Fatal rendez-vous (Chasseuses d’aliens 1) – Gena Showalter 3


Fatal rendez-vous
Chasseuses d’aliens T1

De Gena Showalter

J’ai Lu Crépuscule – 320 pages (249 pages sur ma liseuse)

Tout cette histoire a commencé par un poisson d’avril de Lune. Mais quelques folles furieuses (dont je suis, parce que je ne recule jamais devant une Harlequinade bien sentie) ont pensé que faire une lecture commune de ce roman sur le Cercle d’Atuan (le pauvre n’avait pas mérité ça) pourrait être une bonne idée. Nos motivations n’étaient guère reluisantes : il s’agissait surtout de pourrir (gentiment) le Challenge SFFF au féminin de Tigger Lilly (avec son consentement puisqu’elle participait aussi). Finalement, était-ce une bonne idée ? Oui. Et non. Oui parce que je crois que je n’ai pas autant ri avec une lecture non comique depuis des lustres. Et non parce que ce type de roman n’est pas fait pour moi d’une part, et parce que ce roman en particulier est quand même très mauvais (oui, j’ose) d’autre part.

Pitchons (un bien vilain mot je sais, mais il me paraît bien adequat) : Traqueuse d’aliens aux méthodes musclées, Mia Snow fait partie d’une brigade d’élite qui tente d’imposer la loi humaine aux hordes sauvages débarquées à New Chicago. Lors d’une enquête, son coéquipier est grièvement blessé. Une seule personne peut le sauver : Kyrin, un Arcadien, la plus redoutable des races aliens. En échange, ce dernier exige d’elle qu’elle trahisse les siens. Tiraillée entre son devoir et l’attraction irrésistible qui la lie au dangereux Kyrin, Mia fera-t-elle le bon choix ?

Qu’on se le dise, ce n’est pas un roman, c’est une novelisation d’un épisode d’une mauvaise série policière US dont la TNT nous abreuve régulièrement. C’est écrit de manière correcte, directe, simple et banale. L’histoire est on ne peut plus simple à comprendre et totalement prévisible. L’intrigue policière se révèle indigente (et les interrogatoires sont d’une stupidité crasse), l’intrigue sentimentale archi-classique, les personnages stéréotypés : les flics sont bâtis sur les archétypes de ce qu’on voit dans les séries télé policières, la psychologie en moins (si, si c’est possible). Les descriptions des personnages sont à pleurer de rire : tout y passe (les cils, la bouche etc) même chez les hommes. Ces super flics sont physiquement forts, intelligents, redoutables, bref des Van Helsing/Wolverine puissance 10. Sans compter qu’ils sont tout de noir vêtus, comme des caricatures de chasseurs de vampires.

D’ailleurs alien ou vampire c’est pareil. Ici le sang de notre alien tout choupi permet de guérir les blessures. L’action se passe la nuit et, quand le soleil se lève, c’est un soulagement, alors qu’un alien n’a aucune raison de vivre la nuit. On dirait que Gena Showalter a simplement remplacé le mot vampire par le mot alien (la fonction remplacer dans Word se révèle diablement efficace dans ce cas). J’imagine bien l’argumentaire de son éditeur : « Non mais tu comprends Gena, les séries avec des vampires ne se vendent plus. Sur saturation du marché, bébé. Il nous faut autre chose. Un truc plus original, plus exotique, plus étrange. Mais qui peut rester dans le fantastique et un perso sexy, sinon on perd le lectorat. Tiens pourquoi pas des Aliens. Tu as vu Alien ? Après tout, ce sont des films d’horreur et Ripley se fait engrosser par un Alien, alors ton histoire elle peut tenir hein. Fais le plus mignon quand même. Sexy on a dit hein. Allez bébé, au boulot ! »

Et pour faire dans le sexy, Gena y va. Kyrin est doté d’une « silhouette athlétique, toute en muscles » (au cas où hein parce que certains athlètes peuvent être fins – comme les marathoniens kényans par exemple). Il « évoque l’un de ces guerriers écossais des temps anciens » (avec ou sans kilt, that’s the question). « Ses pommettes hautes, son nez droit, ses lèvres pleines, tout en lui exsude la sensualité. Et le danger. Une aura d’érotisme létal émane de lui tel le parfum enivrant d’une fleur carnivore ». Vous sentez le magnétisme de l’ET là ? Notez bien que cette description est faite par Mia. A ce moment là elle ne voit Kyrin que comme un suspect potentiel. Je connais d’autres moyens de décrire un suspect potentiel mais ils sont nettement moins sexy, je l’avoue.

Gena Showalter fait aussi dans le romantisme : Kyrin enlève Mia et la retient prisonnière dans sa chambre. Lit à baldaquin, dîner en tête à tête et Kyrin a pris soin de déshabiller Mia (après l’avoir droguée) pour la vêtir d’une tenue digne des danseuses de Jabba le Hutt. Et bien entenud, le jeu du chat et de la souris prend une autre dimension.

Sous des dehors de présenter un personnage féminin fort, le roman se révèle incroyablement sexiste. Mia est caricaturale, femme forte et brutale mais, bien entendu, c’est une carapace. Elle ne cesse de lutter contre sa « nature profonde ». Parce que, bien sûr une femme ne peut être forte que grâce à une carapace. Une femme normale ne peut pas être forte naturellement. Alors on attend que la carapace se fissure, si possible avec un alien dangereux, séduisant et manipulateur. Bingo !
La relation entre Mia et Dallas son coéquipier est particulière. Elle fait preuve d’autorité sur lui mais il est protecteur et surtout, elle lui laisse les clés de la bagnole. Nan, nan, nan. Dans les séries US c’est le boss qui conduit la voiture (et c’est même un gimmick comique des scénaristes dans certaines séries). Bon la voiture se conduit toute seule mais la symbolique du siège conducteur est là. De toute façon, Mia n’assume absolument pas sa position : « Depuis que nous nous connaissons, il m’a sauvé la vie tant de fois que je pourrais faire tatouer son nom sur mon cœur en gage de reconnaissance éternelle. » Mais bien sûr.
Il va sans dire que tous les personnages sont beaux, musclés et en forme. De vraies pubs vivantes pour une salle de fitness. Le secret de certains ? Sandwich à la dinde, eau gazeuse citronnée pour Jaxon, un membre de la brigade. Le secret de Mia ? Malbouffe à volonté et café à haute dose. Cette fille à la plastique parfaite a un métabolisme de dingue. De quoi filer des complexes à toutes les nanas qui lisent  – ou comment la tyrannie de la minceur va s’insinuer jusque dans les détails des bouquins pour nanas…

Le ridicule ne tue heureusement pas. Et j’ai ri. J’ai ri des scènes de sexe  – première fois, trois orgasmes dont un qui la laisse au bord de l’évanouissement, je commence à comprendre les lectrices assidues de ce genre de bouquin. J’ai ri de la scène de torture au fouet de Kyrin (manier le fouet, depuis Angélique, c’est risqué). J’ai ri des dialogues insipides. J’ai ri de la confrontation entre Mia et Kyrin, entre Mia et sa mère. J’ai ri. Même si ce n’était pas drôle.


Challenge SFFF au féminin


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