Un roman, deux romans, trois romans qui ont changé ma vie…

Un roman, deux romans, trois romans qui ont changé ma vie… Le mois de janvier est propice aux bilans. Ce n’est pas vraiment mon exercice préféré (même si, oui, je viens d’en faire un) amis c’est un marronnier qui me tape beaucoup moins sur le système que celui de la rentrée littéraire  – en juillet on vous indique ce qu’il faudra absolument lire en septembre parmi une masse de 800 bouquins ; 97% des titres sortis n’auront aucune chance de trouver un lectorat puisque ce dernier sera trop occupé à lire les 20 titres que la presse aura conseillé deux mois plus tôt. Bienvenue chez les Shadocks. En prime ce blog est devenu vieux et la blogueuse a suivi le même chemin. Avec le RSF Blog, j’oscille entre l’enthousiasme naïf d’une jouvencelle (c’est assez rare convenons-en) et le désenchantement d’une vieille peau acariâtre et blasée (ce n’est pas plus fréquent). La plupart du temps, je ne me pose pas de questions, je lis, je blogue et ça roule.

L’année 2020 a été, osons le mot, merdique… et 2021 ne s’annonce guère mieux. Alors tant qu’à regarder dans le rétro autant plonger beaucoup plus loin… J’ai donc voulu revenir sur les livres qui ont marqué profondément mon parcours de lectrice et puis aussi un peu, voire beaucoup, ma vie (sans réécrire l’histoire, l’uchronie personnelle sera pour un autre jour) …

Voici donc les trois romans qui ont changé ma vie, rien que ça.

Roman n°1 : Le Chant du Dragon – Anne McCaffrey

Le Chant du Dragon d’Anne McCaffrey marque l’entrée dans le pays magique de la SFFF. J’étais étudiante, j’avais entre 19 et 20 ans. C’est mon petit-ami de l’époque  – mordu de SFFF, il découpait les illustrations de Siudmak dans les Presses Pocket et les accrochait aux murs (je suis sûre qu’il n’était pas le seul à procéder de la sorte) – qui me l’a mis entre les mains, en espérant que ça me plaise. Coup de foudre immédiat pour Ménolly et ensuite pour toute la Ballade de Pern.

Quel plaisir d’observer, dans le ciel clair de Pern, le vol serein d’un chevalier-dragon ! Quelle tristesse de baisser la tête et d’embrasser du regard la rude banalité du Fort de Mer ! Menolly est une jeune fille passionnée de musique, et le vieux Petiron, le harpiste du Fort, la laisse chanter en secret les grands poèmes où se transmet la tradition de la planète, et qui doivent en principe être interprétés par des hommes. Il ne la corrige même pas quand elle improvise des variations personnelles sur ces airs sacrés. Mais les parents de Menolly, à la mort du bon musicien, croient le moment venu de redresser la barre. Ce sont des gens simples, ils ne comprennent pas que leur fille puisse être différente. Alors elle va rêver seule au désert, malgré la menace des Fils qui plane. Elle n’imagine même pas qu’un jour peut venir où elle ira trop loin et trouvera… peut-être sa mort, peut-être sa vie à elle, peut-être aussi toute la diversité du monde résumée dans une bande de petits lézards de feu.

Les histoires d’a, les histoires d’a, les histoires d’amour finissent mal en généraaaaaaaaal. Celle-ci s’est terminée et nous nous sommes séparés avec, chacun, une moitié du cycle de Pern (bizarrement je n’ai jamais complété la collection). Mais je n’ai jamais cessé de lire de la SFFF depuis. Cette histoire d’amour là dure encore. J’étais étudiante sur la métropole lilloise : la médiathèque de Villeneuve d’Ascq disposait d’un fond SFFF impressionnant (merci aux bibliothécaires) et les librairies ne manquaient pas sur Lille (la « cave » de l’une d’entre elle était une fabuleuse cache au trésor). Fait amusant, je ne suis plus jamais sortie avec un non fan de SFFFF ensuite (ne vous faites pas de films, j’ai toujours préféré être seule que mal accompagnée). A 23 ans je rencontrais M Lhisbei, et c’est un livre de fantasy qui nous a rapproché (un Mnémos au format poche, mais j’ai un doute sur le titre). Depuis on ne s’est plus quitté, les bibliothèques se sont multipliées et remplies et un (petit) dragon est venu orner ma cheville.

