42 – La Grande Question du Lundi (6)

Ce soir je devais rédiger un billet sur Mordre le bouclier de Justine Niogret, une lecture commune avec Efelle, Lorkhan, Shaya et Endea. C’était le programme (le livre est lu). Sauf que…  une série de petits imprévus a envoyé le programme se faire voir chez les grecs… Et l’un de ces imprévus vient de Facebook où un débat sur les SP (pour Service de Presse) envoyés aux blogueurs est en cours. Débat intéressant mais aussi très énervant. Et le sujet mérite bien une Grande Question du Lundi… même si on est jeudi.

Tout est parti d’un article très pédagogique de Nathalie Dau sur les SP. L’un des intervenants soulevait un point que je taxerai « d’idée reçue » et que je copie colle ici :  les blogueurs qui reçoivent des SP achètent globalement moins de livres qu’ils ne lisent de SP.

Donc je me suis amusée à faire un petit bilan dans le style « Lhisbei fait ses comptes » et j’ai souhaité en garder une trace. Je ne suis pas la seule à avoir réalisé l’exercice (Acr0 nous a vivement encouragés à le faire) et l’intervenant a bien vite reconnu qu’il se mettait le doigt dans l’oeil (jusqu’au coude, oserai-je dire). C’est comme la musique : ceux qui téléchargent le plus sont ceux qui achètent le moins c’est bien connu (quoi ? on me souffle dans l’oreillette que je me mets le doigt dans l’oeil…). Perso j’achète un CD par an – et encore – et je ne télécharge rien, je peux donc dire que je me fous comme de mon premier créneau du devenir des majors du disque. Mais revenons-en au mal : le SP et mon bilan.

Entre le 1er janvier et le 6 septembre ma bibliothèque a accueilli 61 nouveaux livres :

  •  23 achats en neuf
  • 14 achats en occasion
  • 7 livres neufs offerts par des amis IRL ou virtuels
  • 2 livres gagnés à des concours ou loterie
  • 15 livres reçus en SP dont 6 parce que je suis membre du jury d’un prix littéraire (le Prix ActuSf de l’Uchronie)

Ce qui nous fait 9 SP ou « partenariats » (et tous à l’initiative de l’éditeur ou de l’agence de pub).

Petite précision : il y a 14 livres à lire pour le prix et je ne les ai même pas tous reçus => ce qui veut dire que j’ai acheté ou me suis fait offrir les autres (ou qu’on m’en prête aussi)… parce que, dans ma conception, faire partie d’un jury ça implique de lire tous les livres en compétition (que je suis vieux jeu !).

Et sur la même période j’ai lu 43 livres… (la faute à l’été pourri). Pour autant ma PAL ne diminue pas…

Maintenant que j’ai fait preuve d’une transparence absolue, parlons un peu de la politique marketing des éditeurs. Parce qu’il est facile de voir les blogueurs comme des parasites qui extorquent des SP aux éditeurs, comme des profiteurs du système (les chasses aux sorcières sont une spécialité française ou quoi ?) …  C’est l’idée reçue n°2 qui ferait presque culpabiliser les blogueurs qui acceptent et lisent des SP. Un peu facile non ? Si les blogueurs sollicitent de plus en plus les éditeurs ce n’est pas par hasard. Ce sont les éditeurs (généralement ceux qui ont les moyens de financer une belle campagne de pub – j’ai des noms mais vous aussi non ?) qui les ont « dressés » ainsi. Des éditeurs qui passent par des agences d’évènementiel. Qui se sont constitués des listes de diffusion de blogueurs et leur permettent de choisir dans les nouveautés ou le catalogue ce qu’il souhaitent lire. Ou qui vont parfois jusqu’à envoyer des livres « en sauvage » (cad sans prévenir le blogueur). Avec eux c’est Noël tous les mois. Qu’on se comprennent bien. Je ne reproche pas aux éditeurs leur politique marketing. Ils y trouvent leur compte, les blogueurs aussi donc tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Par contre je refuse qu’on fasse un procès en sorcellerie aux blogueurs au motif qu’ils bouffent à tous les rateliers. Si les éditeurs font open-bar qu’ils assument !

Les blogs sont de plus en plus considérés par les éditeurs comme un moyen de faire de la pub (en espérant créer le buzz) à peu de frais. Les blogueurs sont « sociaux » (dans le sens de bien implantés dans les réseaux sociaux, font marcher le bouche à oreilles etc). Et ils parlent avec le coeur (l’expression est de Acr0 ou Lelf je ne sais plus). Alors qui utilise l’autre ? Je ne jetterai pas la pierre aux blogueurs qui demandent des SP parce que ce serait trop facile. Les éditeurs ont semé … Le temps de la récolte est venu. Si les éditeurs ne souhaitent pas envoyer de SP (et ils en ont le droit, la légitimité) et bien qu’ils fassent comme Nathalie Dau : refuser tout en expliquant pourquoi (et le blogueur qui se vexe est un con, c’est dit). Le pire dans l’histoire c’est que les petits éditeurs récoltent la tempête semée par les gros qui ont les moyens de faire des tirages importants et de distribuer beaucoup de livres…(et NON je ne parle pas de Bragelonne qui, en la matière, est loin d’être le plus porté sur les SP). Alors bien sûr tous les éditeurs ne sont pas de vils manipulateurs cyniques. Mais rien n’est gratuit dans notre société. Internet et la blogosphère n’échappent pas à cette règle. Jeter l’opprobe sur une des parties c’est méconnaitre le système dans son entier, c’est considérer le problème (si l’on considère que c’est un problème) par le petit bout de la lorgnette et ce type d’approche ne mène qu’à des impasses.

Je blogue depuis le 1er janvier 2008 et j’ai, en tout et pour tout, demandé 3 SP soit moins de un par an (quelle vile profiteuse je fais). Par contre je ne m’interdis pas de répondre « oui » à une proposition de livre (papier ou numérique) si le livre m’intéresse. Et des propositions j’en ai quelques unes. Rien que pour cette année j’ai reçu 9 SP ou « partenariats » et j’ai décliné au moins deux fois plus de propositions. J’ai aussi demandé à sortir des listes de diffusion des éditeurs. Et quand je bave sur un livre, je l’achète, je l’emprunte en bibliothèque (mon budget livre n’est pas extensible) ou des blogueurs sympas le font tourner (ils se reconnaîtront). Point.

Je passe sur l’idée reçu n°3 qui est apparue en cours de débat, à savoir que les blogueurs se sont « auto-institués chroniqueurs et [leurs] seules compétences se résument trop souvent à la recopie du quatriéme de couverture » (l’accent aigu n’est pas de moi). Cette idée reçue mérite, à elle seule, une Grande Question du Lundi (et elle ne saurait tarder).

Sur ce bonne nuit. La mienne va être trop courte.

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