Des bleus dans les yeux – Louis Dumoulin 6


Des bleus dans les yeux

De Louis Dumoulin

Éditions Du Sous Sol – Desports – 112 pages

L’uchonie va se nicher partout, y compris dans le sport. Voici donc la première uchronie footballistique publiée, à ma connaissance en tout cas. Ce qui justifierait déjà en soi un billet sur ce blog si la coupe du monde n’était pas si proche. Précisons tout de suite que je ne suis pas fan de foot. Le rugby reste le seul sport de ballon que je suis (et de très loin encore) (à cause de Johnny Wilkinson  – qui s’intéresse à la physique quantique, le saviez-vous ?).

« When the seagulls follow the trawler, it is because they think sardines will be thrown in to the sea. » Eric Cantona.

Dans cet essai, Louis Dumoulin réinvente vingt années de la vie de l’équipe de France : depuis le match perdu contre la Bulgarie en 1993 jusqu’à la coupe du monde de 2014. En 1993, Emil Kostadinov n’a pas ses papiers et se fait reconduire à la frontière. Il ne jouera pas ce match qui a éliminé la France. La France écrase la Bulgarie 3-0. A partir de ce point de divergence, Louis Dumoulin recompose un parcours différent des Bleus au fil de matchs clés des grands rendez-vous. Coupe du monde 1994, une demi-finale France-Brésil, aux prolongations, Ginola rate sa frappe. On ne lui pardonnera pas. 1996, championnat d’Europe, Cantona, d’une phrase aiguisée dont il est coutumier, réussit à réconcilier deux nations : Anglais et Français deviennent les meilleurs amis du monde. Car le foot contribue aussi à façonner la société. Les hommes politiques le savent, eux qui assistent aux matchs. Les soubresauts de l’équipe de France a des répercussions sur la vie politique. En 1998, la France se vautre en coupe du monde. Zidane ne brille pas. L’équipe n’a aucune cohésion. Zidane met un coup de tête à Cantona dans le vestiaire. Dans les média, c’est la curée : La France Black, Blanc, Beur n’existe pas. L’intégration est un mirage. Jacques Chirac, Président, après avoir fait pression sur Jacquet pour virer Zidane, fait nommer, par Lionel Jospin alors premier ministre, Eric Besson à l’intérieur. Cela enraye la montée du FN et permet à Jospin d’être élu Président à son tour.
Du côté des trajectoires personnelles, Louis Dumoulin n’hésite pas à multiplier les uchronies personnelles et à égratigner les personnalités : Cantona fait un passage éclair, mais flamboyant, à la tête de l’équipe de France comme sélectionneur, Zidane, son rival, ne devient jamais le joueur exceptionnel qu’il est devenu dans notre réalité, Jospin passe par la case Présidence de la République, le FN ne devient pas le « premier parti de France » (en réalité, le premier parti de France c’est l’abstention, mais la une des journaux serait moins vendeuse avec ce titre).

Cet essai footballo-uchronique se laisse lire avec plaisir. Même si j’ai manqué d’une culture sportive pour comprendre certains évènements, certaines réécritures (Ginola a bien servi de bouc émissaire sur un autre match par exemple), j’ai apprécié le ton et l’ironie sous-jacente, le travail uchronique fouillé et qui m’a l’air solide. Football, société et politique, un cocktail bien dosé, réussi, à savourer sa modération quand on est fan de ballon rond et à goûter ave curiosité si on ne l’est pas.

Lu pour le Prix ActuSF de l’Uchronie 2014


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