Roman n°2 : Chroniques du Pays de Mères – Élisabeth Vonarburg

Ne cherchez pas de billet sur ce roman sur le blog. Quand j’ai lu Chroniques du Pays des Mères, je ne bloguais pas encore. Je fréquentais les forums de lectures hébergés, à l’époque, par MSN (les vieux savent) et ma chronique s’y trouvait (elle a disparu dans les limbes d’internet depuis). J’avais quelque chose comme 23 ou 24 ans. La SFFF ne constituait pas tout à fait la moitié de mes lectures. Quand Chroniques a atterri je ne sais plus comment entre mes mains, j’avais déjà lu pas mal de classiques (Asimov, Herbert, Silverberg…) mais aussi Marion Zimmer Bradley, Anne Mc Caffrey ou Pamela Sargent et son Rivage des femmes. Pourtant, il a marqué une rupture. Je me souviens avoir pensé « waouh ! on peut écrire de la SF comme ça ? » et « wow, attendez, une femme peut écrire de la SF comme ça ? ». Eh bien oui.

Dans Chroniques du Pays des Mères nous suivons la vie Lisbeï, promise à devenir la Mère de Béthely. Sa curiosité, son don « empathique » naturel et son infertilité rédhibitoire pour devenir une Mère, la poussent à devenir exploratrice, à la fois archéologue, historienne et aventurière. Elle va remettre en cause les croyances fondamentales historiques et religieuses de la société dans laquelle elle vit, ainsi que toutes les normes sociétales qui en découlent. La langue a suivi l’évolution de la société devenue matriarcale avec un féminin « neutre » et une féminisation des mots. Il y a bien plus que ça dans ce roman. On entre dans le Pays des Mères avec ses propres représentations et on en sort bousculé, transformé et changé à jamais.

La stupidité des hommes a jadis ruiné la planète Terre. La sensibilité des femmes permettra-t-elle de la réparer, ou plutôt de la laisser se réparer ?
C’est la question que se pose Lisbeï au cours d’une longue vie aventureuse qui va la mener du Pays des Mères, où les sexes vivent séparés, vers un avenir encore incertain où ils parviendront peut-être à se retrouver.
Ce beau roman, qui a reçu plusieurs prix (dont, pour sa traduction américaine, le prix spécial Philip K. Dick), réconciliera avec la science-fiction les femmes qui l’ignorent encore.
Quant aux hommes, il leur donnera à réfléchir. Passionnément.

Ce roman a semé de nombreuses graines et autant de points de départ à la réflexion dans mon esprit. Ce n’est pas pour rien que j’ai pris pour pseudo le prénom de la principale protagoniste – en le torturant un peu (Lhisbei). Vingt ans plus tard, les graines semées par Élisabeth Vonarburg continuent de pousser (et je pose toujours autant de questions sur les normes sociales). Et mon amour pour la SF en est sorti grandi.

Roman n°3 : La Part de l’autre d’Éric-Emmanuel Schmitt

En 2001 j’ai trouvé en bibliothèque un exemplaire de La Part de l’autre d’Éric-Emmanuel Schmitt. J’ai eu un vrai coup de foudre pour le roman (j’ai acheté une version poche en 2003). A l’époque, je ne savais pas qu’il s’agissait d’une uchronie personnelle. Le mot uchronie était absent de mon vocabulaire. Plus tard, quand j’ai découvert l’étiquette « uchronie », j’ai replongé avec délices dans les lectures d’histoires alternatives et je ne les ai plus lâchées. De fil en aiguille, j’ai intégré le jury du prix ActuSF de l’uchronie, coécrit avec Bertrand Campeis un guide dédié et l’uchronie m’a même conduite à participer à La Méthode scientifique sur France culture (Uchronie : passé décomposé) et plus récemment à un article de Marianne (L’uchronie, terrain de jeu par excellence de la science-fiction). Si ce n’est pas un romans qui change la vie, je me demande ce que c’est…

