42 – La Grande Question du Lundi (11)

Il y avait longtemps ! Quelle Grande Question du Lundi allons-nous poser aujourd’hui ? Et bien aujourd’hui nous n’allons pas poser de question mais causer deux minutes de ceux qui ont les réponses, de ceux qui savent.

Le peuple des ceux qui savent est infiltré partout. Au boulot devant la machine à jus, à la caisse du supermarché, à la sortie de la messe, accrochés aux comptoirs des cafés, glosant dans les pages du dernier Voici, ils sont partout. Pire que les envahisseurs. La blogosphère, les forums, les maisons d’éditions en hébergent – sans même parfois le savoir. Le fandom (truc protéïforme composé de fans de SFFF plus ou moins sains d’esprits et dont je fais partie catégorie poids léger) en est littéralement blindé. Mais qui sont-ils ceux qui savent ?

* Ceux qui savent ce qu’est la SFFF. Bien malins ceux-là, ils parviennent à circonscrire le genre, à le modéliser, à découper menu puis à le ranger, classifier à l’aide d’étiquettes ; ils sont les rois du « punk », du « trans » et peuvent passer des heures à troller à droite à gauche pour que leur vision du genre soit reconnue et acceptée comme ce qu’ils pensent qu’elle est : la vérité absolue.

Ceux qui savent ce que doit être tel ou tel genre. Et donc accessoirement ce que les auteurs doivent écrire. Et comment l’écrire aussi tiens. Tant qu’à faire…

Ceux qui savent que la SF est morte et pourquoi. Si, si, si. Ils savent. Point. Ils ont connu l’âge d’or des publications qui se vendaient à 30 000 exemplaires (ou pas). Ils l’ont vu changer, muter, péricliter (ou pas). Donc ils savent (mais de toute façon ils savent). Ils ont regardé avec horreur la fantasy prendre d’assaut les rayons des librairies spécialisées et s’étranglent tous les samedis au supermarché en voyant la Bit Lit envahir le peu de rayonnage consacré à la lecture.

Ceux qui savent que la SF est morte et pourquoi. Si, si, si. Ils savent, eux. Pas comme ceux du dessus, hein, qui eux se gourrent sur toute la ligne. Ceux qui savent vraiment, pensent, théorisent et glosent. Et annoncent, à grand renfort de buzz sur les réseaux sociaux, qu’ils connaissent le remède qui peut sauver, oui, sauver la SF… D’ailleurs ils vont le faire. Ils vont sauver la SF. Si, si, si. Vous allez voir ce que vous allez voir.

Ceux qui savent comment sauver la SF (Hey ! mais je croyais qu’elle était morte ?). Eux savent vraiment ce qui peut sauver la SF. Sans zombies, sans vampires, sans vaisseaux spatiaux et sans Bernard Werber. A coup d’équations à n variables. En valeurs relativistes s’entend. Vous allez voir, ça va marcher.

Ceux qui savent ce qu’est la littérature. Avec un grand L. Le reste ? Quoi le reste ? Le reste n’existe pas. Le reste ne devrait pas exister. Le reste ne vaut pas la peine d’exister. Le reste n’atteint même pas la valeur du papier et de l’encre utilisés pour le publier.

Ceux qui savent ce qu’est la bonne littérature. La Littérature il n’en existe qu’une de toute façon : la bonne, bien entendu. Voir le point précédent.

Ceux qui savent ce que vous devez – et accessoirement ce que le monde entier doit – lire. Vous avez deviné ? Si non, reprenez au point précédent.

Ceux qui savent ce que vous devez – et accessoirement ce que le monde entier doit – en penser. De toute façon si vous ne lisez que de la Bonne Littérature vous ne pouvez qu’en penser du bien… Facile non ? La vie est tellement simple : il suffit d’écouter ceux qui savent.

Ceux qui savent comment vous devez – et accessoirement la blogosphère doit – bloguer. Sans dire du mal d’un livre (si c’est pour dire du mal, autant se taire non ? Sinon c’est que vous n’aimez pas la SF et que vous voulez sa mort ! Assassin ! Meurtrier ! Spèce de co….).

Ce billet d’humeur contient une dose certaine de mauvaise foi et au moins un gène de troll. Mais ça tu l’avais deviné, cher visiteur.

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