Notre Dame aux Ecailles – Mélanie Fazi


Notre Dame aux Ecailles

De Mélanie Fazi

Bragelonne – 313 pages

Notre Dame aux Ecailles est une anthologie de textes parus dans différents supports accompagnées de nouvelles inédites.

Du côté des textes déjà parus on trouve :
La cité travestie, parue dans Emblèmes Venise Noire chez L’Oxymore (maison défunte d’éditions de Léa Silhol)
En forme de dragon, parue dans Rock Stars chez Nestiveqnen
Les cinq soirs du lion, parue dans Le Monde 2
Villa Rosalie, parue dans Fantasy 2006 chez Bragelonne
Le noeud cajun, paru dans De minuit à minuit chez Fleuve Noir
Notre Dame aux Ecailles, paru dans Fantasy 2005 chez Bragelonne

Les inédites
Langage de la peau
Le train de nuit
La danse au bord du fleuve
Mardi gras
Noces d’écume
Fantômes d’épingles

La cité travestie ouvre le recueil. J’avais déjà lu et relu ce texte (je possède une belle collection d’Emblèmes et de livres de l’Oxymore). J’étais déçue de commencer un nouveau « Fazi » par une nouvelle que je connaissais déjà mais j’ai eu l’agréable impression de retrouver un vieil ami et de goûter un plaisir que j’avais oublié. Le texte n’a pas perdu de sa force et reste angoissant à souhait. Le lecteur est projeté dans une Venise sombre et vivante, exigeante et sans pitié.

La nouvelle qui suit, En forme de Dragon, m’a profondément marquée. La musique est omniprésente et source d’inspiration pour d’autres arts (ici le dessin) mais aussi vampirisation. La créativité, la paternité sont deux thèmes abordés conjointement. En lisant cette nouvelle on entendrait presque les notes et les accords de guitare. Mélanie Fazi écrit mais elle vit une très grande histoire d’amour avec la musique et ça se voit. Le recueil est dédicacé à PJ Harvey et la musique est souvent présente. Les textes eux même portent un belle musicalité et se prêtent à la lecture à voix haute . Claude Ecken et Stéphanie Nicot en ont lus quelques extraits du recueil lors des Imaginales et l’auditoire était sous le charme. L’ouïe n’est pas le seul sens sollicité. Si le lecteur ressent presque physiquement les émotions et se retrouve immergé dans les univers de l’auteur (un monde qui ressemble au notre mais dans lequel la réalité bascule peu à peu dans le surnaturel ou le fantastique), c’est pare que Mélanie Fazi sollicite tous nos sens : les parfums, la chaleur des peaux, la froideur de l’eau, les bruits ou la saveur du vin donnent de multiples sensations. L’érotisme présent dans certaines nouvelles, comme Le langage de la peau et La danse au bord du fleuve renforce cette immersion.

L’eau, sous différentes formes, est un élément très présent dans les nouvelles mais le rapport à l’eau reste trouble : paisible ou agitée l’eau se révèle toujours inquiétante, souvent menaçante et parfois meurtrière. Le motif du serpent transparaît en clair ou en filigrane dans plusieurs nouvelles. La part animale de l’être humain se retrouve dans deux nouvelles (Le langage de la peau, Les cinq soirs du lion). Des thèmes plus classiques sont aussi abordés : la maison hantée (Villa Rosalie), le basculement dans la folie d’un père de famille (Le nœud cajun), le refus de la douleur à la mort de proches (Fantômes d’épingles), la tentation du suicide (Le train de nuit). Le traitement et l’angle de vue choisis font preuve d’originalité. Le basculement dans le fantastique se fait peu à peu avec une finesse portée par un style très travaillé mais sans artifice. Les ambiances et la psychologie des personnages prédominent. La plume de Mélanie Fazi est magique. Il n’y a pas d’autres mots. Et je vous invite à y goûter.

Un petit bémol cependant. La déception vient de l’éditeur ou de l’imprimeur. La couverture du recueil est magnifique mais certaines pages ne sont pas bien imprimées : les phrases descendent. Elles sont bien toutes parallèles et ne se chevauchent pas mais elles ne sont pas bien positionnées sur la page. Et c’est suffisamment flagrant pour que je m’en aperçoive…

Pour prolonger le plaisir vous pouvez consulter le blog de Mélanie Fazi

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