Les Brigades du Steam – Étienne Barillier & Cécile Duquenne

Les Brigades du Steam

De Étienne Barillier & Cécile Duquenne

ActuSF – 350 pages

En 1910, Solange Chardon de Tonnerre, l’un des meilleurs éléments de la treizième Brigade mobile d’Aix-en-Provence, perd son coéquipier dans un attentat visant le 36, quai des Orfèvres. Elle perd aussi son bras et n’est sauvée que de justesse. En convalescence dans une clinique secrète, on lui adjoint un nouvel équipier, Auguste Genovesi, fraîchement nommé. Leur enquête les plonge au coeur d’une affaire d’État…

Les Brigades du Tigre … augmentées

En 1907, Georges Clémenceau dit Le Tigre, crée, sur les conseils de Célestin Hennion, directeur de la Sûreté générale, une nouvelle force de police. Les brigades régionales de police mobile (surnommées les « Brigades du Tigre » plus tard) destinées à lutter contre une nouvelle forme de banditisme, plus organisé, sont d’abord dirigées par  Jules Sébille, commissaire de police. Elle sont implantées dans les principales villes de province (Paris, Lille, Caen, Nantes, Tours, Limoges, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon, Dijon et Châlons-sur-Marne). Les policiers qui intègrent ses rangs sont entrainés au combat – la savate notamment, aux techniques de filature et disposent de moyens modernes pour l’époque (création d’un fichage des criminels avec empreintes digitales). Ces brigades sont, en quelque sorte l’ancêtre de la police judiciaire. Étienne Barillier et Cécile Duquenne modernisent encore plus ces brigades grâces aux artifices du steampunk qui permettent de faire advenir le futur un peu plus tôt : de la vapeur qui booste les moteurs, naissance d’un réseau qui permet la collecte, la circulation et le stockage d’informations et ni plus ni moins qu’une touche de transhumanisme avec une femme augmentée…

Un duo de choc ?

Solange Chardon de Tonnerre a gravi les échelons à force de détermination. Compliqué au début du 20eme siècle pour une femme d’intégrer les Brigades mobiles et d’y faire carrière. Elle est la seule femme de l’organisation. Malgré les rumeurs et les coups bas, elle a réussi à s’imposer et sa légitimité est quasi acquise. Quand son partenaire meurt, elle se ne le pardonne pas. Quand sa hiérarchie lui impose comme nouveau co-équipier, Auguste Genovesi, un bleu très mal dégrossi et naïf, son sang ne fait qu’un tour. Elle ne lui demande pas son avis. D’ailleurs, son consentement n’a pas non plus été requis pour la profonde modification physique irréversible qu’elle a subi et qu’elle peine à tolérer. La scène de destruction méthodique de sa chambre d’hôpital vaut la lecture. Mais au fil du récit les différences tendent à la complémentarité. Auguste a tellement soif de bien faire, de se montrer à la hauteur de la mission qui lui a été confiée que sa témérité et ses prises de risques inconsidérées rapportent de précieux indices que Solange parvient à imbriquer grâce à son expérience et son intelligence. La trajectoire de chaque personnage tout comme leur interactions, compliquées dès le début, se révèlent passionnantes.

Policier, aventure ou steampunk ?

Les trois mon capitaine. Les Brigades du Steam propose une enquête qui, bien vite, dépasse les protagonistes (un complot des nations pour le pouvoir sur fond de course à l’armement et de prémices d’une nouvelle guerre entre la Prusse et la France) dans un cadre steampunk français. Étienne Barillier et Cécile Duquenne ont préféré Aix-en-Provence et son accent chantant plutôt que Londres ou Paris, mais ont conservé une esthétique steampunk forte mâtinée de références historiques et de personnages réels. En cela, la superbe et élégante couverture de Zariel ne ment guère. Enfin, le roman propose aussi moult rebondissements avec scènes d’action, combats et courses poursuites (pas toujours vraisemblables ai-je trouvé). La linéarité du déroulement de l’enquête est régulièrement cassée par des flash-backs qui permettent de mieux faire connaissance avec les personnages et leur donnent de la densité. Le rythme, lent lors de l’exposition, va crescendo jusqu’à un final échevelé.

Avec Les Brigades du Steam Étienne Barillier et Cécile Duquenne offrent au lectorat un roman divertissant agrémenté d’une touche d’humour et de références historiques savoureuses et mettant en scène des  personnages bien développés. On rempilera pour le tome suivant.

Un extrait

Andret ne put s’empêcher de frissonner. Si certains surnommaient Clemenceau « Le Tigre », Sébille était connu comme « Le Puritain » tandis qu’Hennion était simplement « Monsieur ». Voir ces trois hommes ensemble résumait tout. La nouvelle Police serait l’alliance du Tigre et du Puritain ; de l’ordre et de la vertu ; de l’excellence et de la justice.
Ce fut une série de phrases précises : le pays ne pouvait plus se contenter de sa gendarmerie, insuffisamment dotée et formée, à peine capable de résoudre les affaires les plus évidentes et encore moins en mesure d’agir de manière concertée sur tout le territoire. La France était par trop fragmentée, divisée. Elle avait besoin d’une police dynamique et réactive : des Brigades mobiles ! Les hommes de la Sûreté, les agents du Deuxième Bureau, représentaient les modèles à suivre. Ce qu’ils faisaient en surveillant les nombreux ennemis de la France à l’extérieur de ses frontières, il fallait que d’autres le fassent, mais à l’intérieur  ! Si les valeureux espions français savaient s’organiser, se former et se discipliner pour sauver la nation, la police devait faire de même pour préserver la sérénité de ses citoyens.
Clemenceau recherchait donc des individus d’une trempe hors du commun. La majorité seraient des hommes d’action. D’autres, à l’image de Pierre Andret, allaient créer de toutes pièces leurs conditions de travail. Ils allaient partir de rien et fabriquer la structure nécessaire, faisant table rase du passé. Parce que Sébille avait l’ambition de donner à toutes les Brigades mobiles le moyen de communiquer en permanence les unes avec les autres, de manière à ce qu’une affaire qui commence en Lorraine puisse être poursuivie en Limousin avec la même efficacité, il allait lancer un journal, le  Bulletin hebdomadaire de police criminelle, à destination des services de police, des juges, des magistrats ! Qu’aucun malfrat ne puisse se cacher ni se dissimuler ! Les policiers auraient des voitures vapotractées ; ils auraient des armes ; ils auraient accès au meilleur de ce que l’industrie émergente à technovapeur savait produire ! Tout viendrait une fois les budgets votés, ce qui prendrait du temps.
Mais ils auraient en priorité la seule arme contre laquelle le crime ne pouvait rien : l’information.

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