Gradisil – Adam Roberts 7


Gradisil

de Adam Roberts

Bragelonne – 567 pages

Dans un futur très proche (nous sommes en 2050) l’espace est accessible, pour le peu que vous en ayez les moyens où que vous soyez bricoleur et débrouillard. Utilisant les courants magnétiques issus des pôles, quelques pionniers ont bricolé des avions et envoyés des conteneurs étanches en orbite pour en faire leur résidence secondaire. Là haut, la vue est splendide et une nouvelle vie peut commencer. Dans ces Hautes-Landes il n’y a ni État, ni gouvernement, rien qu’une poignée d’individus dans des mètres cubes de vide.

Gradisil est un roman en trois parties, sur trois générations d’une famille, chacune portée par une voix différente. Dans la première partie c’est Klara, alors vieille femme, qui raconte sa jeunesse et le temps des pionniers des Hautes-Landes. Le récit, à la première personne, est parfois confus, et de digressions en digressions, se perd dans les méandres des souvenirs de Klara ce qui en rend la lecture laborieuse par moment. La personnalité de Klara est un peu confuse (et l’auteur, plus loin dans le roman, nous fait comprendre pourquoi…). Introductif, le récit de Klara s’arrête trop vite à mon goût. Même si dans les parties suivantes d’autres personnages nous apprendront ce qui est finalement advenu à Klara j’aurais aimé avoir son point de vue à elle. La seconde partie alterne entre Slater, officier de l’armée US et Paul, mari de Gradisil la fille de Klara. Gradi s’est fixé pour objectif de fédérer les Hautes-Landais et d’en faire une nation. Au fur et à mesure des progrès techniques réalisés, les Hautes-Landais sont devenus de plus en plus nombreux. Les USA et l’Europe convoitent aussi ce nouveau territoire rendant les guerres inévitables. La figure de Gradisil dépeinte par Paul et Slater, complexe, fait parfois un peu peur (froide, manipulatrice…) mais le lecteur ne peut que se rallier à sa cause. Le personnage de Paul est touchant bien que souvent insupportable par ses pleurnicheries. Le fait qu’il narre son histoire à la première personne le rend proche, trop à mon goût car je n’ai pas aimé le fréquenter. La dernière partie, beaucoup plus courte que les précédentes, s’attache aux deux fils de Paul et Gradisil, Hope et Sol pour apporter une conclusion logique et inéluctable que nous ne révèlerons pas ici.

Jean Claude Dunyach avait évoqué ce livre lors d’une conférence sur la conquête de l’espace aux Utopiales l’année dernière. Alléchée par ses propos, je me souviens l’avoir acheté dans la foulée, à la librairie du festival. Il ne restait qu’un exemplaire. Au vu de la couverture (magnifique non ?), du traducteur (Élisabeth Vonarburg), du texte de 4eme de couverture j’ai pris le livre sans me poser de question… et surtout sans l’ouvrir et en lire les premières pages comme je le fais d’habitude. Allons droit au but avec Gradisil. Ce livre est chiant à lire. Je n’ai pas d’autre mot (même s’il est dur). Il a tous les atouts pour séduire : intéressant, intelligent, une idée de départ fascinante, une construction maîtrisée, des personnages fouillés, un point de vue, un engagement, du rêve, de la guerre, du sang, des sentiments, de la vengeance… Gradisil est une fresque familiale, une histoire de conquête spatiale, la gestation et la naissance d’une nation (ce n’est quand même pas n’importe quoi une nation !) mais manque cruellement de souffle et comporte quelques longueurs. La descente du colonel Slater est un monument d’ennui par exemple. Habillé d’une simple combinaison spatiale, il se retrouve à orbiter, promis à une mort certaine. Sa longue descente ne donne qu’une envie : abréger sa lente agonie, qu’on en finisse bon sang ! (et en plus il a le toupet de survivre le bougre). Tous les ingrédients sont là, tous d’excellente qualité, mais la mayonnaise ne prend pas. Pourtant il faut lire ce livre. Lire Gradisil c’est un peu comme lire certains classiques imposés en classe. Quand on lit Madame Bovary à 17 ans on s’ennuie ferme mais, plus tard, la vie aidant, on se souvient de Madame Bovary et on comprend mieux. Madame Bovary plante une graine dans l’esprit du lecteur de 17 ans, graine qui donnera à récolter des années plus tard. Qui sait ? Peut être la gaine de Gradisil donnera-t-elle naissance à l’Yggdrasil… Il faut lire Gradisil pour ses ingrédients, pour le fond et oublier un peu la forme. Pour rêver à un autre type de conquête spatiale, non basée sur une guerre froide ou une concurrence entre nations, mais avec ce rêve un peu fou d’une possible utopie, d’un monde nouveau, là haut, au dessus de nos têtes.


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7 commentaires sur “Gradisil – Adam Roberts

  • El Jc

    L’ennui et la langueur que tu pointes dans ta chronique semble être les éléments qui reviennent régulièrement dans les chroniques de cette oeuvre. C’est d’autant plus dommage qu’il semble avoir moult autres qualités.

  • Val

    Un livre raté oui ! c’est exactement ça… Si j’avais lu ta chronique avant, je ne me serais pas laissé tenter par ce livre.
    Je me suis ennuyé comme rarement. Heureusement, certains habitants des Hautes-Landes étaient passionnants.

  • GeishaNellie

    (( Bien triste que tu l’ai perçu ainsi, moi je l’ai adoré. Oui, j’accorde à tous qu’il y a des longueurs, mais je l’ai tout de même adoré. L’idée de mélanger saga familiale et SF me plaisait, sans parler d’un tout autre type de conquête spatiale comme tu le dis toi-même. Ah, dommage []