 5 octobre 1908 : Adolt Hitler recalé.
     Que se serait-il passé si l’Ecole des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d’artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d’une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde…

Voila, ces trois romans ont eu des profondes répercussions sur ma vie ou sur ce que je suis devenue. Trois romans qui ont changé ma vie. Si l’exercice vous tente, sentez-vous libre de le réaliser. Je suis curieuse de voir le résultat (parce que oui, je suis toujours curieuse même si souvent silencieuse)

On termine en musique, histoire de se donner la pêche.

Vous aimerez aussi...

18 réponses

  1. Baroona dit :

    Mon commentaire va être très plat en comparaison de tes écrits mais quand même : très bel article et bonne idée.

  2. Jourdan dit :

    La part de l’autre m’a marquée aussi. Et si Hitler n’avait pas rencontré ce maudit médecin. ? Qu’est ce qui fait qu’on se retrouve aujourd’hui où l’on est et pas ailleurs. C’était ce qui m’avait plu chez Jo Walton et Mes vrais enfants.
    Sinon pour moi les livres marquants sont Le livre jaune et Moi,Peter Pan de Michael Roch.
    Merci pour cette idée.

  3. Yuyine dit :

    Chouette idée d’article! J’ai découvert tardivement Chroniques dy pays des mères et je comprends qu’il marque sur le long terme!

  4. Gepe dit :

    Pour ton parcours dans l’uchronie, je dirais que c’était ton destin, qui te réussit plutôt bien, je me note le titre en tout cas.
    La médiathèque de Villeneuve et moi, nous sommes voisins, j’emprunte parfois des titres Sfff et c’est vrai qu’elle est bien fournie, c’est un bel article et une jolie tranche de vie.

    • Lhisbei dit :

      Merci Je ne pense pas que le destin existe ou soit tracé, mais who knows… 😉
      Contente de savoir que la médiathèque est toujours bien achalandée !

  5. Tigger Lilly dit :

    Super article ! Je trouve ça cool les livres qui ont leur petite histoire.
    C’est marrant mais le titre auquel je pense comme ça c’est Windows on world de Beigbeder, pas tant pour son contenu mais pour la manière dont je l’ai trouvé… ce qui a de fil en aiguille mené à la création de mon blog.

  6. Alys dit :

    Génial! C’est passionnant de lire ce genre de chose. Voyeurisme total: j’adore le « Fait amusant, je ne suis plus jamais sortie avec un non fan de SFFFF ensuite ». 😀
    Plus sérieusement, je n’ai rien lu de tout ça, mais tu donnes envie!

    • Lhisbei dit :

      SI tu lis ces romans, je te souhaite de bonnes lectures :).
      Faut-il que je précise qu’entre le premier petit ami fan de SF et M. Lhisbei il y a eu ….. bip bip bip :p

  7. shaya dit :

    Super idée ! Je faisais pareil pour les illustrations de Siudmak xD Je crois que La Rowane de McCaffrey a été un roman très marquant pour moi, tout comme La maison des amazones de Zimmer Bradley, même si j’ai compris pourquoi bien plus tard ^^

    • Lhisbei dit :

      Je n’ai jamais osé découper un livre pour ma part :).
      Oui, la maison des amazones mais aussi toute le mythe arthurien revisité du point de vue des femmes (Les Dames du lac et suivants – je me suis arrêtée au 4eme tome de la série) et aussi Tigre, feu et flamme co-écrit avec Mercedes Lackey et Andre Norton 🙂

  8. Vert dit :

    C’est rigolo, j’ai relu Le chant du dragon ce mois-ci (c’est un de mes livres doudou). Et les Chroniques du pays des Mères c’est juste <3 <3 <3. À force de voir passer les rééditions je vais finir par le relire tiens !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.