42 – La Grande Question du Lundi (8)

En ce moment tout le monde râle. Les auteurs râlent sur les éditeurs, sur les libraires, sur les droits d’auteurs (notamment – et ils ont bien raison – en ce qui concerne les droits sur le « numérique »). Les éditeurs râlent contre les blogueurs, les auteurs, les distributeurs, les libraires indépendants ou pas, sur les sites de vente en ligne, les lecteurs. Les lecteurs râlent sur les éditeurs, les auteurs, les libraires etc. Et tout le monde râle de concert contre le passage de la TVA de 5,5% à 7% sur le livre papier (et moins, mais ça va arriver, sur le passage de cette même TVA de 19,% à 7% sur le livre numérique). Je ne sais pas si c’est la dépression saisonnière, l’approche de Noël ou la crise qui génère cette morosité ambiante mais, plutôt que de râler comme tout le monde (je vois Mr Lhisbei plié de rire derrière son écran après avoir lu cette phrase), plutôt que de râler, donc, je préfère m’interroger sur mes attentes. Quand elles seront clairement définies, j’aurais, au moins, une bonne raison de râler.

Pour cette nouvelle édition de la Grande Question du Lundi, nous allons donc parler édition et plus précisément de ce que, moi, lectrice chiante, j’attends d’un éditeur de SFFF. D’un VRAI éditeur s’entend (enfin, « vrai » selon MON échelle de valeur).

J’attends d’un éditeur publie des livres qu’il aime et qu’il choisit. Qu’il puisse défendre. Le 78ème tome de la franchise Bidule publiée par Louis le Truc pour qu’il puisse payer sa piscine chauffée ne m’intéresse pas. La novelisation du dernier blockbuster à la mode non plus. Que l’éditeur ait besoin de croûter soit ; libre à lui de le publier, libre à moi de ne pas l’acheter. Par contre quand un éditeur présente un nouvel auteur ou le dernier ouvrage d’un auteur confirmé avec d’autres arguments que des arguments commerciaux, je tends l’oreille. Même si cet ouvrage est à classer dans les catégories « ça ne m’intéresse pas a priori « . Je tends l’oreille quand on parle du dernier Baxter même si je ne lis jamais de hard SF par manque de culture scientifique. Et puis j’apprécie aussi la franchise des éditeurs : qu’un éditeur publie la novelisation du dernier blockbuster en assurant que c’est LE roman de l’année et en prenant ses lecteurs pour des poires m’horripile (en plus je n’aime pas les poires). Sa crédibilité en prend un coup et je suis d’autant plus méfiante et d’autant moins réceptive à ses arguments par la suite. Je ne suis pas qu’une carte bleue ambulante. Par contre s’il annonce qu’il publie cette novelisation parce qu’il y a un public pour l’acheter, qu’il convient du fait qu’il s’agit d’une novelisation avec les limites de l’exercice (contraintes de l’univers et des films, etc) et qu’il pense aussi à renflouer ses caisses pour pouvoir publier d’autres auteurs ou livres moins bankables, et bien, dans ce cas, l’éditeur reste crédible à mes yeux. Crédible et professionnel. Et quand il m’annoncera publier LE roman de l’année, je serai au moins curieuse de feuilleter l’ouvrage parce que sur ce coup là, il y a de grandes chances que l’éditeur soit sincère. Il n’y a pas de mauvaises raisons pour publier un livre. Par contre il y a bien des mauvaises façons de le vendre.

