42 – La Grande Question du Lundi (7)

Lors de la précédente édition, je concluais sur cette phrase :

« Je passe sur l’idée reçu n°3 qui est apparue en cours de débat, à savoir que les blogueurs se sont « auto-institués chroniqueurs et [leurs] seules compétences se résument trop souvent à la recopie du quatriéme de couverture » (l’accent aigu n’est pas de moi). Cette idée reçue mérite, à elle seule, une Grande Question du Lundi (et elle ne saurait tarder). »

Et voici donc la Grande Question du Lundi édition spéciale « Blogueur littéraire : kesako ». En préambule, je veux que tout le monde se mette dans la tête que je ne réponds que pour moi, que de mon point de vue et que je ne parle que de mon nombril. Ce qui est le cas sur les blogs en général d’ailleurs. L’exercice du « blogging » tourne autour de soi. Le blog n’est jamais que le reflet de la personnalité de quelqu’un. Les avis et opinions n’engagent que leur auteur et n’ont aucune prétention à être universels. Néanmoins les blogueurs discutent. Via les réseaux sociaux, les mails, les commentaires, de vive voix, devant un thé ou une bière (moi c’est la bière que je préfère, ou le Jurançon ou un Pouillis fumé ou un Bourgogne aligoté mais je m’égare). Parce que le blogueur est un être sociable et social et qu’il blogue aussi pour rencontrer l’autre, celui avec lequel il peut parler de ses passions souvent, parfois pour draguer mais c’est assez rare dans la blogosphère littéraire. Les blogueurs discutent donc. Et il arrive parfois qu’ils soient d’accord sur certains points. Si ma conception du « blogging » est donc très personnelle, je sais aussi qu’elle rejoint, sur certains points, celle d’autres blogueurs que je fréquente virtuellement et IRL. Je ne parle que pour moi mais mes propos seront représentatifs d’une frange de la blogosphère littéraire. Le champs de ce billet sera en outre restreint à mon environnement immédiat, à mon contexte de blogging : la blogosphère littéraire spécialisée dans l’imaginaire (mot pudique pour SFFF). C’est une petite partie de la blogobulle. Que je vais restreindre un peu plus encore car mon « réseau » est très limité. N’étant pas particulièrement fan de communautés (trop individualiste la Lhisbei ou trop vieille pour les ambiances de cour d’école), je ne fréquente qu’une toute petite partie de la blogo SFFF (cf la blog-roll, les commentateurs réguliers ou Planète SF).

Préambule terminé. Pardon pour la longueur du billet. Je vais essayer de synthétiser la suite mais ce n’est pas gagné.

Alors donc, nous disions : le blogueur se prend pour un critique littéraire.
Faux : le blogueur est avant tout un lecteur qui partage ses impressions sur ses lectures. Internet est, pour lui, un immense club de lecture ou le café du commerce version salon de thé, puisque les blogueurs littéraires sont, en très grande majorité, de sexe féminin et amateurs de thé (oui j’aime combattre les clichés par d’autres clichés). Là aussi je préfère le café du commerce parce que les salons de thé sont assez pauvres en bière pression.
Le blogueur n’a ni le souhait, ni l’intention de se prendre pour un critique littéraire. Il n’a pas non plus envie de se faire reconnaître en tant que tel, de devenir critique pour un autre média, de revendiquer l’étiquette… Bien sûr des exceptions existent mais ceux que j’ai vu prétendre à ce statut avaient le niveau requis (et, sans vouloir être mauvaise langue, certains chroniqueurs pro sont loin du niveau attendu). 
Corollaire : ceux qui pensent insulter les blogueurs en les comparant à de très mauvais critiques littéraires ont tout faux en plus d’être ridicules. Pour insulter il faut toucher un point sensible…
Corollaire bis : réclamer un niveau de qualité d’une « critique », d’une « chronique », d’un billet est un non-sens total. Les blogueurs parlent des livres comme il le veulent ou peuvent. Et leur façon d’écrire sur leurs lectures évolue avec le temps. Croyez-moi le blogueur aguerri a acquis du métier et ses billets sont de plus en plus élaborés (pour l’exemple voir ma première chronique de blog et la comparer avec, au hasard, celle-ci).
Corollaire ter : il faudrait inventer un nouveau mot pour qualifier nos billets littéraires car « critiques » et « chroniques » ne sont pas adaptés. L’exercice, en plus d’être nouveau et récent, est en outre différent. Il mérite donc une terminologie adaptée. Si vous avez des idées …

