Au sommet du Pic du Midi (vol. 1)

Comme promis, M. Lhisbei vous a concocté une petite surprise. Venez passer avec lui une nuit au sommet du Pic du Midi de Bigorre, dans les locaux de l’observatoire situé à 2 877 mètres d’altitude. Prévoyez un manteau chaud et des lunettes de soleil (température moyenne en juin, date de notre visite : 2°). Respirez lentement, l’air contient 30% d’oxygène en moins qu’au niveau de la mer. Vous êtes prêts ? Alors direction les Pyrénées…

Pour atteindre le Pic, deux solutions : la route puis une ascension par des sentiers de randonnées ou un téléphérique qui part de la station de ski de la Mongie, station située au pied du célèbre Col du Tourmalet. On y croise d’ailleurs beaucoup de cyclistes bravant froid, neige, pluie et brouillard… Le téléphérique est composé de deux tronçons. Le premier relie la Mongie (on est déjà à 1 785 m) au Taoulet (2 341 m). A chaque passage de pylône, la cabine est prise d’un doux balancement propre à retourner les estomacs sensibles. Arrivés au Taoulet, les passagers descendent pour emprunter un nouveau téléphérique (en tous points identiques au premier d’ailleurs) qui les amènent au Pic du Midi (à 2 877 m).

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L’observatoire du Pic du Midi existe depuis 1878, date de la pose de la première pierre. Auparavant le lieu, difficile d’accès, était déjà utilisé occasionnellement pour observer le ciel. En 1706, François de Plantade y observe une éclipse de soleil. En 1860, on y prend les premières photos d’une éclipse de soleil. L’observatoire se dote progressivement d’outils scientifiques. La coupole Baillaud (8 m de diamètre) est installée en 1908 : elle abrite un télescope de 50 cm de diamètre, l’un des plus grands au monde pour l’époque. C’est grâce à ce télescope qu’on a prouvé en 1909 que les canaux sur Mars n’existaient pas. En 1930 Bernard Lyot installe le premier coronographe, outil d’observation du soleil de son invention. L’électricité, elle n’arrive qu’en 1939. En 1946, M. Gentilli offre à l’observatoire une coupole et un télescope de 60 cm. De nos jours, cette coupole abrite un télescope de 106 cm appelé le « 1 mètre ». Ce télescope a une histoire particulière : dans les années 60, la Nasa avait besoin d’établir une cartographie de la Lune pour ses futures missions Apollo. Elle a choisi l’observatoire du Pic du Midi de Bigorre pour y installer son télescope parce que le site bénéficie d’une stabilité de l’atmosphère bien particulière. La Nasa a donc fourni l’optique. L’observatoire était chargé de s’occuper du reste (entretien, fonctionnement etc). Le télescope est toujours en activité et est utilisé dans l’observation du système solaire. En 1972 débute la construction, un peu à l’écart des autres bâtiments, d’une autre coupole : une tour haute de 26 m. Elle abrite un téléescope de 2 m de diamètre, le TBL, le Télescope Bernard Lyot (en référence au VLT Very Large Telescope). Le TBL est le plus grand télescope de France. Nous y reviendrons lors de la visite en détail qui va suivre.

Le site dispose de plusieurs terrasses avec un panorama exceptionnel sur la Pyrénées (plus de 300 km de sommets par beau temps) et sur la plaine. Le site accueille aussi un musée et un restaurant pour les touristes de passage. Il propose des animations (nuits au sommet, soirées astronomiques…). Comment se fait-il qu’un site scientifique accueille les touristes ? C’est simple. Le 8 avril 1993 le ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche annonce la fermeture de l’observatoire pour « défaut de rentabilité » (dégraissons, dégraissons, il n’en restera rien). La région Midi-Pyrénées se mobilise, et crée un syndicat mixte pour la réhabilitation du site. Le projet prévoit une réhabilitation des installations scientifiques, ainsi que l’ouverture au public d’une partie du site. Le site est fermé de 1996 à 2000 pour des travaux de rénovations. Aujourd’hui le Pic a toujours cette double fonction : scientifique et touristique sur 6 niveaux (dont une partie exclusivement réservée aux scientifique). Détail étonnant, il est parcouru par 5 km de couloirs… Les installations scientifiques ne peuvent, en théorie, pas être visitées mais certaines animations, comme Les Nuits au sommet, permettent de visiter par petits groupes une partie de ces installations tout en limitant au maximum la nuisance pour ceux qui y travaillent.