Corollaire j’attends d’un éditeur qu’il accompagne les livres qu’il publie. En en faisant la promotion. Il n’est pas obligé d’étaler cette promotion en 4×3 sur tous les panneaux publicitaires de France et de Navarre mais qu’il indique, sur un site, une page FB, twitter, google, un réseau social, un forum spécialisé ou autre quelque chose du style : « voilà tel bouquin de Machin sort ce mois-ci. C’est une histoire de ceci et un peu cela et encore bien d’autres choses… ». Et qu’il n’hésite pas à signaler les points de rencontre avec l’auteur si ce dernier entame une tournée des librairies et festivals. Et si en plus il recense les articles, avis et commentaires sur le bouquin, c’est la cerise sur le gâteau. Si un livre sort dans l’indifférence générale il ne faut pas s’étonner qu’il ne se vende pas. Je fais comment moi, lectrice, pour acheter des livres si je ne sais pas qu’ils existent ? Le libraire-conseil est à 40 bornes de chez moi (comptez une heure et quart de trajet avec les bouchons) et je n’y vais pas tous les jours… (de toute façon le temps de sortir du boulot, de sauter dans la voiture et de faire la route, il baisse le rideau quand j’arrive devant sa porte…). Ma première source d’info c’est le net et ce n’est pas près de changer. Attention cependant, quand je parle du net j’exclus les gros sites marchands en ligne car leurs conseils n’en sont pas : ils ne me proposent souvent que les meilleures ventes ou des bouquins que j’ai déjà mais que, pas de bol, je n’ai pas acheté chez eux…

Mais surtout, ce que j’attends d’un éditeur c’est qu’il fasse de l’editing. Pardonnez-moi le fait d’utiliser un anglicisme mais cet anglicisme recouvre au mieux la notion que je veux exprimer. Wikipedions ensemble. L’editing c’est quoi ? « Editing is the process of selecting and preparing written, visual, audible, and film media used to convey information through the processes of correction, condensation, organization, and other modifications performed with an intention of producing a correct, consistent, accurate, and complete work. The editing process often begins with the author’s idea for the work itself, continuing as a collaboration between the author and the editor as the work is created. As such, editing is a practice that includes creative skills, human relations, and a precise set of methods. » Ce que j’attends de l’éditeur c’est qu’il travaille avec l’auteur sur son manuscrit dans le but de rendre celui-ci le meilleur possible. Qu’il taille le diamant brut qu’est le manuscrit (ou tapuscrit) qu’il a choisi de publier (et si c’est un auteur étranger avec lequel il ne peut pas retravailler le texte, j’attends de l’éditeur qu’il lui trouve un bon traducteur au moins). Et qu’enfin il lui donne un écrin à sa mesure en choisissant l’illustrateur, travaillant la maquette et en accompagnant si besoin l’oeuvre d’une postface ou d’une préface ou de documents enrichissant l’oeuvre. Certains manuscrits auront besoin d’un travail léger, d’autres d’un travail plus approfondi. Je suis persuadée que l’éditeur est indispensable à l’auteur sur ce point précis. Quelques auteurs ont suffisamment de recul sur leur travail pour pouvoir se passer d’un éditeur mais la plupart ont besoin d’un regard extérieur sur leur roman ou leur nouvelle. C’est aussi pour cela que j’ai beaucoup de mal à lire des romans auto-publiés. Qu’un auteur qui a récupéré les droits de son roman décide de le remettre sur le marché (via le numérique ou l’impression à la demande par exemple) ne me pose pas de problème particulier. Je ne ferai pas de différence de traitement avec un livre du circuit traditionnel. Et si le résumé et les quelques premières pages m’accrochent, je le lirai. Mais qu’un auteur jamais publié mette son premier roman sur le marché via le même procédé sans ce travail d’editing au préalable me fait fuir. Cela vaut aussi pour un auteur confirmé dont le dernier manuscrit aurait été refusé partout. Alors, oui, c’est difficile de trouver un éditeur. Mais il y a déjà trop  d’éditeurs qui ne font pas bien ce boulot d’editing pour qu’en plus je prenne le risque de lire un roman qui n’est pas suffisamment travaillé. Mon porte-monnaie n’est pas extensible et l’achat de livres résulte d’un choix : le droit à l’erreur est limité. Et en ce qui concerne les éditeurs, avec l’expérience, on finit par très bien distinguer les éditeurs qui bossent des autres qui se contentent de faire tourner les rotatives et d’encaisser les chèques… Là aussi tout est question de choix.

Pour résumer j’attends d’un éditeur qu’il fasse des choix, qu’il les assume, qu’il soit sincère et qu’il bosse avec les auteurs. C’est déjà beaucoup.

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