Les vies parallèles de Greta Wells – Andrew Sean Greer 6


Les vies parallèles de Greta Wells

d’Andrew Sean Greer

L’Olivier – 306 pages

New York, Greenwich village, 1985. Greta Wells ne se remet pas de la mort de son frère jumeau, Félix, atteint du sida et de sa rupture avec Nathan. Pour soigner sa dépression, elle suit un traitement à base d’électrochocs. Après la première séance, elle se réveille désorientée comme prévu. Ce qui n’était pas prévu, en revanche, c’est la date de son réveil : 1918. Dans ce monde parallèle, elle a épousé Nathan, qui est mobilisé en Europe. Félix est bien vivant et s’apprête à épouser la fille d’un sénateur tout en cachant son homosexualité. La Greta de 1918 n’est pas heureuse non plus et se fait aussi soigner par électrochocs. Lors de la seconde séance, Greta se retrouve en 1941. Greta et Nathan sont mariés et ont un fils, Félix. Le frère de Greta est lui aussi marié et père tout en cachant sa liaison avec sont avocat, Alan. La Greta de 1941 a eu un accident de voiture qui a ôté la vie à sa tante Ruth. Déprimée aussi, elle subit aussi la thérapie par électrochocs. A chaque séance, Greta change d’époque. A chaque séance, la possibilité de vivre une autre vie, de faire des choix choix différents. Mais les autres Greta aussi font le voyage, et d’autres choix, ce qui complique la donne. Et d’une époque à l’autre, les mêmes questions finissent par se poser, les même drames amoureux reviennent. Quelle vie Greta choisira-t-elle ?

Certaines thématiques, comme les ravages du sida dans les années 80, avant l’apparition des traitements qui ont fait chuter la mortalité qu’on doit à ce virus, l’homophobie, la xénophobie rampante vis à vis des Allemands vivant aux États-Unis dans les années 40, sont abordées avec beaucoup de sensibilité, de tact et de finesse par le prisme des leurs effets sur la vie des différentes Greta. Par petites touches, presque à la manière d’un peintre impressionniste, Andrew Sean Greer dépeint trois époques bien différentes. Les parcours de vie et les dilemmes rencontrés par Greta se révèlent passionnants à suivre. La psychologie du personnage principal est rendue avec une acuité certaines et, si le point de vue reste très auto-centré puisque raconté par Greta elle-même, les personnages secondaires ne sont pas dénués d’épaisseur (particulièrement l’excentrique tante Ruth). Malgré toutes ces qualités, ce roman n’entrera pas dans la liste de mes coups de coeur. Greta m’a parfois beaucoup agacée par ses atermoiements, ses questionnements sans fin, sa passivité et surtout son incapacité à surmonter ses peines de coeur que lui vaut, dans chacune de ses vies parallèles, son amour pour Nathan. Et pourtant elle s’accroche à lui jusqu’à faire un choix de vie assez particulier. Alors que le fait de vivre des vies parallèles lui ouvre tant de possibilités autres. En comparaison les autres Greta osent bien plus, quitte à se montrer radicales. Le roman se montre d’un sentimentalisme très fleur bleue qui le rend parfois indigeste.

Un extrait pour terminer
– Il existe deux catégories d’individus, a-t-elle déclaré, et le chant de l’oiseau a rempli la pause qu’elle a marquée à cet instant ; entre ses yeux, l’apostrophe s’est creusée puis adoucie. Il y a ceux qui se réveillent en pleine nuit et se disent, en voyant une femme en robe de mariée assise près de la fenêtre : « Oh, mon Dieu, un fantôme ! » Ils ont le sentiment qu’une chose est réelle et donc ils croient qu’elle l’est. Et puis il y a ceux qui voient un fantôme et se disent : « Je ne sais pas ce que j’ai vu mais ce n’est pas un revenant, puisque les revenants n’existent pas. » La vie m’a papris qu’il n’y a que ces deux catégories.
Elle a bu une gorgée de thé et reposé la tasse sur la soucoupe en souriant.
– Et personne n’appartient à la seconde catégorie.

 

Lu pour le Prix ActuSF de l’Uchronie 2014


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