Comment vivre en héros ? – Fabrice Humbert

Comment vivre en héros ?

De Fabrice Humbert

Gallimard – 416 pages

Tout est affaire de choix et… de trente-huit secondes.

Tristan naît dans une famille modeste. Son père est ouvrier dans l’industrie automobile. Communiste et ancien résistant, il projette sur son fils ses attentes élevées. Tristan sera ingénieur. Il sera pur. Il sera un héros. Et un héros, ça se fabrique, ça s’endurcit. Par la boxe par exemple. Tristan intègre donc le club de boxe de la ville et se fait entraîner par Bouli. Ce dernier se fait tabasser dans le métro par trois types plutôt costauds. Tristan assiste à la scène et n’intervient pas. Au contraire, il profite de l’arrêt suivant pour déguerpir et sauver sa peau. Tristan, à seize ans, est un lâche. A la culpabilité succède la honte de soi et le mépris de tous ou presque. Son père le désavoue. Ses camarades se rient de lui. Seule sa mère, bien consciente que les cimetières ont empli de héros, le soutient. Il fuit le club de boxe, fuit son père. Il devient professeur, en banlieue. Sa vie bascule à nouveau dans un train de banlieue, un soir. Il assiste à une agression : trois jeunes s’en prennent à une fille seule qui rentre de soirée. Plusieurs choix s’offrent à lui. Et il a trente-huit secondes pour se décider.
Tristan le lâche n’intervient pas et sa vie se résume à une succession d’échecs. Tristan le héros intervient frontalement et se prend un coup de couteau fatal. Tristan le preux sauve Iseut (elle s’appelle Marie) et fuit avec elle dans la nuit. S’ouvre alors une nouvelle voie, de nouveaux choix pour un homme qui tente d’être à la hauteur.

Tristan est à la fois un personnage complexe et simple. Simple parce qu’il tente de faire au mieux dans sa vie de mari, de prof, de père, de maire. Complexe parce qu’il est taraudé par des sentiments contradictoires : une profonde culpabilité doublé d’une honte tenace pour avoir laissé son prof de boxe se faire tabasser dans le métro et un sentiment d’imposture et de ne jamais être à la hauteur des attentes, celles des autres et celles qu’il s’est forgé après avoir idéalisé la figure du héros. Tristan se questionne, se trompe, se construit, et tente de devenir ou rester un homme bien. Au delà du destin de Tristan Fabrice Humbert brosse le portrait de notre société contemporaine, à partir d’une banlieue parisienne dortoir dotée d’un collège en ZEP et de jeunes « difficiles ».  Au fur et à mesure de la lecture, je me suis laissée prendre au jeu, à l’incertain, à l’aléatoire et à la plume de Fabrice Humbert. Une excellente lecture.

 

Les héros ne sont peut-être tels que parce qu’ils ont commis une faute qu’ils passent toute leur vie à réparer.

 

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