Utopiales 2011 – Anthologie officielle 4


Utopiales 2011

Anthologie officielle du festival Utopiales

ActuSF – 235 pages

« Le Radeau du Titanic » de James Moorow est une uchronie doublée d’une utopie. Lors du naufrage du Titanic, plutôt que de le laisser couler, le capitaine et son équipage fabriquent un radeau improbable. Bilan : seulement 17 morts et une lente dérive qui commence sous la houlette d’un capitaine improvisé, qui tient plus ou moins scrupuleusement un journal de bord. J’adore les uchronies et les utopies mais celle-ci ne m’a pas convainque. Pourquoi ? Eh bien simplement parce que le radeau et la traversée sont bien trop improbables justement : pas de tempête à essuyer, des épaves qui apportent à point nommé des denrées vitales, pas d’épidémie, bref, vous l’avez compris, une utopie un peu trop utopique et qui demande une trop grande suspension d’incrédulité. Par contre, je compte bien revenir à l’œuvre de James Morrow parce que la plume est belle, teintée d’un humour de bon aloi et que les personnages sont, sur un texte court, finement croqués.

« Le Train de la réalité (fragment) » de Roland C. Wagner est un écho à Rêves de Gloire où l’on suit un groupe de rock’n’roll embarqué dans les 60, dans le circuit des concerts underground en territoire Algérois et qui va faire danser la casbah des vautriens tout en résistant au psychodélisme… Porté par un style écrit/parlé, raconté à la première personne par le batteur de ce groupe dont il faut rechercher le nom dans Rêve de Gloire, ça remue, ça décoiffe et ça fait piaffer d’impatience en attendant la sortie du recueil de nouvelles à paraître en février chez l’Atalante. Un extrait pour vous donner une idée :
« Y nous z’ont fait un rappel. Et un aut’. J’y croyais pas et les aut’ non plus. On leur a joué deux fois Blue Suede Shoes et y z’en red’mandaient encore. Après ça, tout l’monde y nous voulait dans l’circuit. Et on a pigé fissa pourquoi. Les aut’ groupes y s’étaient pas bons. La p’upart des gus y savaient même pas jouer, y s’étaient mis ensemble pour faireud’ la musique, mais si qu’on les f’sait passer dans le circuit c’était à caused’ leur putains d’paroles ! Pasqu’y z’étaient engagés, politiqu’ment engagés, et engagés du côté qu’y fallait pour plaire au public du circuit, où y avait quand même, faut l’dire, surtout des beatniks et des gauchistes. »

« L’Invention du hasard » de Norbert Merjagnan nous projette dans un futur où l’échange de corps est possible via une transplantation du cerveau. Lavinia, qui suite à un traumatisme pendant l’enfance, s’est choisi une persona différente accepte la proposition d’un vieux milliardaire d’échanger leurs corps. Si lui court après une fontaine de jouvence, ses motivations à elle sont bien plus complexes. Des deux lequel joue Faust ? Et la fin, étonnante, promet une nouvelle bascule : où s’arrête la réalité et où commence la fiction ?

Dans la courte nouvelle fantastique de Tim Powers, « Lignes parallèles », Caroleen est aux prises avec le fantôme de sa jumelle Beverly qui cherche à revenir d’entre les morts. Paradoxalement c’est l’insistance Beverly qui accélèrera le travail de deuil. Classique dans son thème, ce texte intrigue et met le lecteur suffisamment mal à l’aise pour lui donner envie de découvrir un peu plus les nouvelles fantastique de Tim Powers.

« K**l me, I’m famous ! » d’Éric Holstein a un goût de trop peu. Sur fond de rock, le narrateur assiste à la déchéance de Nick, charismatique leader des Ambassadors, après sa rencontre avec Bella. Vampirisme ? Effets ravageurs de la drogue ? L’ambiguïté ne sera jamais levée.

« Salvador » de Lucius Shepard nous emmène en Amérique du Sud en pleine guerre. On y suit un commando des forces spéciales américaines confronté à l’esprit vengeur de la tribu qu’ils viennent de massacrer. A moins que ce ne soit une hallucination due aux drogues inhalées par les soldats pour chasser la peur et décupler l’ardeur à exterminer son prochain. Une puissance d’évocation à couper le souffle, encore.

« Pragmata » de David Calvo a d’abord été publiée dans Angle mort en février 2011. Ce texte fragmenté, éclaté, sur les affres de la création ne m’a pas séduite, avouons-le. En lisant le début j’ai eu l’impression de voir un épisode de Bref (je précise tout de même, pour ne pas voir d’interprétations malheureuses, que j’aime bien Bref). Néanmoins, si je passe un bon moment avec cette série, elle ne laisse pas beaucoup de traces. C’est un peu ce qui m’est arrivé avec cette nouvelle de David Calvo. Elle ne m’a pas marqué plus que ça.

Comme l’année dernière, ActuSF nous offre une anthologie d’une excellente tenue. A lire sans modération. Dois-je ajouter que j’adore la couverture, reproduction de l’illustration de l’affiche du festival 2011 des Utopiales signée Greg Broadmore ?

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4 commentaires sur “Utopiales 2011 – Anthologie officielle