Les Nefs de Pangée – Christian Chavassieux 22


nefs-de-pangeeLes Nefs de Pangée

De Christian Chavassieux

Mnémos – epub de 569 pages

Note préliminaire : c’est la première fois que ma liseuse me restitue un nombre de pages supérieur à celui du format papier : 454 pages au format papier…

Les Nefs de Pangée commence comme un récit épique de fantasy. Nous avons un continent unique, Pangée, un océan immense, l’Unique, et des peuples dont les coutumes et la technologie relèvent des codes du genre (des cités gouvernées par des familles seigneuriales, des oracles qui lisent le destin…), une tradition / quête, la chasse d’un monstre marin, l’Odalim et un récit sous forme de chroniques d’un conteur (le conteur accompagne la chasse et la raconte à son retour). Au début des Nefs de Pangée, la flotte de la neuvième chasse revient bredouille, le capitaine déshonoré, sa nation avec lui. Sur les cent nefs lancées sur les flots de l’Unique, seules cinq sont revenues. L’Odalim a vaincu et c’est une ère de misère qui s’ouvre. Pour éviter que les nations se déchirent, le peuple de Ghiom décide de lancer la plus grande flotte de tous les temps dans la future chasse : plus de trois cent navires sillonneront l’Unique pour la dixième chasse. Le temps et les ressources nécessaire pour construire ces bateaux mobiliseront toutes ressources des nations. Même si à Basal, la plus puissante des cité de Pangée, Plairil, Préféré de la famille des Anovia, la plus puissante des familles, commence une délicate et dangereuse ascension vers le pouvoir. Le récit, épique, alterne morceaux de bravoure sur l’eau, dans la chasse et sur Terre avec affrontements de civilisations, avec, en parallèle, les changements dans la société, une mutation économique, sociale et culturelle, de Pangée. Quelle ampleur dans le propos et quelle plume pour la servir ! Un vocabulaire riche et précis, une construction syntaxique complexe, maîtrisée à la perfection, le texte ne prête jamais à confusion et la lecture se fait fluide. D’accord, il y a bien quelques transitions un peu abruptes ou ellipses un peu faciles, mais elles ne nuisent en rien à la qualité du récit et à la cohérence de la structure.

Puis, peu à peu, Les Nefs de Pangée, tord les canons de la fantasy pour nous emmener dans d’autres directions dont je tairais les détours. Au lecteur de les découvrir. Quant à moi, j’ai arpenté avec plaisir ces chemins qui ouvraient des perspectives différentes même si un lecteur aguerri pouvait les deviner.

En bref, Les Nefs de Pangée, roman aux multiples facettes, est l’un de mes coups de coeur 2015 (et ils n’ont pas été si nombreux cette année).

Un extrait qui évoque l’une des plus grandes mutations de cette société, le déséquilibre induit et la stupidité du nouveau système.

Logal ne pouvait trouver secours dans la maison de jour familiale, où on aurait eu vite fait de le reconnaître et où, de toute façon, il n’était plus certain de bénéficier de l’aide que les Anovia offraient traditionnellement aux voyageurs. Pas loin de l’ancienne forteresse et des piles de l’énorme pont qui permet de franchir Myrâ quand il n’est pas en crue, ils avaient cherché incognito une caravane qui les mènerait au nord. Mais il fallait payer. Les caravaniers demandaient des pierres précieuses, ou des pièces de monnaie. Logal entendait parler pour la première fois d’un tel trafic. Une monnaie ? On lui en montra : des pièces de métal rondes, de faible épaisseur, frappées en leur centre du « signe de Remet », un poing fermé devant un visage, où Logal reconnut le geste de Plairil que répétait servilement ses adeptes. Il en faudrait quarante pour le trajet demandé. Devant l’air incrédule de Logal, le caravanier avait haussé les épaules : « C’est comme ça, maintenant. » Logal demanda comment il pouvait faire pour s’en procurer. « Va travailler » lui rétorqua simplement le caravanier. Logal lui dit patiemment qu’il n’avait jamais travaillé pour des cailloux ou des morceaux de métal, mais pour le bien des autres et un peu de nourriture, comme cela avait toujours été depuis que le monde est monde. L’autre haussa encore les épaules, répéta que maintenant c’était comme ça, et qu’il avait plus urgent à faire, il fallait qu’il aille vendre des lantins pour pouvoir s’acheter de quoi nourrir les lantins qui lui permettraient d’acheminer le fer qui lui permettrait d’acheter des lantins qu’il pourrait vendre ensuite en espérant gagner assez de remé’et au total pour pouvoir s’acheter à manger. Et ce n’était pas facile, parce que de fer, il n’en restait guère, la dixième chasse avait provoqué une pénurie.

 


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