Sovok – Cédric Ferrand 12


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De Cédric Ferrand

Les Moutons Electriques – epub 184 pages

Cédric Ferrand n’est pas un auteur pour moi. Il a publié deux romans, Wastburg et Sovok et je n’ai aimé aucun des deux. Dans Wastburg il manquait une intrigue et un ou plusieurs personnages porteurs de l’histoire. Dans Sovok, le lecteur suit trois personnages, trois ambulanciers de nuit dans une Jigouli volante : Manya, médecin qui ne peut plus pratiquer, et Vinkenti, conducteur de l’ambulance depuis des lustres et Méhoudar le petit nouveau. Trois personnages pour lesquels je n’ai pas eu une once d’empathie. Et pour Méhoudar, d’origine juive, naturalisé russe, ancien soldat et totalement paumé dans cette Moscou déliquescente j’ai longtemps cherché un enjeu personnel. En vain. Je ne suis pas non plus parvenue à m’intéresser aux vies de Manya et Vinkenti malgré quelques drames intimes chez Manya, drames qui n’émeuvent pas un instant, mais je dois avoir un coeur de pierre. Je suis restée totalement en dehors du récit et hermétique.
La narration enferme le lecteur avec ces trois protagonistes pendant les nuits de patrouille dans une vieille guimbarde. Nous parcourons donc les routes de la ville, au fil des heures, en observant la vie quotidienne, les petits tracas, la misère généralisée, l’économie déglinguée. Petits (débrouille et combines en tous genres) et grands évènements (dont la mort du Président et rien de moins qu’une révolution tout de même) sont vus par le même petit bout de la lorgnette et avec la même distance, sur le même plan. Il reste une impression que l’intrigue, l’histoire, ne démarre jamais et, pire, quand elle démarre, qu’elle reste en arrière plan, déconnectée de la vie des trois personnages (alors qu’elle ne l’est pas). Tout au long de ma lecture, j’ai eu l’impression de me balader dans un décor absolument génial – la profusion de détails aide bien à se figurer la ville, la période et les conditions de vie – mais sans aucun but. A 20 pages de la fin, je me demandais encore vers quoi on allait plutôt que de me demander comment tout cela allait se terminer…

Ce qu’il ressort de ma lecture ? L’impression que Sovok, c’est « Urgences » dans une Russie déglinguée mais du côté des ambulanciers sans les intrigues amoureuses, les cas complexes à analyser et les patients les plus en danger à sauver, et sans médecins sexys pour faire passer l’ennui du scénario. Il reste la plume de Cédric Ferrand me direz-vous et à juste titre ainsi qu’un univers aussi solide que bien pensé. Oui, mais j’ai besoin de plus qu’un guide touristique pour apprécier une lecture.

Pas pour moi, donc.

La Jigouli s’est glissée entre deux piles de voitures concassées. Elle qui, dans la rue, n’a plus l’air en état de voler, avec sa carrosserie esquintée et sa peinture douteuse, paraît ici flambant neuve, en comparaison des carcasses rouillées qui achèvent de pourrir alentour.
Le principe de la casse est relativement nouveau, pour les Russes. Autrefois, l’idée même qu’un véhicule puisse avoir une fin de vie semblait intolérable aux responsables des usines d’État qui produisaient les voitures nationales. Allons donc, le communisme produisait des choses éternelles. Et il est vrai que pendant longtemps, il n’existait pas vraiment de voitures finissant tranquillement leur carrière dans un terrain vague : quand elle devenait trop compliquée à réparer, la voiture russe finissait démontée en plusieurs centaines de pièces détachées, qui faisaient le bonheur des autres automobilistes, toujours à la recherche d’un piston ou d’un roulement à billes en meilleur état que le leur. Il était dans la logique des choses qu’un arbre à cames change plusieurs fois de propriétaire. Les seules voitures dont on tolérait l’abandon partiel étaient celles trop lourdement endommagées après un accident de la route. Celles-là, à la limite, pouvaient prétendre à une forme de retraite anticipée, mais elles disparaissaient généralement dans une fonderie pour que ne subsiste aucune trace de cet échec matériel.
Sauf qu’à un moment, le gouvernement avait changé de cap idéologique et compris qu’un parc automobile en perpétuel recyclage avait tout du cul-de-sac économique. La croissance passe, entre autres, par une consommation soutenue. Et la logique bascula du jour au lendemain, via des primes à la casse. Des cimetières à voiture sortirent de terre comme par magie. Mais quelque part dans le cerveau de l’homo sovieticus, il existe encore et toujours ce besoin impérieux de réparer plutôt que d’acheter neuf. D’où ces casses où l’honnête père de famille peut tranquillement entretenir son véhicule neuf avec de vieilles pièces détachées. Bien que, pour éviter ce recyclage sans fin, les ingénieurs fabriquent exprès des véhicules en utilisant des composantes incompatibles avec les anciens modèles, l’homme de la rue est très imaginatif quand il s’agit de se débrouiller avec les moyens du bord.

   Lu pour le Prix ActuSF de l’Uchronie 2015

Challenge FrancoFou


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