La Piste des cendres – Emmanuel Chastellière

La Piste des cendres

D’Emmanuel Chastellière

Critic – 616 pages

Retour au Nouveau-Coronado

Si La Piste des cendres et L’Empire du Léopard partagent un cadre commun, ils peuvent se lire indépendamment. La Piste des cendres situe son action plus d’une vingtaine d’années après L’empire du Léopard mais n’en constitue pas pour autant une suite. Cependant mieux vaut les lire dans l’ordre de parution car La piste donne des informations contextuelles et offre quelques clins d’œil qui dévoilent quelques éléments de L’empire du Léopard. Du côté des personnages, on retrouve Artemis Cortellan, ancien général mercenaire sans scrupules devenu vice-roi puis mis en retraite et exilé sur une petite île. On se surprend à attendre le retour de son antagoniste, Cérès Orkatz, tout au long du roman. Le pays lui-même est en train de changer. La conquête du pays a laissé place à son exploitation. Si les mines n’ont pas apporté les richesses souhaitées, le pétrole attise la convoitise – la possession des terres devient un enjeu crucial et tous les coups sont permis pour mettre la main dessus. L’électricité et le télégraphe ont aussi fait leur apparition. La nouvelle génération, née sur place, pousse celle des colons à s’affranchir des réflexes, des coutumes et même de la tutelle du Premier Continent. Les peuples autochtones, après s’être fait voler tout ce qu’ils possédaient, n’ont aucun droit et l’on sent bien qu’ils ne sont pas près d’en obtenir.

Le destin d’un garçon et une révolution qui couve

Azel est le fils illégitime d’un propriétaire terrien et d’une indigène qui était à son service. Quoiqu’il fasse, il est et reste un bâtard et un sang-mêlé. Sa filiation n’est qu’un problème parmi d’autres qu’il tente de fuir en devenant chasseur de primes. Rejeté par la famille de son père, il a tendance à renier ses origines qu’il connaît peu. Lorsque son père et sa belle-mère sont assassinés par des mercenaires, il se donne pour mission de les venger. Malgré lui, il se retrouve entraîné, un peu passivement d’ailleurs, dans une guerre civile entre le Nord et le Sud dont les enjeux le dépassent et l’indiffère. En parallèle, Artemis Cortellan fidèle à lui-même intrigue pour se jouer de sa cousine et reine, Constance. Il espère que la guerre civile qu’il encourage, lui permettra de regagner un pouvoir perdu. Quelques personnages secondaires permettent de multiplier les points de vue : Zuhaitza met en lumière la richesse de la culture autochtone, Calider, journaliste pour un nouvel organe de presse, espère incarner un contre-pouvoir sans oublier le Loup Gris, symbole pour les Indigènes d’un espoir retrouvé.

Où sont les fées ?

Ne cherchez pas de magie clinquante dans La Piste des cendres, vous n’en trouverez pas. Azel est hanté par les fées ou le souvenir des fées ou par ses propres démons qu’il transforme en fées. Vous y trouverez le poids de la religion, un peu d’alchimie aussi, mais c’est à peu près tout. Quant aux licornes, elles ressemblent bien plus à des rhinocéros à poils longs qu’à de gracieux chevaux chevauchant des arcs-en-ciel… La Piste des cendres se rapproche plus d’une ambiance western : après la conquête de l’ouest, place à la cohabitation entre les peuples indigènes et la deuxième génération de colons (les seconds opprimant les premiers) et à la compétition (musclée) pour les ressources naturelles découvertes. La narration utilise plusieurs fils , parfois aux temporalité différentes, qui se croisent peu à peu pour révéler le tableau final, moins épique et explosif que L’Empire du Léopard. 

En définitive, La Piste des cendres d’Emmanuel Chastellière offre une intrigue foisonnante, des personnages complexes et un bon moment de lectire.

Un extrait.

Sous le regard de Zuhaitza, Azel eut soudain l’impression de jouer un rôle, de n’être qu’un pantin habillé comme un colon. Mais il savait bien que colon ou indigène voyaient toujours en premier chez lui l’autre moitié, celle qui faisait de lui une créature hybride et repoussante à leurs yeux, quand il ne suscitait pas une curiosité malsaine dans le regard de certaines dames. Rien de tout cela pourtant avec Zuhaitza. Il ne lisait ni curiosité, ni moquerie, ni dégoût dans ses prunelles placides aux reflets cuivrés.

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