42 – La Grande Question du Lundi (17)

La dernière Grande Question du Lundi date de mars 2013. Elle revient aujourd’hui pour accueillir un billet d’humeur.

Si vous êtes critique/blogueur/chroniqueur/lecteur-qui-donne-son-avis-accoudé-au-zinc-d’un-quelconque-réseau-social et que vous avez dans vos amis virtuels des auteurs/écrivains/écrivains-en-devenir, vous glanez quelques informations sur ce que vous devez écrire (ou pas) dans vos billets de blog ou dans vos statuts, comment vous devez l’écrire (ou pas), et surtout comment vous comporter. Cette Grande Question du Lundi sera donc consacrée à ce qu’il ne faut pas écrire dans nos billets, en 10 points (caricaturaux, mâtinés de nourriture pour troll affamé, et teintés d’une évidente mauvaise foi).

  • Je suis fan de l’auteur. Vous serez taxé de fangirl/fanboy et votre opinion en sera invalidée si votre avis est positif. Si vous avis est négatif, tous les autres fangirls/fanboys crieront à la trahison et tenteront de vous lyncher sur la place publique (via les commentaires, les forums, les réseaux sociaux, la place publique sur le net, est vaste). Alors ne dites rien, c’est mieux.
  • Je ne suis pas fan de [zombie, vampire etc]. Mais alors pourquoi diable avoir lu un roman de [zombie, vampire etc] ? C’est quoi ta motivation ? Du masochisme ? De la méchanceté pure : lire un truc que tu n’aimes pas pour pouvoir te défouler ensuite sur ton blog ? La curiosité n’est bien entendu pas une bonne réponse puisque c’est un vilain défaut qu’il convient de punir avec la pus grande sévérité. Que vous vouliez tenter la lecture d’un roman que tout le monde aime ou conseille parce qu’il est vachement bien/bon/kiffant simplement parce qu’il est bon est incompréhensible. Que vous puissiez espérer qu’il vous plaira aussi est incompréhensible. Et que vous tentiez d’élargir vos goûts et de ne pas rester figé dans vos dégoûts est une hérésie. Bien entendu, si vous aimez tous les genres, vous êtes sauvés. Dans le cas contraire, ne dites rien, ça vaudra mieux.
  • C’est nul.Tss tss tss.Un texte ne peut pas être totalement nul puisqu’il a trouvé un éditeur (ou pas) et au moins un lecteur (la petite soeur, les amis) pour l’aimer. Dites je n’ai pas aimé (et encore … nous y reviendrons) ou ce n’est pas à mon goût même si la lecture de ce texte, avec une histoire sans queue ni tête et bourré de fautes d’orthographe et de grammaire, vous a fait souffrir pendant quelques heures. Ne donnez pas d’avis sur le style, c’est mieux.
  • Je n’ai pas aimé ou ce n’est pas à mon goût. Mais on s’en fout de ton avis du café du commerce. D’abord t’es qui coco ? Tes papiers vite ! Je veux voir ton Master II de littérature comparée. Comment ça tu n’en as pas ? Mais qui te donne le droit de critiquer alors ? Pfff, de nos jours n’importe qui peut écrire n’importe quoi sur le net. Quelle société décadente. La civilisation s’écroule…. Si vous voulez sauver le monde, faites comme Bruce Willis dans Armageddon, sacrifiez-vous en silence.
  • Je n’ai pas aimé ou ce n’est pas à mon goût (bis). Mais pourquoi le dire ? Pourquoi, puisque tu dis que tu as déjà perdu ton précieux temps de lecture à souffrir à la lecture le lire ce bouquin, perdre autant de temps à en rédiger une chronique assassine ? Tu te venges, c’est ça ? Tu veux plomber les ventes ? Tu veux détruire la carrière de l’auteur ? Avoue ! Mais avoue. Non ? Ben tais-toi alors.
