Une fin en soie – Sylvie Arnoux

Une fin en soie

De Sylvie Arnoux

Mille Cent Quinze éditions – 106 pages.

Une fin en soie place son intrigue, à Lyon, entre les collines de Fourvière, la colline qui prie surmontée de sa basilique néogothique récemment construite – nous sommes à l’automne 1899 – et Croix-Rousse, la colline qui travaille avec ses ateliers de canuts et de soyeux et ses traboules. Léopold, jeune journaliste pour la Gazette de Lyon, est chargé par son patron de découvrir, avant l’exposition universelle qui se tiendra à Paris, le secret de la soie de la maison Bertrand, une soie d’une qualité extraordinaire. Mais Léopold a une autre obsession : enquêter sur les assassinats de jeunes filles qui défraient à nouveau la chronique. Pourtant, Joseph Vacher, surnommé le « tueur des bergères », vient d’être exécuté et les meurtres avaient, pour un temps, cessé. Les nouvelles disparitions de jeunes filles sont-elles l’oeuvre d’un imitateur ? Sont-elles liées à celles qui avaient eu lieu, deux ans auparavant dans les coteaux du Beaujolais ?

Une fin en soie est une novella d’ambiance steampunk avec des mini-zeppelins et l’enthousiasme du progrès cristallisé autour de l’exposition universelle teintée de fantastique – Léopold dispose de lunettes à vision extra-sensorielle capables de capter des émanations délétères. Sylvie Arnoux choisit le Lyon industriel de la fin du XIXeme siècle, ses soyeux et la concurrence mondialisée autour du fil et rend hommage à la ville et à sa culture ouvrière. Elle propose une enquête sans temps morts bien qu’un peu prévisible, portée par un jeune homme remuant, curieux, audacieux et très légèrement inconscient des dangers qu’il court. Et quelle fin ! Des extraits de journaux parsèment ce livre au format poche à la maquette élégante.

Les éditions Mille Cent Quinze se qualifient d’agence de voyage littéraire. Cette escapade Lyonnaise, dont le billet se monnaye 7€, est une réussite.

À l’époque, si Max n’avait utilisé que la plume pour combattre au sein des milieux anarchistes, d’autres avaient usé de moyens plus radicaux. L’attentat du 23 octobre 1883 contre le restaurant situé au sous-sol du théâtre privé Bellecour avait marqué un point final à son engagement. Une descente de police dans les locaux du journal l’avait conduit en garde à vue alors que sa femme était sur le point d’accoucher. L’amour avait eu gain de ses convictions. Pour garder sa belle et son bébé, il avait promis de se ranger. Et il avait tenu parole. Cet attentat à l’Assommoir avait tué un homme, un pauvre bougre de vingt ans, garçon de salle. Et blessé quelques autres, des soyeux Lyonnais principalement, friands du lieu. Les petits salons privés leur permettaient de parler affaires en toute discrétion, sans en référer à la sacro-sainte Condition des Soies.
Il y a deux ans, Max avait pris Léopold sous son aile en souvenir du père de ce dernier, Paul Dubois, et du bon vieux temps… quand, jeunes idéalistes inconscients, ils militaient ensemble au sein du Drapeau Noir. Combien de nuits avaient-ils passées dans les cafés de Saint-Jean à imaginer un monde meilleur ? Combien de plumes avaient-ils usées à rédiger manifeste sur manifeste pour tenter de convaincre leur ville, et la terre entière, qu’un grand changement s’imposait ? Le récit de la révolte des Canuts qui avait ébranlé la Croix-Rousse, alors qu’ils n’étaient même pas nés, avait bercé leur enfance. Ils croyaient détenir la vérité et l’écrivaient en grand à la une du journal.

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