42 – La Grande Question du Lundi (19) – « Je ne vous dois rien » 17


42Ma dernière Grande Question du Lundi date du 08/08/2014 et concernait la SF vue par la presse (officielle, institutionnelle). Il faut croire que, depuis, cette date, qu’aucun sujet ne m’a fait bondir d’indignation ou bouillir intérieurement. C’est faux. La raison pour laquelle il n’y a pas eu de Grande Question du Lundi tient plus à ma faculté à « laisser pisser le mouton dans le violon », de sortir les cacahuètes et la bière pour lire les dramas de la blogo. Et puis, quand on vieillit, le temps devient précieux et il s’agit d’écouter Gandalf : Tout ce que vous avez à décider, c’est quoi faire du temps qui vous est imparti.

Ceci posé, ces derniers temps, le « reste du monde », me court sur le haricot. Je vois fleurir des billets, des posts FB militants d’auteurs, d’éditeurs et de lecteurs qui, encore une fois, réouvrent le débat sur la critique (et les critiques), le respect, les blogs (les blogueurs : ce qu’ils doivent faire, comment ils doivent écrire leurs billets etc). Bref. Je blogue depuis pfff (11 ans / 12 ans ?) et j’ai l’impression tenace qu’on tourne en rond. Et là, la répétition, à intervalles très courts , de doléances d’auteurs et d’éditeurs, me « saoule » et me « gave grave ». Alors il est temps de réaffirmer quelques principes de base. La répétition fixe la notion dit-on. Je n’y crois plus, mais j’essaye quand même. Et accrochez-vous, parce que ce billet est très long.

Sur ce blog, je ne vous dois rien. Peu importe qui vous êtes. Peu importe ce que vous êtes.

La seule personne à qui je dois quelque chose ici, c’est moi.

Je blogue pour moi. Pas pour vous. Pas pour toi qui me lit en ce moment. Cela fait peut-être de moi un monstre d’égoïsme pour toi, mais tant pis. Je suis chez moi. J’ouvre la porte et entre qui veut. Ensuite si ce que tu vois ne te plait pas, tu n’es pas content, libre à toi de prendre la porte, je ne te retiens pas.

Je ne te dois rien.

Tu es auteur ? Je ne te dois rien. Je ne suis pas obligée de lire ton livre, d’accepter un SP, de le chroniquer, de répercuter cette chronique sur tous les sites possédant des commentaires en ligne, d’en faire la promotion auprès de ma mère, de mon neveu et de la boulangère, d’en dire du bien, de ménager ton égo d’auteur. Tu as écrit un bouquin. Tu as trouvé un éditeur. Il est publié. Libre au lecteur de le lire ou pas. De l’aimer ou pas. De le chroniquer ou pas. En bien ou pas. Ce n’est pas toi qui décide. J’ai ma propre charte éthique. Elle peut se résumer à ceci « Soit honnête avec toi-même ». Je suis honnête avec moi-même pour reconnaître que ma PAL ne me permet pas de lire et de chroniquer des SP dans un laps de temps raisonnable ce qui me conduit à refuser les propositions. Je suis honnête avec moi-même quand je chronique un livre : je parle du livre avant de donner mon avis et de dire en quoi et pourquoi ce livre a fonctionné ou pas avec moi. Et je suis honnête avec moi quand j’accepte le fait que je ne chroniquerai pas toutes mes lectures par manque de temps et parfois d’envie.

Tu es éditeur ? Je ne te dois rien. Je ne suis pas obligée d’acheter ton livre, même par militantisme, même si la survie de ta maison d’édition est en jeu. Je ne suis pas obligée d’accepter ton SP. Je ne suis pas obligée de le chroniquer, et ce même si j’ai accepté ton SP. Je ne suis pas obligée de le chroniquer rapidement. Et je ne suis pas obligée de le chroniquer « gentiment ». Je ne suis pas là pour te faire de la pub, même si tu considères que les blogs participent à la promotion d’un bouquin. Si tu veux une chronique dans un temps bien précis alors on signe un contrat et tu me fais un chèque. Je serai ravie d’arrondir mes fins de mois avec un travail d’appoint. En attendant, la charte éthique évoquée plus haut s’applique. Je ne suis pas là pour t’aider à faire vivre ta maison d’édition et je ne porte pas la responsabilité de tes mauvaises ventes. Je n’ai pas non plus à militer pour la survie des petites maisons d’édition. Et rien ne m’oblige – pas même mes origines franco-belges- à acheter un livre de SFFFH francophone le 1er septembre.

Tu es libraire indépendant ? Je ne te dois rien. J’achète mes livres (ou pas, si je reçois du SP) où je veux, quand je veux, sur le support que je veux. Je ne te dois rien. En matière d’achat, j’ai ma propre charte éthique. J’achète les livres « papier » en librairie indépendante ou sur les salons et festivals en priorité. J’achète le numérique où je le trouve (7swich, emaginaire). La librairie est en péril à cause d’Amazon ? OK. Je n’achète pas sur Amazon, et pourtant Amazon, à 10km de chez moi, fait travailler dans son entrepôt 1 200 (dont 700 CDI) en période creuse à 2 500 salariés (d’octobre à décembre). Sur un bassin d’emploi à 13,4% de taux de chômage, tu comprendras que si j’achète chez toi, ce n’est pas pour céder au chantage économique et assurer la pérennité de ton emploi ou de ton entreprise (et pas la peine de me sortir les études comparatives sur l’emploi créé par les deux filières, je les ai lues. Si tu veux installer une petite centaine de librairies sur mon bassin pour résorber le chômage, n’hésite surtout pas). Si je me déplace et que j’achète chez toi, libraire, c’est parce que tu m’accueilles, parce qu’on peut discuter, même si ce n’est pas longtemps, parce que tu fais venir des auteurs et parce que tu es un être humain sympa. Bref, quand je viens acheter chez toi, je viens en souriant et en anticipant un moment convivial (même s’il est très court). Et sur ce coup là, j’ai de la chance, les libraires spécialisés SFFF que je fréquente sont des pros de la convivialité.

Tu es lecteur / blogueur ? Je ne te dois rien. Je ne te dois pas de répondre à tes mails de demande d’information sur un bouquin (google fait ça mieux que moi), Je ne te dois pas d’aimer un bouquin que tu as aimé, d’être d’accord avec toi. Aimer certains titres de SF un peu pointus ne fait pas de moi un connard élitiste (quoique, si). Je ne te dois pas faire un lien vers ton billet (même si ma charte éthique le prévoit afin que tu puisses comparer des avis différents et éclairer ton choix). je ne te dois pas commenter chez toi. J’aimerais bien commenter plus souvent les blogs que je suis. Mais je réponds déjà parfois avec 15 jours ou trois semaines de retard aux commentaires postés sur mon propre blog, alors il est illusoire d’imaginer que je puisse régulièrement faire le tour des popotes. Parfois Facebook m’aide à compenser, mais la plupart du temps G2Reader me rappelle que j’ai plus de 150 billets en attente de lecture. Là aussi retour à ma charte éthique. Je suis honnête avec moi et avec vous. Je fais ce que je peux dans le temps dont je dispose.

Si toute cette prose t’a gavé et que tu décides d’en venir à la conclusion, ne retiens qu’une chose : ne me demande rien d’autre que d’être honnête avec moi-même, car tu n’obtiendra rien de plus, que tu soit auteur, éditeur, lecteur, blogueur. Je ne te dois rien, alors garde tes exigences pour toi ou passe ton chemin.


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