Élémentaire, ma chère Sarah – Jô Soares

Élémentaire, ma chère Sarah

de Jô Soares

Le Livre de Poche – 448 pages

A Rio de Janeiro, en 1886, la grande Sarah Bernardt entame une tournée triomphale. Invitée par Dom Pedro, l’empereur, elle est acclamée par un public tombé sous le charme de l’excentrique actrice française. Lors d’un entretien Dom Pedro Sarah Bernardt lui conseille à Dom Pedro de tirer Sherlock Holmes du fog londonien pour qu’il enquête sur la mystérieuse disparition d’un violon, un magnifique stradivarius. Dom Pedro ne peut faire appel à la police : ce violon, cadeau à sa maîtresse, la baronne Maria Luisa de Albuquerque, n’est même pas censé exister. Quel scandale si le pays l’apprenait ! Et pour l’Impératrice ce serait une source de mécontentement. En attendant la baronne lui bat froid et l’empereur déprime. Lorsque Sherlock Holmes, fidèlement accompagné du docteur Watson, débarque au Brésil, il est aussitôt amené à enquêter sur le meurtre d’une prostituée, éventrée avec une précision méticuleuse. Le tueur a laissé une corde de violon en guise de signature…

Ce n’est pas un roman policier au sens « sérieux » du terme. La double enquête avance lentement (et Sherlock Holmes n’est pas très assidu dans ses démarches). L’auteur l’utilise plutôt comme prétexte à évoquer une belle galerie de personnages. Il prend un malin plaisir à entremêler la réalité historique et la fiction, extraits de faux journaux à l’appui. Les personnages sont truculents. Sarah Bernardt est une diva excentrique qui se moque des conventions et des usages. Elle prend un malin plaisir à s’exprimer souvent en vers et ne se rend jamais compte de ses maladresses. Sherlock Holmes, sous la plume de Jô Soares, est un fat dont chaque déduction n’est qu’une suite d’erreurs. Puceau, sa visite au Brésil et une jeune mulâtresse vont lui tourner la tête et chambouler les sens. Avec beaucoup d’à propos (ou de chance) il donnera naissance à un fameux cocktail, la caïpirinha, et inventera le terme « serial killer ». Watson, quant à lui, se montre incapable de s’adapter au pays d’accueil et reste plus fermé qu’une huître, caricature de l’anglais jusqu’à la dernière page. La société de la « bohème » brésilienne est très bien rendue : écrivains (ou parfois écrivaillons), poètes, pique-assiettes, musiciens, souvent inconnus, méritent d’être découverts. Les biographies présentes à la fin du roman incitent d’ailleurs à plus de curiosité. Les descriptions du Brésil sont très riches et m’ont fait voyager. Jô Soares ne manque pas d’humour (il en fait parfois trop d’ailleurs) et j’ai souri et parfois bien ri de ses facéties. Seul regret les notes de l’éditeur ou du traducteur (peu nombreuses certes) sont placées à la fin du roman et je préfère les avoir en bas de page.

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