42 – La Grande Question du Lundi (13)

Avoir (ou pas) la dent dure.

Pour cette nouvelle édition de la Grande Question du Lundi (décalée à mardi pour cause de billet sur les parutions hier), j’aimerai partager avec vous quelques réflexions philosophiques (philo de comptoir comme il se doit pour un blog) sur la manière de bloguer. On m’a gentiment (et parfois moins gentiment) reproché plusieurs choses : je ne chronique pas assez, je remplis mon blog de vide (si, si, l’air qu’on brasse prend de la place et du temps : 1486 billets et 10 894 commentaires hier à 22:03 pour être précis) ou de trucs inutiles, je suis trop gentille, trop consensuelle dans mes chroniques et, enfin, je lis des bouses ou mieux je perds mon temps à lire des trucs nuls (et j’ai, en outre, le mauvais goût d’en aimer quelques unes). Bref j’ai le « blogging » mou.

A ça je pourrais répondre OSEF (on s’en fout) et FTW (fuck the world), c’est MON blog, et je fais ce que JE veux sur MON blog. Et si t’es pas content, [insérer une phrase bien célèbre d’un ex président à la dent droite dure]. Sauf que ça n’irait pas très loin et que, tout de même, je passe suffisamment de temps sur ce blog pour dire qu’il me tient à coeur et qu’une réponse aussi basique et agressive (car, oui, elle est agressive) ne lui correspond pas (et par ricochet, ne me correspond pas non plus, je préfère la pédagogie au coup de boule, même si parfois le coup de boule se révèle nécessaire). Et vous, pauvres visiteurs échoués sur ce billet, ne méritez pas quand même pas ça.

Aux critiques sur le nombre de billets portant sur les livres (pour un blog littéraire, tu ne chroniques pas assez !) et sur le remplissage par le néant, je voudrais juste opposer un fait : la ligne « éditoriale » de ce blog. Ce n’est pas un blog littéraire. Ce n’est pas qu‘un blog littéraire, plutôt. Regardez bien, c’est écrit dans le bandeau : nouvelles de la galaxie, des littératures de l’imaginaire, critiques livres, critiques ciné. Ce blog n’a donc pas vocation à ne parler que de livres. Il parle de SF, de fantasy, de fantastique, d’espace et de rêve. Et le livre n’est qu’un moyen; le ciné aussi. Ce blog parle donc de SFFF et de ses manifestations. Et il va continuer à le faire, de la même façon pendant encore quelques années (jusqu’à ce que j’en ai ras la casquette).

Aux critiques sur le fond des chroniques/critiques, on pourrait ouvrir un débat sur « qu’est-ce qu’être critique ? », « comment être un bon critique ? » etc. Ce n’est pas le but (ce débat est de toute manière condamné à tourner en rond). Je vais me contenter de vous exposer mon intention et ma façon de faire. Pour qu’on soit au clair sur ce que vous êtes en droit d’attendre de mes billets quand vous venez chez moi, sur le RSFBlog.

Quand je rédige un billet sur un livre et sur un film je veux que les visiteurs du RSFBlog qui n’ont pas lu le livre ou vu le film puissent se dire « ce film est probablement pour moi » ou l’inverse. Ce qui veut dire que je dois donner des points de repères factuels, objectifs et neutres (dépourvus de jugement de valeur) avant même de donner mon avis. Et, quand je donne mon avis (qui n’est QUE mon avis à savoir un avis subjectif et partial), je garde à l’esprit que cet avis s’inscrit dans un cadre de référence (je lis de la SF, de la fantasy et du fantastique depuis un certain temps et un temps certain), dans un contexte de lecture (à chaud, à froid) et qu’il n’est que le reflet de mes goûts (et je ne goûte pas la romance paranormale par exemple). Par corollaire, je ne peux pas dire « ce roman de vampires est nul ». Parce que s’il est nul pour une vieille rombière de 36 balais qui a déjà lu 25 romans de vampires traités plus ou moins de la même façon, il peut être très bien (et super original) pour un/une néophyte en vampires (ex ma mère qui n’en lit jamais et n’en lira probablement jamais). Oh bien sûr certains éléments objectifs et factuels (structure, grammaire/orthographe, rythme, profondeur des personnages etc) peuvent me permettre de dire que ce roman est raté ou que l’éditeur n’a pas fait son job correctement mais, pour autant, je ne vais pas le condamner. Parce que je garde à l’esprit que, plus jeune (dans le sens « moins aguerrie sur les territoires de la SFFF »), j’ai pris beaucoup de plaisir à lire des romans que je qualifierais à présent de raté si je les relisais : romans mal traduits ou bourrés de coquilles, mal fichus, avec des décors en carton pâte et des personnages sans vie etc. Un exemple tout bête : j’ai essayé de relire Pern dans ma vieille édition Pocket et les coquilles m’ont sauté aux yeux. Les traductions ne sont pas harmonisées et le vocabulaire change d’un bouquin à un autre. Sur le fond je suis sûre que, sur la totalité du cycle, certains romans pourraient être qualifiés de « mineurs » voire de « dispensables » (hypothèse spéculative : je reste persuadée que Pern c’est bon du début à la fin du cycle… ne cherchez pas, je ne brûlerai pas mes idoles). Si je relisais maintenant Pern, je trouverais probablement que certains bouquins sont ratés (nous sommes toujours dans la spéculation, Anne McCaffrey est, dans mon panthéon polythéiste personnel, la plus importante des déesses). Pour autant, il y a 15 ans, Pern m’a donné des ailes. Je me suis enquillée la lecture de la totalité du cycle sans jamais être déçue. Si je condamnais Pern maintenant, du haut de ma suffisance de vieille rombière, je condamnerais aussi la jeune lectrice enthousiaste qui voyait des mondes entiers prendre vie devant ses yeux et je fermerais la porte de ces mondes à d’autres (jeunes ou moins jeunes) lecteurs. Je renierais mon passé. Je me renierais moi.

Tout le monde a un parcours de lecteur. Tout le monde a le droit d’avoir un parcours biscornu, atypique, différent et personne n’a le droit de juger de ce parcours. Mon intention quand je parle d’un livre n’est pas d’en prescrire, d’en recommander ou pas la lecture (je ne suis pas et ne serai donc jamais un prescripteur sauf avec mes COUPS DE COEUR parce que le coeur a ses raisons que la raison …). Mon intention est de faire le passeur, de permettre la rencontre, d’entrouvrir des portes. A chacun de voir si cette porte doit être franchie. La lecture est une des expériences les plus personnelles qui soit. Je ne m’arrogerai jamais le droit de polluer d’un jugement de valeur l’expérience de lecture des autres. Et je n’accorde à personne ce droit en ce qui concerne mes propres expériences de lecture. Et tant pis si ça me fait bloguer mou.

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