Perso je ne serai jamais critique littéraire et je n’en ai pas l’ambition. Je n’ai pas la formation adéquate (ni lettres, ni langues, ni communication). Je ne suis pas assez cultivée (une bille en philo par ex) et bien trop basique dans mes conceptions (notamment dans ma conception de la Littérature, encore que … j’ai une idée bien précise de celle qui pète plus haut que son cul). Je manque cruellement d’outils pour concevoir une critique (analyser le fond et la forme d’un texte etc), je manque de culture (architecture, arts, sciences…) et je suis totalement incapable d’opérer des ponts, des rapprochements entre différentes formes artistiques (ex avec le cinéma ou la musique surtout). Et parfois je suis très frustrée car je manque même de mots pour m’exprimer (un comble pour quelqu’un qui a décidé de s’exprimer par écrit, avec les mots). En plus, je suis une besogneuse. Rédiger un billet sur un bouquin me prend entre une et deux heures (liens compris, et, ce n’est pas pour me chercher une excuse, mais c’est assez long de rechercher des avis et de les lier). Et parfois certains bouquins me paralysent et je suis incapable d’écrire tout de suite dessus. Le billet sur Rêves de Gloire a mûri pendant deux mois dans ma cervelle de moineau avant que je puisse exprimer ce que j’ai ressenti. Et je n’ai d’ailleurs fait que ça. Exprimer un ressenti. Parler d’une rencontre avec un roman. C’est tout ce que j’ai les moyens d’offrir : mon ressenti. Et, à moi, ça me suffit. Et si cela ne vous suffit pas, il y a plein d’autres blogueurs qui peuvent répondre à vos attentes.