  • Belle rencontre. Ni à propos d’un livre. Ni à propos d’un auteur que vous n’avez vu qu’une fois en festival et même si vous avez déjeuné ou dîné avec lui. Et même si vous vous êtes bituré avec ledit auteur. Ne soyez pas enthousiaste ou lyrique quand vous rencontrez un auteur que vous admirez ou dont vous kiffez grave les romans/nouvelles. Restez sobre, donc. Attention, dosez bien la sobriété. Trop de sobriété confine au snobisme et au mépris. Et si vous méprisez les auteurs, bon sang, pourquoi aller en festival, je vous le demande.
  • C’est du [insérer un genre]. Comment pouvez-vous poser une étiquette aussi réductrice sur mon roman/le roman que j’ai édité ? Bonne question qui sous-entend la réponse suivante : vous n’avez donc pas saisi toutes les subtilités du texte. Ni son originalité folle (même s’il s’agit d’une énième resucée du SdA), ni la plume novatrice de son auteur. Et vous n’avez pas lu la citation de ce grand auteur, emblématique du genre renié, qui affirme en police 18 et gras que le roman que vous avez lu est « l’un des meilleurs du genre ». Pouet.
  • Ce livre fut une vraie claque. Non, non, non. Les livres ça ne peut pas te changer la vie. Un roman ne fait pas naître de vocation. Pas même celle de devenir écrivain. Et puis, franchement, tu as déjà vu un livre te baffer ? Tu n’as pas l’impression de surjouer là ? Même si Le tour du monde en 80 jours te fiche une telle claque que tu t’enquilles la totalité des Voyages extraordinaires de Verne pendant tes congés d’été, tu es prié de rester sobre. Et d’arrêter d’étaler ta vie pathétique (si à ton âge tu n’as pas lu tout Proust, tu n’es rien pour la Littérature de toute façon).
  • Je n’ai pas réussi à terminer le roman. Et tu chroniques ? Tu te permets de chroniquer un livre que tu n’as pas terminé ? Mais quel culot ! Quand on ne termine pas un roman, on ne la ramène pas. Et ce n’est pas la peine de sortir les droits du lecteur de Pennac. Tu sais ce que j’en pense hein ? Moralité : tais-toi, ça vaut mieux.
  • Je n’ai pas (tout) compris. Voila, tu es sorti de ta zone de confort, tu as tenté une expérience de lecture inhabituelle et tu n’as pas tout compris. Que ton avis soit positif ou négatif, ton aveu vient de te décrédibiliser et de t’ôter le peu de légitimité qu’il te restait. En même temps, une lectrice de Bit-Litt qui se lance dans de la SF n’a que ce qu’elle mérite : si l’égo hypertrophié de cette petit sotte ne l’avait pas incité à lire un bouquin bien au dessus de ses capacités intellectuelles, elle n’en serait pas là. Cocotte, dis toi que tu es conne et ferme-là plutôt (variante : retourne à ton repassage).
  • Point Godwin bonus : Ce livre est un SP ou un partenariat. Là tu es perdant à tous les coups. Tu écris un billet positif, tu es un vendu à l’éditeur (motivation : tu veux encore recevoir à l’oeil des livres de cet éditeur). Tu écris un billet négatif, tu lui en veux (motivation : tu règles tes comptes). Attention, cette phrase est piégée. Si tu ne l’écris pas et que tout le monde devine que c’est un SP, tu es un faux-cul hypocrite si tu écris une chronique positive puisque tu ne signales pas que c’est un SP (voir motivation) et tu es un salaud hypocrite si tu écris une critique négative (voir motivation). Une phrase perdant/perdant…

Moralité : TAIS-TOI.

Si on compile les attendus des auteurs/éditeurs en matière de blogosphère littéraire… cette dernière disparaîtrait à force de la fermer. Moi, je veux bien la fermer (en fait, non, je n’ai pas l’intention de la fermer) mais qui parlera de bouquins si la blogo se tait ? Les médias officiels (TV, presse, radios…) ? Laissez-moi rire.

Sur le même thème : L’été, c’est le temps des Critiquaquatiques 1 et 2 chez Jeanne-A Debats.

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