Le site du Pic accueille aussi un bâtiment classé secret défense qui vit en totale autarcie : le bâtiment interministériel. Il s’agit en fait d’une base de télécommunications. Situé sur la crête ouest, on y trouve les locaux de Télédiffusion de France (TDF) avec l’antenne de 101 m de hauteur, émetteur régional de radio et TV, dont la portée est de plus de 400 km de rayon soit 1/10 ème de la France. Le bâtiment principal abrite une base stratégique de télécommunication pour l’Armée de Terre et l’Armée de l’Air, la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) et l es opérateurs de téléphonie hertzienne dont France Telecom. Météo France, dont la station fonctionne automatiquement, est également présente.

Un petit plan pour vous rendre compte :

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Voici en image, notre arrivée au Pic du Midi :

Ceci est un un cadran analemmatique, cadran solaire où vous jouez le rôle du gnomon : vous vous positionnez au bon endroit (les dates sont marquées d’un repère jaune) et l’ombre projetée de votre corps indique l’heure solaire. M. Lhisbei en a un dans son jardin mais il n’est pas aussi joliment décoré que celui du Pic.

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Nous avons ensuite visité le musée qui gagnerait à être rénové (certaines parties de l’exposition sont anciennes et les couleurs des photos dégradées). Sur deux niveaux, le musée se révèle plutôt vaste. Plusieurs salles retracent l’histoire du Pic des pères fondateurs, Célestin Xavier Vaussenat et Charles de Nansouty, à nos jours. Une salle accueille une reproduction du télescope de 106 cm de la Nasa. Les résultats des recherches occupent plusieurs salles. Une cartographie de la Lune, issue du travail du télescope « 1 mètre » de la Nasa est notamment présente. Une fresque met à l’échelle d’une année la vie notre univers : du big bang (1er janvier 0h00) au début du 21eme siècle (31 décembre minuit)

Quelques photos du musée

Il faut préciser que, lorsque nous sommes arrivés en haut du Pic, le temps se couvrait. Les nuages montaient. Et nous avions bien peur de ne rien pouvoir observer. Quand nous sommes sortis du musée, nous étions plongés dans le brouillard. Nous nous nous sommes donc, avec nos compagnons d’une nuit, dirigés vers le restaurant pour le repas découverte des produits locaux (Pacherenc, gésiers et autres joyeusetés). Un peu avant le café, l’une des convives s’est exclamée : « Oh ! Je vois la Lune ». M. Lhisbei, armé de son fidèle appareil photo est donc sorti affronter le froid. Le ciel se découvrait petit à petit et M.Lhisbei ne revenait pas. Le ciel s’éclairicissait, dévoilant, ici, un bout de montage, là, un bout de ciel. Quand nous nous sommes rendus compte que le ciel se dégageait vraiment, nous avons abandonné nos cafés pour profiter du coucher de soleil. Un animateur de La ferme des étoiles de Fleurance nous a rejoint pour nous accompagner dans notre nuit d’observation.

Voici les photos avant le coucher de soleil.

Photos par C.Schlonsok et Lhisbei tous droits réservés

Ce billet est déjà bien trop long. Nous nous arrêterons ici pour aujourd’hui. Rendez-vous dans deux jours pour la suite de la visite avec le coucher de soleil, la nuit d’observation, le lever de soleil. Un troisième billet vous fera visiter la partie scientifique de l’observatoire.

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