Perdido Street Station – China Miéville

Perdido Street Station

De China Miéville

Perdido Street Station T1
Pocket – 448 pages

Perdido Street StationT2
Pocket – 544 pages

Isaac est un scientifique excentrique, presque mis au ban de l’université de Nouvelle-Crobuzon où il est chercheur. Yagharek, un Garuda (corps humain et tête d’aigle), vient l’embaucher pour une tâche particulière : déchu par son clan pour une faute que le lecteur ne comprendra qu’à la fin du roman, ses ailes ont été coupées. Il est prêt à payer cher pour de nouveau avoir la capacité de voler. Parallèlement, sa compagne, Lin, artiste sculptrice, se fait embaucher par un baron du crime pour une oeuvre particulière. Pour ses recherches, Isaac se procure, par des voies détournées, animaux volants et larves en tous genres. L’une d’elle va se révèler être le pire fléau qu’ait connu Nouvelle-Crobuzon.

Bon, bon, bon. Je n’ai pas aimé ce roman. Pourtant c’est un très bon roman, dense, foisonnant, inventif, baroque, exubérant, fantasque, excessif, et je crois que c’est là que le bât blesse. Je n’ai pas aimé ce roman, qui n’est d’ailleurs pas fait pour être aimé. Il est très long à démarrer. La ville de Nouvelle-Crobuzon est décrite en long, en large et en travers. Il ne faut pas se leurrer, l’héroïne dans ce diptyque c’est bien cette ville ahurissante. Or, la découverte de Nouvelle-Crobuzon m’a plus désorientée qu’autre chose car je ne suis pas parvenue à m’en faire une idée précise, un plan, à y trouver des repères (et ce n’est pas la carte proposée au début qui m’a aidée). J’étais en permanence perdue dans tous ces quartiers. Je n’en retire qu’une impression désagréable car aucun quartier n’est agréable à vivre. Tout y est glauque, sale, puant, déliquescent. Les bâtiments, quand ils ne sont pas inachevés ou enchevêtrés les uns dans les autres, tombent en morceaux. Les rues sont pavées d’immondices, peuplées de clochards, miséreux, estropiés, tordus (naturels ou recréés artificiellement), de rebuts de la société qui évoluent au milieu d’une population cosmopolite. Les peuples se côtoient : des Khépris aux corps de femmes et à la tête de scarabée, des Garudas (corps humains et têtes d’aigle), des Vodyanois pour moitié amphibiens, des hommes cactus … La plupart du temps la ville est un enfer permanent. Le gouvernement est corrompu, la démocratie inexistante, la police a tous les droits mais aucun devoir, le peuple est opprimé… Bref tout est pourri, abject et écoeurant. C’est à se demander pourquoi il y a encore des gens « normaux », et surtout comment cela est encore possible. Normaux dans le sens de « honnêtes, travailleurs » comme les profs d’université, les commerçants sur les marchés ou tenant boutique, ceux qui transitent tous les jours par la gare de Perdido Street, point névralgique (comme Grand Central Terminal à Manhattan) de cette ville impossible… Ils me paraissent tellement incongrus, surréalistes. L’univers de cette « ville » me parait impossible, je n’adhère pas. Du côté des personnages, l’adhésion n’est pas non plus au rendez-vous. Ils sont, la plupart du temps, déplaisants, égoïstes, vénaux, immoraux. Et quel vocabulaire grossier chez Isaac, quel personnage répugnant… Pendant longtemps je me suis demandé ce que Lin pouvait bien lui trouver même si l’évolution du personnage a finalement répondu à mes interrogations. J’avoue aussi que les cent dernières pages sont mes préférées – et pas seulement parce que la fin approchait (mauvaises langues que vous êtes) – mais bien parce que certains questionnements moraux, longtemps évités, sont abordés et enfin résolus.

Vraiment, China Miéville n’est pas un auteur pour moi. Et quand je lis les avis éminemment positifs de mes inestimables confrères de blog et la tapée de prix reçus je me fais l’effet d’une vieille peau réac bien trop proprette qui est passée, et de très loin, à côté d’une oeuvre majeure de la SFFF récente.

  • Une lecture commune avec Efelle, Shaya et Maëlig (où j’étais en retard…)
  • Prix de British Fantasy Society 2000, Prix Arthur C. Clarke 2001, Prix Premio Ignotus 2002, Prix Kurd Laßwitz 2003.
  • Prix Jacques Chambon de la traduction 2005 pour la traductrice Nathalie Mège (qui, à mon avis, l’a bien mérité vu le foisonnement d’idée et la narration extravagante)
  • Lire les avis de Cafard Cosmique, Critic, TiberiX, Loula sur le tome 1 et sur le tome 2, Yueyin

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