Membrane – Chi Ta-wei 13


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De Chi Ta-wei

L’Asiathèque – 216 pages

Dans un futur post-apocalyptique, l’humanité vit dans des dômes au fond des océans. La surface ravagée n’est plus vivable mais les bulles sous l’eau offrent tout le confort nécessaire. Parmi toutes les commodités offertes, les soins esthétiques ont toute leur place. Momo est une jeune esthéticienne très réputée mais aussi assez bizarre : elle se montre plutôt asociale. Ses relations avec sa mère sont très compliquées. Quand elle était enfant, Momo a eu de graves problèmes de santé. Sa mère, pour la soigner, a mis toute son énergie à travailler dur. Sa carrière a décollé, ses revenus ont permis de guérir Momo, mais ses absences les ont irrémédiablement éloignées. Pendant sa longue hospitalisation dans une chambre stérile, Momo est devenue amie avec Andy, seule personne habilitée à vivre avec elle (mais vous dire pour quelle raison serait en dévoiler trop). Andy ayant disparu le jour de l’opération de Momo, cette amitié reste une plaie ouverte…

A première vue, le monde proposé par Chi Ta-wei pourrait paraître quelque peu banal. Mais en fait non. Dans le monde de Momo, les sexes n’existent plus vraiment : on peut changer d’enveloppe corporelle (et accessoirement remplacer un ou deux organes défaillants), les prénoms sont plutôt neutres ou androgynes et les distinctions homme / femme n’existent plus vraiment dans les relations amoureuses ou d’amitié. C’est probablement en brisant un tabou (sur les genres, l’homosexualité) qui a valu à Membrane l’étiquette de fer de lance de la « science-fiction queer » en Asie. La relation au corps, la relation aux autres, l’identité (Momo est toujours en questionnement) sont abordés par un prisme culturel différent de ce qu’on trouve en littérature occidentale. Le lecteur prend de plein fouet ce décalage culturel même si le traitement de certaines thématique SF plus universelles (androïdes, crise écologique, technologie de pointe, membrane qui recueille les souvenirs…) se montre plus conventionnel. Ce qui rend le roman exotique, pour le moins, mais aussi pertinent et émouvant. D’autant que Membrane prend une direction inattendue, très « dickienne », sur le dernier quart et que sa fin surprend. J’ai moyennement accroché à la narration très distanciée, très froide, cependant.

Momo avait l’habitude de vivre recluse, le calme et la solitude étaient son quotidien. Si ce n’avait été son travail, elle aurait probablement pu vivre seule avec son ordinateur sur une île déserte quelque part dans une zone autrefois radioactive. Elle n’avait pas abandonné l’idée qu’Andy la rejoigne un jour, elle lui accordait des entretiens muets et secrets.
Andy lui avait fait se rappeler une époque très, très ancienne, en comptant à rebours à partir de ses trente ans pour en arriver à un âge avec un seul chiffre, lorsque sa vie douillette s’était achevée et qu’elle avait amorcé sa vie en solitaire. A la source de ses premiers souvenirs.
C’était dans la chambre d’un hôpital pédiatrique, au fond de l’océan.
Un moment tout à fait ordinaire de la fin du XXIe siècle.

La postface de Gwennaël Gaffric permet de contextualiser ce roman, écrit en 1996, et de comprendre sa place dans la littérature « de genre » à Taïwan et d’appréhender son impact sociétal.


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