Autre idée reçue : le blogueur écrit pour être lu et a le nez collé aux statistiques et aux classements en permanence.
Vrai et faux. Faux parce qu’à la base le blogueur est un lecteur. Il cherche à garder une trace de ses lectures (le blog fait aussi souvent office de mémoire). C’est sa relation au livre qui le pousse à bloguer. Mais, au delà de cette optique, il cherche aussi à entrer en contact avec d’autres lecteurs, à partager ses goûts, ses passions, à trouver de nouvelles idées de lecture. Et pour cela il faut qu’il soit lu. Il faut qu’il ait des commentaires, qu’il commente d’autres blogs, qu’il rejoigne des communautés de lecteurs (j’ai commencé par un forum de lecture mais, maintenant, je suis une grande fille indépendante, doublée d’une enquiquineuse qui ne supporte plus d’autres règles que celles qu’elle se fixe, ce qui la rend de facto allergique aux communautés trop structurées), qu’il identifie d’autres blogueurs qui ont des goûts identiques ou différents pour piocher de nouvelles envies de lecture. Il a donc besoin d’audience. Et les statistiques sont le reflet de cette audience. Et puis il milite un peu pour « ses » livres fétiches, « ses » auteurs « chouchous ». Il crie haut et fort : « oh ce livre est super ! » et il aime ne pas avoir l’impression de prêcher dans le désert. C’est humain.
Perso je relativise beaucoup les stats. D’abord parce que j’ai la flemme de bidouiller le code du blog pour insérer un compteur de visite digne de ce nom. Ensuite parce que (et ceux qui connaissent Canalblog ne me contrediront pas) le module de stats de ma plateforme est plus que sommaire (un chiffre global ; des détails sur les 100 dernières visites seulement). Et surtout, parce que j’ai mis deux ans à atteindre, sur ce blog spécialisé SFFF, le même nombre de visiteurs qu’en un an sur l’ancien blog littéraire généraliste (ça s’appelle bloguer sur une niche – ouarf ouarf – je sais elle est nulle celle-là). Enfin, parce que le billet qui a été le plus lu (j’ai un pic de visite le jour de parution et le lendemain – genre Twin Towers) n’a strictement rien à voir avec les livres ou la SF. Le billet qui a eu le plus de succès sur le RSFBlog c’est celui-ci et il ne paie pas de mine ! Bon d’accord il est suivi de près par l’annonce du retour du Challenge Summer Star Wars. Mais tout de même, bloguer généraliste est plus porteur. Si je voulais être lue je fermerai illico le RSFblog et j’ouvrirai un blog généraliste (voire même un blog politique !). Ma démarche est inverse : je blogue sur ce que j’aime et, pas de bol pour elle, je kiffe la SFFF.
Corollaire : j’écris ce que je veux, comme je veux. Je n’ai de comptes à rendre à personne. Le RSFblog est un espace personnel que j’ai rendu public. Un peu comme si j’ouvrais en grand les portes de ma maison et vous y invitais (et j’ai rencontré plein de gens sympas comme ça mais je n’ouvrirai pas, IRL, les portes de la maison de cette façon). Je vous y accueille chaleureusement mais si le courant ne passe pas, je ne vous inviterai plus. Vous n’aimez pas ce que vous lisez sur le RSFblog, passez votre chemin. J’accepte la critique et les remarques, j’en tiens compte quand elles sont fondées ou qu’elles me poussent à une remise en question salutaire. Mais je n’ai rien à vous prouver. Je ne tente pas de vous séduire et n’espère pas que vous m’aimiez (se faire aimer à travers un blog est une idée saugrenue et dangereuse). Et du point de vue des éditeurs je n’ai aucune preuve à faire. Les SP ne seront pris ni comme une reconnaissance de la « qualité de mon travail », ni comme une preuve de confiance ou d’amitié. Je ne suis pas une partenaire des maisons d’éditions, même si j’ai des préférences pour certaines maisons. Je suis une lectrice (et une consommatrice car, n’en déplaise à certains, le livres est aussi un produit de consommation). Et pas n’importe quelle lectrice : je suis une lectrice qui ouvre sa grande gamelle et qui ne compte pas la fermer de sitôt (de la catégorie des chieuses donc). Et, comme je ne suis pas critique et que je suis, sur le RSFblog, chroniqueuse et rédactrice en chef, mes billets ne doivent se conformer qu’à une ligne : la mienne. Quand je dis qu’un blog c’est égo-centré c’est tout à fait vrai dans mon cas. Et, croyez-moi, j’ai l’égo bien charpenté (vous aviez remarqué ?).

Dernière idée reçue n°3 : le blogueur vit dans le regard de l’autre.
Faux. Ici je vais peut-être choquer beaucoup de monde et mes propos n’engageront donc que moi. Je n’ai pas besoin de votre regard, ni de reconnaissance, ni qu’on me flatte l’échine comme une brave bête. Bien sûr j’apprécie un compliment à sa juste valeur et je grince des dents aux remarques négatives. Votre regard m’importe, ce que vous pensez et exprimez aussi. Vos commentaires me sont précieux. Que vous ayez apprécié ou pas mon billet d’ailleurs. Mais je n’en ai pas besoin au sens strict du terme. Au début du blog j’avais peu de commentaires, de réactions. Cela ne m’a pas empêchée de continuer à bloguer. Je n’ai pas besoin de « merci », de reconnaissance ou de félicitations pour faire tourner la machinerie du RSFBlog. Mon moteur n’est pas là. Mon moteur c’est mon ego, mon nombril. Je suis auto-suffisante (et dans la vie de tous les jours, si j’ai de quoi manger, boire, lire  et un accès à internet, je peux vivre en ermite – et avec un peu « d’entraînement » je suis sûre que je pourrais me passer d’internet si j’avais « mes » livres). Je suis sociable, sympa et souriante, j’aime rencontrer des gens mais je peux vivre seule car je suis au départ une bestiole asociale (demandez à Mr Lhisbei).
Corollaire : je blogue comme j’en ai envie. Et je dis ce que je pense. Même si j’y mets les formes parce que je ne suis pas là pour casser les auteurs, les éditeurs ou les bouquins même quand des baffes se perdent. J’ai une ligne directrice quand j’écris à propos d’un livre. L’auteur a travaillé. Je respecte le travail même si le résultat n’est pas à la hauteur. Un éditeur a choisi, décidé de publier le roman. Il avait donc de bonnes raisons pour le faire. Reste à voir si, ces bonnes raisons, je les trouve et si je les partage. Quant au bouquin, je garde à l’esprit que mes goûts ne sont pas universels, que je peux avoir mauvais goût et que ce qui me plaît (ou déplaît) peut déplaire (ou plaire) à d’autres. Moralité, s’il ne faut pas compter sur moi pour être faux-cul ou pour servir la soupe, il ne faut pas non plus espérer une chronique violente ou cassante. J’essaie d’être honnête dans la retranscription de mon ressenti. J’essaie d’être juste et mesurée. Par respect de tous les êtres humains qui ont participé à la conception du livre que j’ai lu, par respect des autres lecteurs ou potentiels lecteurs du livre, par respect des visiteurs du RSFBlog mais surtout par fidélité envers moi (toujours ce maudit nombril).

