Canisse – Olivier Bleys 8


Canisse

d’Olivier Bleys

Folio SF – 206 pages

Xhan vient d’être mis d’office à la retraite. Garde-pêche il sillonnait l’univers pour tenter d’empêcher les braconniers de piller les océans des planètes nouvellement découvertes. Il trompe l’ennui dans les bars et rencontre ainsi Moox pilote des Grandes Lignes qui lui parle du mégathalos, un poisson inconnu, aux dimensions gigantesques qui vit sur une planète océan dont aucune carte officielle ne fait mention. Intrigué et sceptique, Xhan accepte de suivre Moox sur Canisse après avoir vu l’œil d’un de ces poissons géants entreposé dans un hangar.

Si je ne devais utiliser qu’un mot pour résumer Canisse ce serait « inégal ». Ce roman est court : à peine 200 pages (et encore les caractères ne sont pas petits) et pourtant la lecture m’a parfois semblée longue. Certaines scènes sont magnifiques (la scène centrale de la pêche superbement illustrée par Eric Scala en couverture est impressionnante). L’auteur a travaillé le monde sur lequel il fait évoluer Xhan, en témoigne les documents qui complètent le roman, et fait preuve d’une imagination débordante pour faire vivre sa planète océan, Canisse. Mais le « scénario », si on peut appeler cela ainsi, de l’histoire est bancal. Le début est un peu tiré par les cheveux et les évènements qui amènent Xhan sur Canisse s’enchaînent avec un peu trop de facilité mais sans réelle crédibilité. La fin, sous forme de twist, est expédiée et par un procédé éculé de surcroît. Mais entre le début et la fin, ou plutôt quand Xhan est sur Canisse, le roman se dévore d’une traite et les aventures de Xanth sont menées tambour battant. Malgré tout l’histoire reste légère et un peu basique (oui, je sais c’est un planet opera d’aventure) et aurait gagné à être étoffée. Les documents présents à la fin du livre prouvent que l’auteur s’est attaché à bien travailler son monde et, notamment, à imaginer la vie des indigènes de cette planète océan. Il aurait gagné à intégrer cette dimension sociologique dans son roman. Certains personnages secondaires intéressants comme la braconnière, peu développés auraient aussi  mérité d’avoir un peu plus de corps (sans sous-entendu merci).

Canisse est la première incursion dans le domaine de la science-fiction d’Olivier Bleys, auteur de 17 autres ouvrages parus dans des collections « mainstream ». Son écriture est des plus agréables mais ici aussi le qualificatif d’inégal revient à l’esprit. Superbe, teintée de lyrisme et de poésie parfois elle peut aussi se faire banale et plate offrant un contraste malvenu. Certaines scènes sont racontées à la va-vite plutôt que vécues par les personnages. J’y vois encore une fois une faiblesse de scénario : ces scènes de transitions me paraissent un peu forcées d’où cette écriture plate et ce côté expéditif.

Dans ce billet je m’attache beaucoup à relever les défauts de ce livre. Malgré tout ce n’est pas un mauvais roman loin de là. Les ingrédients sont de qualités et bien choisis, le cuisinier est loin d’être mauvais, la recette est éprouvée et approuvée mais la sauce n’a pas pris, affadissant le plat. Canisse laisse un goût d’inachevé, ne paraît pas tout-à-fait abouti et, lors de ma lecture, le plaisir l’a disputé à la frustration…

Des extraits
À mesure que le vaisseau perdait de l’altitude, Canisse grandissait dans la lunette avant, jusqu’à l’emplir toute entière. Les feux unis de Khan et d’Ikassar, deux étoiles visibles, à ce moment conjointes au zénith, établissaient sur la face éclairée de la planète un brûlant midi. Le bleu uniforme de l’océan gagnait alors son maximum d’intensité. Il rayonnait dans l’espace, bien au-delà de sa fine atmosphère, et projetait sur les parois d’aluminium de la cabine ses flammes nacrées. Xhan, ébloui, plissait les yeux.
[…]
L’ancien garde-pêche scrutait la surface bleue de Ramorine. Comme leur descente se poursuivait, la couleur changea de texture : il semblait de l’immense océan comme d’une pièce de tissu qui revêt, à distance, un aspect lisse et coulant puis montre des plis si l’on s’approche. Des nuages d’altitude s’étiraient en mèches soufrées dans la hautes atmosphère. Plus bas, la houle assez forte ouvrait au flanc des vagues de longues plaies d’écume, bientôt ravaudées par le vent. Cependant, on n’apercevait toujours aucune terre, ni le moindre fondement solide à l’habitat humain.


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8 commentaires sur “Canisse – Olivier Bleys