Interview : Diana Kennedy (2)

Voici la deuxième partie de l’interview de Diana Kennedy par Bertrand Campeis. La première partie est à lire ici.

Bertrand Campeis : Comment as-tu créé, développé, amendé l’univers dans lequel JFK évolue ?

Diana Kennedy : J’ai bien entendu du faire beaucoup de recherches, surtout pour bien étudier le personnage historique, car je voulais préserver sa personnalité. Celle-ci m’inspire énormément. JFK est une entité qui pourrait jouer n’importe quel rôle dans n’importe quel univers. La question « Tiens, comment JFK réagirait-il dans tel ou telle situation? » est ce qui me passionne. C’est pour cela que j’ai dès le début renoncé à faire des BD historiques ou réalistes avec lui, car je devrais forcément me limiter à re-raconter l’histoire bien connue par tous. Alors que le potentiel est tellement plus grand. Je lui ai donc crée un univers, une seconde vie si tu veux, que j’ai conçu un peu selon ses goûts : Kennedy approuvait une société moderne, avec des structures libérales mais en même temps, il avait un grand goût pour l’esthétique du « bon vieux temps » ; les chapeaux cylindres, les meubles du 18e et 19e siècle. Il prônait la vie au grand air et craignait d’ailleurs que le quotidien de plus en plus confortable du citoyen moderne rendrait ce dernier mou, paresseux et finalement malade. Et bien, dans mon monde, on chauffe encore au bois et on se déplace à cheval. La vie journalière demande des efforts. Il est donc bien servi.

Bertrand Campeis : Peux-tu nous donner plus de détails sur l’univers que tu as créé, nous parler de son histoire, des pays, et des relations entre eux ?

Diana Kennedy : Il a fallu créer un monde totalement nouveau, tout en conservant des éléments du monde réel. Au début, Le pays de JFK s’appelait aussi « Amérique », mais j’ai transformé le nom en « Américanie» et j’ai changé aussi les formes géographiques du continent. Ceci avant tout parce que les lecteurs avaient trop tendance d’assimiler les USA de mon monde avec les USA réels. Mais l’Américanie est vraiment très différente. Elle a un passé différent, une culture différente. Il ya bien entendu, quelques points convergents, comme une guerre civile dans son histoire, mais les différents sont dans la majorité.

L’Américanie est un vaste pays qui existe sur un continent dénommé « Boréalie ». On y trouve une faune extrêmement riche et surtout indemne depuis l’ère glacière. Il y a toujours des mammouths, des Aurochs, des grand Lions du nord, des cerfs géants et autres bêtes sauvages de tout poil. L’Américanie a été peuplée, il y a plus de 10 000 ans par des tribus d’ethnies très différentes, comme les celtes et les ancêtres des indiens. Ces deux groupes ont marqué la culture américanienne.  Des immigrants blancs « classiques » sont venus plus tard, mais à une époque où ces tribus avaient déjà eux-mêmes atteint un niveau de civilisation assez élevé, en tout cas suffisant pour empêcher de se faire écraser, comme ce fut le cas avec les indiens de la réalité. Bien entendu, il y a eu des tentatives d’installer une ségrégation par certains groupuscules, mais le racisme n’a jamais pris en Américanie. Par contre,  le pays a été envahi par les russes au 17e siècle et fut occupé par ces derniers pendant plus de vingt ans. Ceci a beaucoup marqué la société américanienne – qui se trouve actuellement au seuil du 19e siècle, puisque nous sommes à peu près en 1801. Bref, l’Américanie a toute une histoire, un passé très complexe. Il faut inventer beaucoup plus que l’on raconte au lecteur pour le moment, car il faut que le tout tienne debout, qu’il y ait  une logique interne.

Bertrand Campeis : Peux-tu nous parler des religions ainsi que des mœurs et des us et coutumes de ce monde ?

