Utopiales 2010 – Anthologie officielle

Utopiales 2010

Anthologie officielle du festival Utopiales

ActuSF – 222 pages

Utopiales 2010 contient huit nouvelles sur le thème de la frontière physique ou métaphorique, préfacée par Pierre Bordage (je reviendrai sur cette préface, presque un manifeste pour l’abolissement des frontières – comprenez « étiquettes » – en SF). Au sommaire nous trouvons quatre auteurs Anglo-saxons, un Suisse, un Espagnol et deux Français (un homme et une femme, nous avons la parité pour nous). La quatrième de couverture ne vous donnera pas les mêmes chiffres mais, coquille ou volonté de l’éditeur (voire même de l’auteur), pour ce que j’en sais, Thomas Day est un auteur français, même si le pseudonyme est à consonance anglo-saxonne (ou alors Justine Niogret aurait changé de nationalité ?). Puisqu’on parle de l’éditeur, j’aimerai bien lui dire que sa police en italique fait un tantinet mal aux yeux (ce qui rend, par ricochet, la lecture de la nouvelle de Thomas Day un tantinet pénible). Et j’aimerai bien aussi connaître la « phrase mythique d’ouverture » de L’Anneau Monde de Larry Niven qu’évoque l’anthologiste dans sa présentation de l’auteur. Parce qu’après les deux-points d’usage il y a un blanc. Peut-être L’Anneau Monde s’ouvre-t-il sur un blanc (ce qui serait d’une originalité folle, convenons-en). Après tout c’est de ma faute, je n’ai qu’à avoir un exemplaire de ce roman dans ma bibliothèque. Quelle inculte je fais. D’ailleurs, en bonne inculte, que je suis, j’avoue tout de suite que des huit auteurs présents au sommaire j’en découvre six. Je n’ai lu que les français Justine Niogret et Thomas Day. Inculte je vous dis. Et après ça veut causer SF…

Passons aux nouvelles parce que c’est tout de même ce qui importe. Le recueil s’ouvre sur un texte magnifique, Miroirs du ciel de Vincent Gessler. Un texte au rythme presque indolent, où, pour une fois, la passivité du personnage principal, se justifie pleinement. Sur une colonie, humains colonisateurs et autochtones (humains aussi) peinent à vivre ensemble. Solide, optimiste malgré les difficultés, ce texte porte la possibilité d’un espoir. Et il est fichtrement bien écrit.

Il m’a fallu du temps pour entrer dans la nouvelle de Peter Watts. La Chose ne donne pas envie de la côtoyer de près et son idée de l’évolution est en totale contradiction avec notre condition humaine. Parfois, franchir les frontières, se révèle tout bonnement impossible. Et pour quelqu’un qui n’a pas vu le film de Carpenter, sa dimension hommage présente un caractère anecdotique.

La Fête de la comète de Juan Miguel Aguilera ne m’a pas marquée plus que ça si ce n’est par la beauté de la scène du combat à l’épée (la lecture au premier degré donc). La lecture au second degré (les enjeux de ce combat) sont finalement très classiques. Malgré la touche uchronique elle ne m’a pas totalement convaincue même si la plume de l’auteur me souffle de revenir à son oeuvre.

Reviens, Carol ! de Larry Niven reprend une thématique classique, la téléportation, mais la traite d’une manière qui se veut d’abord légère et insouciante pour mieux monter, peu-à-peu, en intensité dramatique. Et pour une fois les lois de la physique quantique, au coeur de l’enjeu, ne m’ont pas perturbée plus que ça. La lecture de cette nouvelle m’a procuré les mêmes sensations (des bonnes donc) que celles ressenties à la lecture de Maître de l’espace et du temps de Rudy Rucker. De quoi regretter un peu plus de ne pas avoir L’Anneau Monde dans ma bibliothèque.

Difficile aussi d’entrer dans la nouvelle de Ian McDonald, Le Vieux cosmonaute et l’ouvrier du bâtiment rêvent de Mars. Le début m’a plongé dans la confusion, ne m’a pas permis de prendre des repères et d’agencer les « voix » de manière cohérente. Quand l’histoire a pris du sens elle m’a totalement emportée vers un rêve de Mars mais il m’a fallu arriver à la moitié du texte pour en arriver là. Je ne suis donc pas encore prête à lire les autres textes de Ian McDonald.

La Ville féminicide de Thomas Day commence par une logorrhée verbale très vulgaire, justifiée par le personnage – personnage infect au demeurant, mais tous les personnages sont infects dans cette nouvelle très sombre – mais qui m’a hérissé le poil par sa violence. D’accord, c’est voulu. D’accord, c’est assumé. D’accord, ça ne pouvait pas être écrit autrement. D’accord ça sert le propos. D’accord la violence qui règne à Juarez et les meurtres des centaines (voire des milliers) de femmes innocentes mérite un traitement choc. La nouvelle prend au tripes et donne envie de vomir. Après le texte de Mcdonald le contraste est saissisant et destabilisant. Objectif atteint et dépassé pour ce texte.
(Et dire que j’ai visité cette ville… et dire que, oui, en pleine journée j’étais bien contente de rester dans le sentier balisé des touristes, et dêtre accompagné de 2 mecs même si les touristes ne risquent pas grand-chose… et dire que, oui, j’entends encore la détonation qui a retenti quelque part dans les rues – et en pleine journée – alors que nous étions tranquillement en train de siroter un coca « with no ice » dans un bar).

Le Chasseur de jaguar de Lucius Shepard brode classiquement sur une thématique classique : la fin d’une culture indienne d’Amérique du Sud, la magie ancienne qui disparaît au profit de celle des dollars… La nouvelle a un côté prévisible (encore que le doute persiste jusqu’aux dernières lignes) mais l’auteur sait y faire (on appelera ça, si l’on veut, avoir du talent et du métier). Le texte donne envie de se pencher plus en détail sur le reste de la bibliographie de l’auteur.

Les Rivages extrêmes de la mer intérieure de Justine Niogret prouve que cette jeune auteur, au sens propre (elle a quoi ? 30 ans ?) comme au figuré – un seul roman publié, Chien du Heaume, (deux fois primé tout de même) au moment de la parution de l’anthologie – a du talent, une plume et une voix originale et spécifique. Le texte peine à convaincre sur le fond (et la fin trop ouverte ne satisfait pas pleinement) mais emporte l’adhésion (sans restriction) sur la forme.

Au final cette anthologie est une réussite. Il n’y a pas d’autre mot.

Et parce que la nouvelle de Ian McDonald nous parle de Mars, celle de Vincent Gessler nous emmène sur une exo-planète et que celle de Justine Niogret est pour moi du post-apo, j’appose solennellement une guirlande de logos :

            

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