du Gaea, vaisseau chargé d’explorer la deuxième planète en orbite autour de BCD 1169 où ont été détecté des signes d’une vie évoluée. En effet, sur cette planète, on y trouve des êtres humains (et des groupes sociaux bizarres : Sauvages ou Hommes libres, Maîtres de Maison, Serviteurs) qui, pour certains d’entre-eux, parlent anglais et se fichent bien pas mal des explorateurs humains venus les importuner. Ce texte m’a prodigieusement agacée. Pourquoi ? Parce que j’attendais un texte de science-fiction et je me suis retrouvée avec une aventure à la « Indiana Jones » (Ho, hé, j’aime bien un Indy de temps en temps mais pas quand je m’attends à un Gattaca) avec décors en carton-pâte (oh ! une jungle !) et personnages à la psychologie tient sur trois lignes. Et la chute finale, qui doit un tant soit peu faire frissonner le lecteur, n’est pas parvenue à rattraper le reste du texte. Après vérification, « Les Maîtres de maison » a été écrit en 1957. Ouaip ça se voit. Je ne suis pas fan de l’Age d’Or de la SF (je trouve qu’elle vieillit mal cette SF-là). Et si j’avais su, j’aurais réservé la lecture de ce texte pour plus tard. Beaucoup plus tard. En plein été, sur le transat, avant une énième rediffusion des Aventuriers de l’arche perdue


JLNN


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