Un aspect très marquant de la société américanienne est sans doute la structure familiale. La polygamie y est assez courante et en même temps, l’homo- ou la bisexualité sont parfaitement acceptées, ce qui fait que la famille américanienne est souvent composée d’un homme, de ses femmes et hommes, auxquels il est marié. JFK lui-même a d’ailleurs cinq femmes et deux maris. Pour un homme de haut rang comme lui, rien d’exceptionnel. De ses femmes, Les lecteurs ont jusqu’à présent fait connaissance que de 4 ; Jacqueline, Norma, Mary et Wenkawitah. : La cinquième, Anastasia Romanova, sera présentée dans un futur ouvrage.
Les structures religieuses sont un autre aspect important. Contrairement à notre monde, les religions monothéistes n’ont jamais atteint un statut global et omniprésent, mais sont restées à l’échelle de cultes parmi tant d’autres. L’Américanie est majoritairement dominée par les divers cultes Paganistes issues des religions natives Indiennes et celtes. A première vue, l’Américanie est donc un pays libéral sans les contraintes connues dans notre monde. Mais cela est un peu trompeur. Car finalement, il s’agit d’une société à structures très conservatrices qui sont restées inchangées depuis des siècles.

Bertrand Campeis : Quels autres personnages historiques côtoient JFK ? A quel point t’es-tu amusée à reproduire les relations que JFK avait, dans notre monde, avec ses homologues ?

Diana Kennedy : Le JFK historique n’aimait pas beaucoup son homologue canadien, Diefenbaker. C’est pareil dans mon monde. Une rivalité sans agression certes, mais sans sympathie aucune non plus. Sinon, en France, nous avons Charles De Gaulle comme Président qui lui aussi éprouve une certaine rivalité compétitive avec JFK, malgré les bonnes relations franco-américaniennes. En Allemagne règne le Kaiser. – Enfin « règne » est un terme exagéré, vu que l’Allemagne est fractionnée en divers états indépendants, parfois à la limite d’un pays en voie de développement, états qui guerroient sans cesse entre eux. La relation la plus difficile est certes celle avec la Dixie-Confédération, pays voisin à l’ouest de l’Américanie qui jadis fit partie de celle-ci jusqu’à la guerre de sécession. La Dixie-Confédération est totalement différente de l’Américanie, L’église chrétienne-calviniste y est dominante et religion d’état. A l’occasion de la prière de Dimanche, le président de Dixie, George Bush, n’oublie jamais de demander l’anéantissement de l’Américanie, considérée, comme la patrie de Satan sur terre. La Dixie-Confédération et l’Américanie sont perpétuellement en état de « presque-guerre ». Les incidents de frontière sont monnaie courante.

L’Afrique est, contrairement à notre monde – le continent le plus riche est le plus avancé.

Bertrand Campeis : Peux-tu nous résumer brièvement chacun des tomes des Aventures de John F. Kennedy ?

Diana Kennedy : Les quatre albums disponibles en français éclairent JFK et son monde sous des angles très différents.

Le Nr. 1  est plutôt humoristique et burlesque, à la limite du réel, avec beaucoup de tournures exagérées.

Le Nr.2  L’empire de l’obscurit » est déjà plus « sérieux » : il traite de l’intolérance religieuse, à la quelle JFK et sa famille doivent faire face. L’album véhicule une attitude critique vis à vis des religions monothéistes, ce qui ne plaira peut-être pas à tout le monde.

Le Nr. 3 Les Chevaux du Narragansett en revanche, est peut-être celui qui critique le plus le monde de JFK et démontre que l’Américanie n’est pas non plus un pays où tout est bon, mieux qu’ailleurs, etc. Il fait aussi certaines allusions à l’histoire réelle, notamment avec la Crise de Cuba, Castro et la CIA.

Le Nr. 4 Le Chant de Sélène est une histoire onirique, irréelle et poétique.

Suite et fin .

 


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