Miscellanées de nouvelles (22)

Voici une nouvelle entrée dans la série des Miscellanées de nouvelles. Au menu du jour : les éditions 1115 et quelques uns de leur formats courts ou très courts issus de la collection ChronoPages. Cette collection est dédiées aux nouvelles destinées aux trajets courts (idéales pour les transports en commun) et se présente sous forme papier (fascicules au au format 11 par 15) ou numérique.

Commençons par « Le Roi de la Clairière » suivi de « Ce que l’homme croit » de David Bry. « Le Roi de la Clairière » nous emmène en des temps immémoriaux. A intervalle régulier, tous se réunissent dans la clairière, sous le ciel étoilé pour se choisir (ou se voir imposer) un roi. Le loup, le cerf, le renard, le lapin, le corbeau, le hibou et l’homme. La même scène, au fil des siècles, les mêmes protagonistes et à chaque rencontre, de subtiles différences, jusqu’à l’ascension d’un nouveau roi, mais à quel prix ? Condensé en peu de mots, voici la folie de l’être humain qui, pour être Roi, se montre prêt à toutes les extrémités. « Ce que l’homme croit » raconte l’histoire d’un homme, un roi, fou d’amour et de chagrin, brisé par la mort de son épouse et qui requiert les services d’un mage pour la faire revenir suscitant ainsi la plus grande désapprobation du prêtre du royaume. Le plus dupe n’est pas celui qu’on croit. Un texte fort, à faire pleurer. Les deux nouvelles démontrent que la plume sensible et subtile de David Bry est aussi très évocatrice sur un format très court.

Extrait du « Roi de la Clairière »

Poursuivons avec « Visite fantôme » de Luce Basseterre qui revisite le thème de la maison hantée. Sophie Compagnon reprend en main un chantier de construction d’un supermarché. Le terrain était auparavant occupé par une maison dont il ne subsiste plus rien. Le précédent chef de chantier a mystérieusement disparu tout comme certains notables de la ville plus ou moins liés au destin de ce chantier. La maison n’a pas dit son dernier mot. Cette variation autour de la maison hantée se révèle fascinante a plus d’un titre. La maison est elle-même un fantôme (puisqu’elle n’existe plus) et ce sont les être humains qu’elle piège qui la hantent. Le personnage de Sophie est finement caractérisé : femme dans une monde d’hommes (le bâtiment n’est pas un secteur professionnel ultra-féminisé), elle est aussi la seule à conserver son sang-froid dans cette maison hostile et vengeresse (et ce sont les femmes que l’on taxe d’hystériques). La maison est aussi un personnage pour lequel on parvient à développer une empathie. Et la fin est aussi très réussie.

Terminons avec « Céder la place » d’Emmanuel Quentin. Sept personnes visitent l’asile abandonné de Kazan. Une visite particulière puisqu’elle se déroule en réalité virtuelle grâce aux lentilles connectées implantées dans leurs yeux. Parmi les visiteurs, on trouve un couple de jeunes mariés blasés et horripilants, une jeune femme intrigante et Nat, un acteur qui a pris part à la reconstitution de divertissement qui agrémente la visite. Mais si la visite vire au cauchemar, ce n’est pas selon les traditionnels ressorts terrifiants de la maison des horreurs. Emmanuel Quentin emprunte une voie différente, tout aussi effrayante pour bifurquer encore ensuite vers une chute implacable et glaçante beaucoup plus marquée science-fiction. C’est surprenant de bout en bout et extrêmement bien maîtrisé. L’écriture permet, en outre, une immersion totale. Brrrr.
Lire les avis de L’épaule d’Orion et de Yogo.

Trois fascicules, quatre textes, un sans faute pour les éditions 1115. J’aime le format court, j’aime les nouvelles et je me suis régalée avec celles-ci.

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