Dernier point qu’il convient de préciser et qu’il faut parfois rappeler aux blogueurs eux-mêmes (je vais me faire des ennemis je le sens). Bloguer ce n’est pas sérieux. Sans rire. Quel scoop ! Bloguer c’est disperser des mots inutiles aux quatre vents. C’est comme monter sur une caisse en plein centre de Londres et déclamer des vers de Shakespeare ou aborder un inconnu dans la rue et lui balancer « Tiens tu devrais lire ce roman. Il est génial ! » C’est vain. Cela n’a aucun sens (et c’est bien pour cela que ça m’est indispensable). Et tous les blogueurs qui se prennent au sérieux, ceux qui font la course à l’échalote (sur les SP, sur la notoriété, sur la reconnaissance de la qualité de leur blog) ne sont que des fieffés idiots. Fermez votre blog les gars et dans 3 mois on vous aura oublié. Votre pseudo et votre avatar seront peut-être même récupérés par quelqu’un d’autre sans que cela ne choque personne. Bloguer n’est pas une activité sérieuse. C’est un loisir, une activité récréative, que j’adore pratiquer, qui m’apporte de la joie, des rencontres et du plaisir. Du plaisir, j’insiste sur ce mot. Certains vont faire un footing pour avoir leur dose d’endorphine, d’autres vont fumer une clope, moi je n’aime pas courir et j’ai arrêté la clope alors je prends mon plaisir ailleurs (le blog, le vin, la bière, les pâtes au saumon et … le reste est censuré – et pas forcément dans cet ordre). C’est pour cela que le ton du RSFblog est volontairement léger. C’est pour cela que je déteste écrire des billets sérieux, sur les SP, sur ce qu’est un blog… J’ai l’impression de pontifier (et d’être une vieille peau – croyez-moi les femmes détestent se sentir vieilles même et surtout quand elles le sont). En plus, ce genre de billet est assez long à rédiger. Et pendant que je le rédige je ne lis pas, je ne chronique pas un bouquin, je ne vais pas au cinéma, bref je ne m’adonne pas à mes loisirs préférés. Le blog est un moyen de s’amuser. Et écrire des Grandes Questions du lundi comme celle d’aujourd’hui est tout sauf amusant.

Voila c’est tout pour aujourd’hui (et c’est bien suffisant). D’ailleurs je crois que ce sera tout pour un petit bout de temps. Le jour où j’écris une thèse ou un essai sur les blogs littéraires, ne vous inquiétez pas, je vous préviendrai. Et si vous souhaitez une réponse courte et que vous avez lu ce billet en diagonale (vous avez bien fait parce que sa longueur le rend illisible) je rappelle que la seule réponse valable est 42…(la réponse FUCK THE WORLD est aussi acceptée).

And now ladies and gentlemen, let’s have fun !

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